Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Quart allemand

Quart allemand à l'exposition de Paris 1867

Nous avons donné le quart belge après le quart français : nous donnons aujourd’hui le quart allemand, en attendant le quart anglais. Pour décrire une portion du Parc, avec tous les établissements divers et souvent disparates qui l’encombrent, il faut employer le même procédé que pour décrire une des rues transversales du Palais, avec les produits de différente nature et de matière différente qui la bordent, en un mot faire comme l'abeille qui butine sur tout un parterre en effleurant chaque fleur.

Le quart allemand est peut-être la portion du Parc la plus encombrée. Il y a un peu de tous les pays, moins l’Angleterre. L’Orient lui-même y est représenté, je ne dis pas par les tentes russes, mais par un pavillon prussien destiné je ne sais à quel émir de l’Idumée. C’est de la fantaisie rectiligne et selon la formule, que cette habitation orientale importée des rives du Mein. Cela charme l’œil pourtant, mais le laisse froid. Nous avons dessiné cette fantaisie trop voulue dans une de nos précédentes livraisons : elle a un petit lac devant elle, et une pelouse bien émaillée, ce qui contribue singulièrement à l’agrément de son aspect.

Si vous voulez que nous prenions le pavillon oriental prussien comme point central de notre description, voici ce que nous trouvons aux alentours : tournés vers le Palais, lé village autrichien, décrit par nous sur un dessin d'ensemble, est tout près à notre gauche. Ce village se compose d’une brasserie au centre, construction en bois fort bien disposée, où les garçons de l’établissement affectent de ne pas parler français, et où les filles de comptoir apprennent notre langue. Autour de la brasserie, sont diverses maisonnettes décorées avec goût qui représentent l’architecture domestique de diverses provinces de l’empire autrichien. A côté de ce groupe se trouve l’annexe du Wurtemberg, qui porte sur un de ses côtés le tableau en relief à propos duquel notre collaborateur M. Simonin vous a décrit les merveilles du monde antédiluvien. L’intérieur de cette construction est affecté à la fabrication du papier de bois : ces Allemands ne doutent de rien ! Plus loin, derrière nous, est la merveilleuse exposition des bois d’Autriche, dont M. de La Blanchère vous a également parlé, A côté, s’élève un trophée de terres cuites bien composé. De là, en remontant la grande allée vers l’École militaire, nous rencontrons à droite l'exposition des departements du Nord, le matériel de jardin de la Ménagère, le Bazar du voyage avec ses tentes, les grilles et treillages de M. Thiry, et enfin, l’École de la Saxe royale; à gauche, l’exposition de matériel agricole de la Prusse et de l’Allemagne du Nord (c’est tout un), suivi du bureau de la même confédération, le tout protégé, à l’avant-garde, par la statue du roi Guillaume de Prusse, sur la grande allée de Belgique. Mais, en poursuivant notre route par l’allée circulaire vers l’École militaire, nous avons en face, à côté des Docks du campement, les bureaux de la manutention de la douane, où trône notre respectable ami Moréno-Henriquès, au milieu des expositions agricoles et autres qui l’entourent, et ayant à côté l’annexe de la classe 91 qu’il surveille d'un œil de père.

Nous sommes arrivés ainsi à la porte de l’École militaire. Nous avons devant nous la grande allée de Belgique qui mène au grand axe du Palais, coupée au milieu par une couverture en tôle ondulée qui la surplombe dans toute sa largeur, c’est-à-dire avec une ouverture de 18m,60.

C’est sur le bord de cette allée, du côté du quart allemand, que sont situées d’abord l’annexe des beaux-arts de la Bavière, qui contient le magnifique carton de M. de Kaulbach, la Réformation, et ensuite l’annexe des machines et équipages de Belgique. Nous avons déjà mentionné les bureaux de la Confédération allemande et la statue du roi de Prusse qui s’y trouvent également.

Si, de la porte de l'École militaire, nous suivons la rue parallèle à l’avenue Lamothe-Piquet, après l’annexe de la classe 91 dont nous avons parlé, nous trouvons le grand restaurant des ouvriers, dont nous avons plus d’une fois entretenu nos lecteurs, et plus loin, sur la même ligne, les hangars des travaux du gaz et de ceux des eaux.

Nous voici à l'angle de l’avenue Lamothe-Piquet et de l’avenue Suffren. En suivant le chemin parallèle à cette dernière avenue, se présente à nos yeux l’annexe agricole de l’Espagne, dont M. Léon Plée vous a décrit l’architecture riche et sévère, et plus loin l’élégant palais Manoëlien qui sert d’annexe au Portugal. Tout contre l’avenue, s’étendent les hangars qui servent d’abri aux machines agricoles et alimentaires françaises.

Nous arrivons ainsi jusqu’à l’annexe des beaux-arts de la Suisse, qui a été pour nous l’objet d’une étude détaillée. Si nous tournons le regard vers la droite, nos yeux embrassent les diverses constructions norwégienne, suédoise et danoise, dont nos lecteurs doivent également se souvenir.

Plus loin, dans l’espace resserré entre l'avenue et le contour du Palais, se trouvent les diverses constructions russes, sur lesquelles il nous paraît inutile de revenir.

Dans ce parcours rapide fait par nous autour du quart allemand, nous avons négligé de mentionner quelques établissements fort intéressants à des titres divers, tels que l’école primaire prussienne sur laquelle nous ferions bien de prendre modèle, la maison des aliénés, dont M. Jules Duval vous a fait une description si émue, le haras d’Autriche dans l’enceinte du village autrichien, la maison d’ouvriers de la Bohême, qu’on ne visite pas autant qu’elle mériterait de l’être, et enfin l’établissement des appareils balnéaires, où la science du bain est démontrée avec pièces à l’appui. Je ne sais comment une statue équestre de Don Pedro IV, roi de Portugal, et premier empereur constitutionnel du Brésil, s'est égarée là, sinon pour faire pendant au palais Manoëlien.

M. Cicéri est un indicateur topographique plus précis et plus saisissant avec son crayon que je ne saurais l’être avec la plume. C’est donc à lui que je vous renvoie, chers lecteurs, me contentant d’avoir mis une étiquette sur chacun des établissements qu’il a si bien et si fidèlement représentés.

Je vous avais parlé dans le temps des cloches exposées dans le quart allemand, sur le bord d’une allée, et que chaque promeneur ébranlait en passant. Ces cloches y sont toujours : mais on les a enchaînées, au grand soulagement de ceux que leur bruit perpétuel agaçait.

Notez, d’ailleurs, que depuis qu’on ne les ébranle plus, le quart allemand est beaucoup plus fréquenté, la brasserie viennoise surtout.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée