Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Quart français

Quart français à l'exposition de Paris 1867

Nous avons assisté au pénible enfantement du Quart français au Champ de Mars. C’est ici qu’il a fallu installer toutes les conduites d’eau et de gaz; et pendant que la Commission impériale faisait tant de sacrifices d’embellissement pour le jardin réservé, et que les États exposants mettaient une sorte d’émulation et d’amour-propre à décorer les autres parties du Parc qui leur étaient réservées, la décoration et les installations du quart français étaient abandonnées aux seuls efforts des concessionnaires isolés. C’est à peine si le gouvernement intervenait dans les dépenses, — le ministère de la guerre par l’installation d’un parc d’artillerie trop parcimonieusement garni, et une exposition dont notre ami le comte de Castellane a déjà parlé, — le ministère de la marine, par l’érection du Phare de Roches-Douvres et par l’appareil des machines du Friedland pour l’approvisionnement des eaux. Eh bien ! le quart français, abandonné pour ainsi dire à lui-même, n’en est pas moins devenu la partie la plus intéressante du Parc, malgré les riches et brillantes constructions orientales du quart anglais, malgré les constructions russes, prussiennes, autrichiennes, suédoises, espagnoles et portugaises du quart allemand, malgré même les féeries du jardin réservé et les divers établissements du quart belge.

Avec les dessins d’ensemble que nous prépare M. Cicéri, un dessinateur aussi habile qu’exact et scrupuleux, et dont nous donnons aujourd’hui la première partie, nous reverrons en raccourci ce que nos dessins ont déjà représenté en détail ou ce qu’ils représenteront dans ce tour du monde que nous avons entrepris autour du Champ de Mars.

Essayons, sous le crayon indicateur ' de M. Cicéri, une récapitulation panoramique du quart français. — Nous prendrons, si vous le permettez, notre point d’orientation au Château d’Eau, du haut de cette tour délabrée qu’un de nos dessinateurs a nommée les
Ruines, et que le public moins mélancolique commence à nommer la Source. En tournant le dos au Palais et laissant derrière nous la porte Rapp avec son jardin et ses statues équestres, ainsi que le chalet de M. le commissaire général, nous avons devant nous le phare, le lac et l’église, avec le pont en acier Besmer du quai d’Orsay, qui laisse voir sous son arcade une échappée de la Seine. Une pelouse verdoyante et des allées bordées de kiosques de toute nature et de toute destination, s’étale entre nous et le lac. C’est dans ce massif que se trouvent, entre autres, la crèche Sainte-Marie, une œuvre touchante dont nous racontons plus loin les bienfaits, et le curieux atelier de verreries. Voyez-vous apparaître dans l’air, comme un fil de la Vierge, un double fil de fer, d’un poids si léger qu’il ne fléchit pas dans-sa tension, malgré sa longueur ? Ce double fil de fer communique la transmission et le mouvement à des machines placées à trente ou quarante mètres de distance de son point d’origine. Ce n’est là qu’une#des nombreuses curiosités qui abondent dans le quart français. Plus près de nous, sont le pavillon des cloches, la maison de blanchissage et autres établissements industriels.

En laissant courir votre regard le long de l’avenue La Bourdonnaye, à votre droite, vous rencontrez, adossées à cette avenue, les nombreuses annexes des classes des machines, les appareils de signaux pour chemins de fer, l’annexe de la classe 59, où se fabriquent instantanément les circulaires et les cartes de visite imprimées sans encre, une invention de M. Leboyer, grosse d’avenir; le pétrin mécanique de M. Lebaudy qui fournit le pain aux principaux restaurants du Champ de Mars; et plus loin, de ce côté-ci de l’allée, le théâtre et ce qu’on nomme la manutention civile et militaire, et qui n’est autre chose qu’une simple concurrence au pétrin mécanique. Tout au bout de l’allée parallèle à l’avenue La Bourdonnaye, en allant vers la porte de l’Université, le baraquement monumental du Creusot fait face au charmant pavillon de la photographie. Plus avant encore, fonctionne l’appareil qui alimente d’eau le lac voisin, et où nous voyons flotter le drapeau blanc à croix rouge de la Société internationale de secours aux blessés.

Si nous suivons, à notre gauche, la même direction que nous avons suivie à notre droite, nous rencontrons, avant que notre regard arrive à l’avenue centrale d'Iéna , entre autres, diverses exhibitions de céramique, les maisons d’ouvriers de Mulhouse, de Blanzy et de Sa Société coopérative de Paris, et enfin, au bord de l’avenue, le splendide pavillon impérial, que quatorze exposants de premier ordre ont contribué à décorer, et, en s’éloignant du Palais vers la grande porte du pont d’Iéna, une décoration de fontaine monumentale, la photosculpture, dominée par le moulin à vent, le pavillon des fumivores-Thierry, et enfin une des deux fontaines décoratives, qui masque imparfaitement les compteurs de gaz.

Voilà notre récapitulation panoramique terminée. Elle suffira pour s’orienter dans ce quart français, rempli de surprises, dont M. Cicéri a tracé la vive silhouette.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée