Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Quart belge et le Jardin réservé

Quart belge et le Jardin réservé à l'exposition de Paris 1867

Lorsque l’Exposition aura disparu du Champ de Mars, on parlera encore du Jardin réservé et de ses merveilles disparues. « Qu’était-ce, se demandera-t-on, que ce Jardin réservé qui, sur un espace relativement restreint, dépassait en magnificence et en agrément le bois de Boulogne et le bois de Vincennes? » Ce n’est que dans notre publication qu’on en retrouvera les traces; par la plume et par le crayon, nous en aurons conservé le souvenir impérissable, comme de toutes les autres merveilles de l’Exposition.

Notre cinquième livraison a été consacrée tout entière au Jardin réservé. Le crayon de M. Lancelot et la plume de M. Edmond About ont lutté d’éclat pour en décrire les beautés. Nous-même, nous y sommes revenu souvent dans nos excursions à travers le Champ de Mars.

Aujourd’hui, M. Cicéri veut bien nous en donner l'exacte topographie, comme il l'avait fait pour le quart français et comme il le fera pour le quart anglais et le quart allemand.

Orientons-nous d’abord. Voici la porte de Tourville à l’angle de l’avenue La Bourdonnaye et de l’avenue de Lamotte-Piquet. Le long de l’avenue de Lamotte-Piquet dans la direction de l'École-Militaire s’étend l’exposition d’arboriculture qui sert de frontière au jardin de ce côté. C’est là qu’on trouve les fameux espaliers qui font la fortune et la gloire des arboriculteurs, des environs de Paris. Au bout de cette allée d’espaliers, on rencontre le restaurant, plus loin un modèle de pavillon en zinc et fer de notre camarade à la classe 91, l'honorable M. Corblet, et enfin des résidences de jardinier, où l’on vend des graines de fleurs. Une large allée, où se promènent les visiteurs aux heures de la musique militaire, sépare ces établissements que nous venons de nommer, du palais des colibris et du pavillon de l’orchestre, qui s’élèvent en face.

Revenons à la porte Tourville, notre point de départ. En suivant les bords du Jardin réservé parallèlement à l’avenue La Bourdonnaye jusqu’au bâtiment de l’administration qui sert de limite,'nous trouvons d'abord une série de serres remplies de fleurs et de plantes rares, puis le diorama botanique, qui a peu rempli jusqu’ici sa destination puisqu’on n’y voit que des vues de villes et de sites alpestres; enfin, les hangars où l’on expose les fruits et légumes de la saison, et des fleurs en pot ou en bouquet.

On verra dans le dessin de M. Cicéri que dans la direction du Palais, le Jardin réservé est séparé du quart belge, proprement dit, par une enceinte circulaire de grilles de toutes formes, dont nous avons donné un spécimen dans notre publication. Plus près de notre point d’orientation, les sinuosités de la rivière marquent les vallonnements du Jardin réservé. C’est là que se trouvent les belles pelouses vertes, jalonnées de tous côtés par des magnolias fleuris, parsemées dé massifs de fleurs que des tentes aux mille couleurs abritent du soleil.

Au-dessus du lac, qu’une cascade admirablement ornée alimente, s’élève la grande serre précédée du splendide vestibule que nous avons récemment décrit. Sur l’autre bord du lac, s’élève l’élégant pavillon de l'Impératrice. De nombreuses allées, qui traversent de ci, de là, la rivière sur des ponts rustiques qui servent d exposition, mènent d’un côté à l’aquarium d’eau douce, de l’autre à l’aquarium marin, les deux grandes curiosités de ce lieu enchanteur, après la serre. La serre — il en est de même des aquarium — est pesée sur un mamelon dont les arbustes à feuille persistante garnissent les pentes. Au bas te trouvent exposés, dans dès hangars circulaires, tous les outils et machines de jardinage.

Les serres plus petites, des kiosques de toute forme, et dont le dénombrement nous mènerait trop loin, sont prodigués, de toute part. Il y a là de quoi décorer bien des parcs, même royaux.

Il y a des cages aussi, grandes comme des kiosques, sans compter le palais des colibris. Pourquoi n'y a-t-il pas d’oiseaux? On a bien fait dans les aquariums de véritables volières de poissons. Était-il donc plus difficile de recruter des oiseaux que des crustacés?
Après les fleurs au doux parfum, je ne connais rien de plus suave et. de plus charmant que les oiseaux au doux gazouillement, et dont on a dit qu’ils étaient des fleurs animées et sonores. Je ne comprends pas qu’on ait les unes sans les autres, dans un paradis terrestre comme le Jardin réservé.

Quand l’hiver sera venu avec le déménagement de l’Exposition, le Jardin réservé sera encore une promenade séduisante, grâce aux arbustes verts prodigués sur toutes les pentes. La grande serre, avec sa température adoucie, serait une admirable salle de concerts d’hiver, que la mode adopterait bien vite.

Quel dommage quêtant de créations charmantes soient destinées à disparaître ! Il faudra combler les vallonnements, où la rivière circule, avec les déblais des monticules où l’on a édifié tous les monuments que nous venons de décrire. Omar n'a qu’à mettre le feu à la bibliothèque d’Alexandrie, et tout est dit. Ici, la destruction coût fera plus cher: car il faudra reniveler le terrain, après en avoir anéanti les merveilles passagères.

M. Alphand, l’ingénieux artiste, le puissant. édificateur, ne sait pas encore ce qu’il nous devra : c’est nous qui aurons conservé le souvenir de son œuvre, si elle est anéantie.

Ce qui se trouve au delà du Jardin réservé après les grilles, complète le quart belge. Nous avons décrit dans notre publication tout ce qui s’y trouve, depuis la porte d’Anvers, les maisons d'ouvriers et la rotonde belge, jusqu’à la ferme hollandaise et la taillerie de diamants.

Pour cette partie du Parc, que peut-on nous reprocher d avoir laissé dans l’ombre? Rien qui valût la peine d’être mentionne. Nous en appelons ad témoignage de nos lecteurs, ici, comme pour le reste de notre programme.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée