Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Plan par terre du Palais du Champ de Mars

Plan par terre du Palais du Champ de Mars à l'exposition de Paris 1867

Je veux, à l’aide d’un plan graphique, expliquer l’admirable ordonnance de l’Exposition de 1867, afin que rien ne se perde du grand événement du dix-neuvième siècle, après que le Palais du Champ de Mars aura disparu.
Tout plan graphique a besoin d’être expliqué, faute de quoi l’attention se perd dans les détails, sans pouvoir saisir l’ensemble : c’est comme un champ où les ronces étouffent la végétation utile.

Cela dit, procédons à l’explication.

L’espace occupé par le Palais mesure 146 000 mètres carrés, dont 482 mètres en longueur et 370 mètres en largeur. L’allée médiane sur la longueur forme le grand axe; l’allée médiane sur la largeur forme le petit axe. La grande différence entre la longueur et la largeur du Palais est rachetée au centre par la configuration du Jardin central, de manière à donner aux différentes allées transversales qui conduisent des extrémités au centre du Palais le même parcours, 150 mètres.

Ces allées transversales, dites voies rayonnantes parce qu’elles forment autour du Palais un angle dont l’ouverture se dirige vers les extrémités, sont au nombre de seize; l’espace compris dans l’angle qu’elles forment se nomme secteur : il y a donc seize secteurs. La France en occupe sept, compris, à gauche du grand vestibule formant un des côtés du grand axe, entre la rue d’Alsace, la rue de Normandie, la rue de Flandre, la rue de Paris (avenue médiane du petit axe), la rue de Lorraine, la rue de Provence et la rue des Pays-Bas; la Hollande et la Belgique occupent un secteur entre la rue des Pays-Bas et la rue de Belgique (avenue médiane de ce côté du grand axe); la Prusse et la Confédération du Nord occupent un secteur jusqu’à la rue de Prusse; la soi-disant Confédération du Sud, Hesse, Bade, Bavière et Wurtemberg, occupent également un secteur jusqu’à la rue d'Autriche; l’Autriche et la Suisse, un secteur jusqu’à la rue d'Espagne; l’Espagne, Portugal, Grèce, Danemark, Suède et Norwége et Russie, également un secteur jusqu’à la rue de Russie, formant l’autre partie de l’avenue médiane du petit axe; l'Italie, Rome, Principautés danubiennes, Turquie, Égypte, Chine, Japon, Siam, Tunis et Maroc, un secteur jusqu’à la rue d'Afrique; les États-Unis, Brésil, Mexique et républiques du Sud, un secteur jusqu’à la rue des Indes. L’Angleterre empiète par ses colonies sur ce dernier secteur qui porte le numéro 14 : elle occupe entièrement les deux secteurs restants, compris entre la rue des Indes, la rue d’Angleterre et le grand vestibule.

De même que les rues rayonnantes que nous venons de désigner ont une égalité de parcours, de même les secteurs dont elles ferment la frontière, ont une égalité d’espace. Les distributions du Palais ont donc été calculées avec une admirable précision.

J’ai dit tout à l’heure que la différence de longueur et de largeur du Jardin central avait été calculée de façon à rétablir l’égalité de parcours entre les diverses rues rayonnantes. En effet, le Jardin central mesure 166 mètres de long sur à peine 56 mètres de large. Cette différence entre la longueur et la largeur du Jardin central ramène l’égalité de parcours entre les diverses voies rayonnantes du Palais.
Mais les voies rayonnantes ne sont qu’une des deux parties du système d’arrangement : il y a les voies concentriques qui traversent les voies rayonnantes à diverses latitudes, et par lesquelles on peut suivre sur tout le pourtour du Palais l’étalage des produits de même catégorie, à quelque nation qu’ils appartiennent.

A partir du Jardin central, et quelque direction qu’on prenne, on trouve d’abord la galerie ou voie concentrique de l’Histoire du travail qui, à cause de la valeur et de la rareté des produits exposés, nécessitait moins de place que les autres galeries. Puis vient la galerie des Beaux-Arts qui, pour les mêmes motifs, demandait moins de place que le Matériel des Arts libéraux qui leur fait suite.

A mesure que l’angle formé par les rues rayonnantes s’élargit, nous arrivons à la latitude de la galerie de Y Ameublement, puis à celle du Vêtement, puis à la galerie des Matières premières, puis enfin à celle des Machines ou Travaux des Arts usuels. Enfin, arrivés au pourtour extérieur du Palais, sous le promenoir couvert, nous trouvons la zone des Aliments et Boissons, la partie occupée par les restaurants, les brasseries, les boutiques de pâtissiers et de marchands de dattes. Le beau dessin de M. Kiertz a rendu l’effet de ce promenoir extérieur pendant la nuit, c’est-à-dire aux heures où le Palais est fermé.

Le promenoir extérieur mesure 1413 mètres de pourtour. L’imagination de Rabelais rêva-t-elle jamais pareille victuaille?

Les Anglais haussent les épaules à cette exhibition d'aliments et de boissons; mais ils en profitent. S’ils étaient obligés de sortir de l’enceinte du Champ de Mars pour luncher, eux qui lunchent toujours, ils jetteraient de beaux cris, prétendant qu’on s’est arrangé, spécialement à leur intention, pour leur faire payer des doubles entrées. C’est nous qui avons pu dire cela à Londres.

Si nous sommes partis du Jardin central pour décrire le Palais, c’est que nous avons voulu nous placer au centre de cette vaste toile d’araignée pour en mieux montrer l’admirable contexture.

Quant aux détails de construction et d’installation, nous renvoyons nos lecteurs au début même de notre publication; nous n’avons rien à retrancher de ce que nous en avons dit : nous aurions plutôt la tentation d’y ajouter encore.

Grâce à notre dessin linéaire, dont nous avons élagué toutes superpositions inutiles, on pourra suivre toutes les dispositions essentielles du Palais, sans confusion possible.

Dans les secteurs français, on a divisé les produits non-seulement par zones, mais par classes : on sait où trouver, par exemple, non-seulement les objets du mobilier, mais encore chaque catégorie d’objets qui forment l’ensemble du mobilier.

Cette division, aussi simple qu’ingénieuse dans la classification, n’a pas été rigoureusement suivie par le& exposants étrangers, soit qu’ils n’aient pas bien compris la méthode, soit que le temps — et l’entente — leur aient manqué pour l’appliquer ; de telle sorte que dans leurs installations les produits d’une classe sont pêle-mêle avec les produits d’une autre classe.

D’où je conclus qu’on devrait donner à la France le grand prix des Expositions, et par surcroît celui de l’ordre dans les installations.
Cela n’empêchera pas quelques critiques de traiter le Palais du Champ de Mars de Gazomètre, et de se persuader qu’ils ont trouvé là une plaisanterie toute neuve, pleine de tact et de vérité.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée