Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Quart anglais

Quart anglais à l'exposition de Paris 1867

Le quart anglais est cette partie du Champ de Mars comprise, dans ses limites extérieures, entre le quai d’Orsay à droite en entrant par la porte d’Iéna, et l’avenue Suffren formant angle perpendiculairement à la Seine. La porte de l’angle est dite porte de Billancourt. On formerait la base du triangle en allant par l’intérieur du Champ de Mars depuis la porte d’Iéna jusqu’à la porte Suffren. On aurait ainsi tout l’espace dans lequel le quart anglais est enfermé.

C’est la partie la plus brillante et la plus riche en monuments de tout le Parc de l’Exposition.

M. Ciceri, qui nous a donné la vue panoramique des trois autres quarts, s’est particulièrement distingué dans la vue du quart anglais. C’est clair et lumineux comme un diorama. On se promène dans son dessin sans risque d’erreur. Voici le phare électrique inachevé de l’Angleterre qui domine le tout. Autour de ce point d’exclamation sont d’un côté le cottage anglais prenant façade sur l’avenue centrale, vis-à-vis du pavillon impérial sut* l’autre bord de l’avenue. De l’autre côté le temple indien servant d’écurie aux machines du générateur de force motrice. En prolongement de l’avenue centrale et prenant l’inverse de la perspective de M. Ciceri, nous trouvons l’exposition militaire anglaise avec son parc d’artillerie et de campement, et plus rapprochés de la porte d’Iéna les phares électriques français.

Arrivés là, nous sommes au centre d’un rond-point où sont réunis divers spécimens décoratifs de marbre et de bronze, autour d’une fontaine monumentale dont le jet d’eau, au moindre vent, mouille tous les environs et rend inhabitables les bancs sur lesquels le visiteur fatigué cherche un- instant de repos. A côté de la fontaine, est l’admirable exposition Petin et Gaudet, dont nous rendrons compte dans une étude spéciale.

En nous retournant de là vers le Palais, nous sommes dans la perspective du dessin de M. Ciceri et dans son orientation. Suivons l’allée parallèle au quai d’Orsay, en partant de la porte d’Iéna jusqu’à la porte Billancourt.

A gauche de l’allée, dans cette direction, derrière les phares électriques français, nous voyons le temple mexicain, et plus loin l’église roumaine et la manufacture de biscuits américains. En prolongement de l’allée sont les missions évangéliques; et en face, à droite de l’allée, le Cercle international avec ses deux annexes de boutiques.

Arrêtons-nous un instant devant le Cercle international, dont la masse imposante domine tous les environs. C’était un beau projet qui s’est échoué devant l’indifférence et l’ignorance publiques. On avait rêvé de fonder là une bourse internationale de marchandises, où les exposants auraient trouvé les renseignements et les relations qu’ils devaient naturellement ambitionner. Tout était disposé à cet effet, les bureaux d’information, les interprètes, le télégraphe et la poste. Une salle immense, soutenue par des colonnes, était disposée au rez-de-chaussée où les abonnés se seraient rencontrés pour se communiquer les nouvelles ou pour négocier leurs transactions. Au premier étage, une pièce de même grandeur richement décorée devait servir de salle à manger et de salon de bal et de concert. Aux deux côtés, des salons étaient ménagés pour la lecture, la correspondance, etc.

Soit que la destination du Cercle international n’ait pas été bien comprise du public, faute de publicité suffisante, soit que l’établissement ait été prêt trop tard, tous les plans qui avaient motivé cette création ont successivement échoué. Il a fallu livrer la salle du bas, faute d’abonnés, aux concerts Strauss qui ont empêché l’entreprise de tomber tout à fait, et la salle du haut aux tables d’hôte et aux banquets. C’est là qu’ont eu lieu les banquets de groupe, celui du Xe groupe notamment, dont les trophées sont restés comme décoration permanente.

Aujourd’hui, le Cercle international est devenu, par décret, l’hôtel des encans du Champ de Mars. Si l’Exposition est maintenue, cet office des encans peut devenir profitable au Cercle international, d’autant que ses constructions sont faites pour durer quinze ans, comme S. M. l’Empereur a pu s’en convaincre dans la visite dont Elle a honoré l’établissement.
A côté du Cercle est la salle des conférences, une autre épave. J ’avais rêvé des conférences où les plus grandes illustrations de l’Europe seraient venues tour à tour se montrer au public respectueux, sur l’invitation directe de la Commission impériale. J’avais moi-même proposé quelque chose dans ce sens : mais mon plan n’a pas prévalu, ce que je regrette beaucoup plus pour le public que pour moi-même.

Entre les Conférences et le Cercle, on descend sur la berge par un tunnel, indiqué dans le dessin de M. Ciceri. Là, se trouvent exposés les appareils hydrauliques de la France, les machines marines de l’Angleterre, et, sur la Seine, les embarcations de plaisance britanniques. Plus loin, rapproché de la porte Billancourt, est un beau restaurant solitaire sous une appellation américaine.

Revenons sur l’allée du Champ de Mars. A la suite des Conférences et du même côté de l’allée, à droite, sont le treuil Bernier, le montage hydraulique de M. Edoux, l’heureux inventeur de l’ascenseur de la Galerie des machines, une exposition d’ardoises artistement arrangée, la chaux du Theil, le béton Portland, et des appareils de levage et autres.

Sur l’autre bord de l’allée, nous sommes en face du café tunisien et du palais resplendissant du bey. A gauche, dans le même massif, sont les tentes et les écuries de l’empereur du Maroc.

En suivant l’allée parallèle à l’avenue Suffren, à l’angle de la porte Billancourt et du grand escalier qui nous sépare de la gare du chemin de fer, figurée dans les confins de la vue panoramique de M. Ciceri, s’étendent les vastes hangars où sont exposées les machines de l’Angleterre et des États-Unis, hangars qui se prolongent jusqu’à la porte Suffren, limite du quart anglais dans cette direction.

En face des hangars, sur l’autre bord de l’allée, sont la maison et le théâtre chinois; plus loin, le temple de Pharaon, le caravansérail égyptien avec sa population d’artisans indigènes, les catacombes de Rome, le palais pompéien, l’annexe agricole de l’exposition italienne, et enfin la maison des faïences également italienne.

Nous sommes ainsi arrivés à l’extrémité du quart anglais, de ce côté. Revenant sur nos pas en prenant la diagonale, nous rencontrons la maison du Bosphore, les bains et la mosquée de Brousse, appartenant à la Turquie. A côté est le palais du vice-roi d’Égypte avec son belvédère orné de vitraux de couleur. Voici le pavillon du canal de Suez, où l’illustre promoteur de l’œuvre fait de si intéressantes conférences; plus loin, l’église roumaine, toute peinturlurée. Nous sommes revenus près du phare anglais, dont la maison de soldats de l’Inde nous sépare.

Quand nous aurons encore mentionné la ferme et l’école américaines et la maison mobile de la Louisiane, nous aurons terminé une récapitulation à peu près complète. Encore une fois, nous ne pouvons lutter de précision et de clarté avec le dessin de M. Ciceri, qui deviendra un document précieux, lorsque l’Exposition aura disparu du Champ de Mars.

Nos lecteurs assidus se reconnaîtront facilement à travers la nomenclature aride que nous venons de faire. Car il n’est pas un seul monument, parmi ceux que nous venons de désigner, qui n’ait été de notre part l’objet d’une étude complète. Nous ne pouvions insister davantage sur les détails, sans risquer de nous répéter.

Du reste, quel que soit le point du Parc ou du Palais que l’on veuille étudier, on s’apercevra bien vite que nous avons fourni dans nos précédentes livraisons les éléments suffisants de cette étude.

Cela suffit pour porter témoignage que nous avons consciencieusement rempli la vaste tâche que nous nous étions imposée, et dont la constante bienveillance de nos lecteurs nous a rendu l’accomplissement moins difficile.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée