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France


France à l'exposition de Saint-Louis 1904

Architecte(s) : Umbdenstock, Roger Bouvard

Dès que la France eut fait parvenir son adhésion officielle à l'Exposition, les Etats-Unis lui accordèrent l'emplacement le plus important, 32.000 mètres carrés, et le mieux situé pour l'édification de son Palais national.

Il fut décidé que notre Pavillon serait une reproduction fidèle du Grand Trianon de Versailles; MM. les architectes Umbdenstock, qui s'était signalé en 1900 par son Palais des Armées de Terre et de Mer, et Roger Bouvard fils dressèrent le plan et présidèrent à l'exécution.

Connue il advient en ces sortes d'affaires, les dépenses dépassèrent les prévisions. Une somme de 150.000 francs avait été allouée au Comité français à charge d'assurer la construction d'un Palais national. On n'avait point envisagé alors la participation des Beaux-Arts, ni songé que l'importance de la Section française à Saint-Louis nous créerait l'obligation d'édifier un Palais digne de notre Exposition et qui ne le cédât en rien à ceux des autres nations.

Les frais de construction seuls montèrent à plus de 380.000 francs, qui furent couvert grâce à deux subventions de 150.000 francs chacune accordées par le Ministère du Commerce et le Ministère de l'Instruction Publique sur les crédits mis à leur disposition par le Parlement: à une subvention de 50.000 francs votée par la Ville de Paris et à une autre de 25.000 francs accordée par la Chambre de Commerce de Paris.

Il n'y avait que les murs nus. L'aménagement intérieur fut confié au Mobilier national qui organisa le grand Salon d'honneur. Les Manufactures nationales de Sèvres, des Gobelins, de Beauvais décorèrent les salons de leurs merveilleuses tapisseries. Pour le reste, l'État eut recours à l'initiative privée. Plusieurs salles furent attribuées pour leurs Expositions à des oeuvres artistiques, qui devaient, sous le contrôle du gouvernement. procéder elles-mêmes à leur installation et à leur aménagement. Trois salles furent réservées à la Ville de Paris, pour y exposer des objets d'art et des documents relatifs à la Ville: la Chambre de Commerce de Paris eut aussi son salon. Nos plus célèbres artistes avaient apporté leur collaboration et on admirait les plafonds de Besnard, de Géo Roussel, de Dubufe, de Carrier Belleuse, etc…

De grandes Maisons de serrurerie d'art, d'ameublements offrirent à titre gracieux leur concours et leurs objets. Des espaces avaient été réservés pour les expositions de certaines des associations ouvrières que le Gouvernement avait subventionnées.

Les bureaux du Commissariat général étaient installés au Pavillon national.

L'organisation des jardins à la française disposés autour du Palais coûta 150.000 francs couverts par des subventions du Ministère du Commerce (70.000 francs) , du .Ministère des Beaux-Arts (3.000 francs), du Ministère de l'Agriculture (30.000 francs), et de la Ville de Paris (25.000 francs).

Ils furent aménagés par le distingué jardinier en chef de la Ville de Paris. M. Vacherot. accompagné de 6 aides obligeamment prêtés pour la circonstance. Les horticulteurs avaient fourni des plantes, des arbustes et aussi leurs conseils.

Dans ces joutes internationales, le Pavillon, c'est la nation, il est l'emblème tangible de son génie. Notre Pavillon fut le plus remarqué et le plus admiré des bâtiments élevés par les diverses nations. Encadré de son immense jardin, merveilleusement dessiné, le Grand Trianon se dressait tout frais et tout rose dans un décor de verdure, image de la pureté et de la délicatesse du goût français. Tous les visiteurs s'y empressaient avec une curiosité mélangée d'un certain respect instinctif qui en amenait quelques-uns à se découvrir en entrant dans la Maison de la France.

Commencé dans les premiers mois de 1903. il fut inauguré officiellement le 16 mai 1904.

Dans une situation moins imposante que le Pavillon allemand, aveuglé par la fumée des cheminées d'usine du Machinery Hall, écrasé par le bâtiment des Eaux et Forets, dont la silhouette fâcheuse formait un fond sur lequel il se découpait de loin, notre Pavillon national n'en personnifiait pas moins la grâce et l'esprit français dans une de ses plus pures expressions de la fin du XVIIe.

Point n'était besoin de son drapeau tricolore pour indiquer à tout œil un peu exercé que ce Pavillon si coquet, si gracieux, ne pouvait être qu'une manifestation du génie et du goût français.

La belle grille monumentale sortie des ateliers de M. Maison, les parterres à la française, si bien dessinés et organisés par M.Vacherot, l'éminent jardinier en chef de la ville de Paris, avec leurs groupes et statues, sont du meilleur effet, et encadrent parfaitement le Pavillon qui fit la joie de tous les amoureux de Versailles et de nos gloires passées*.
Les pilastres de marbre blanc et rose auraient gagné à être un peu plus passés de ton, mais 1'ensemble faisait certes grand honneur à MM. G. Umbdenstock et Roger Bouvard qui avaient été chargés de cette reconstitution.
La Grande Galerie d'honneur.

La décoration a été confiée au Garde-Meuble national, qui avait envoyé trois merveilleuses tapisseries des gibelins rehaussées d'or, d'après les dessins de Van der Meulen du XVIIe siècle, et une très belle pièce de la série des portières du Char de triomphe aux armes de France et de Navarre, d'après les dessins de Charles Lebrun.

Si magnifiques que soient ces pièces, et si admirées qu'elles aient été, il est regrettable que comme pour Sèvres, on n'ait pas cru devoir, en haut lieu, faire une place aux produits modernes des manufactures des Gobelins et de Beauvais, et que leurs Expositions
aient été placées dans une salle des Beaux-Arts, mélangées avec quantité d'expositions de fabricants privés, ce qui ne contribuait pas à relever le prestige de nos Manufactures nationales aux yeux des visiteurs.

Le plafond de cette Galerie, divisé en trois grands panneaux, a été exécute par M. Geo Roussel.

Des consoles en bois doré et des gaines supportant des bustes dont celui du Président de la République, complétaient, avec quelques banquettes recouvertes de tapisserie, dite « Savonnerie », l'ameublement de cette salle, dont les tentures en brocatelle d'un joli bleu faisaient valoir les tapisseries.

Salon de la Manufacture de Sèvres.

Quelle sensation délicieuse, toute faite de charme et de repos on éprouvait en entrant dans le Salon réservé à la Manufacture nationale de Sèvres, quand on arrivait au Pavillon de Trianon, après une longue course à travers ces immenses Palais dont plusieurs semblaient avoir une décoration inachevée.

Ici, une atmosphère de calme harmonie, de goût et de légèreté. Des murs en moire bleue pâle, douce de ton, comme un ciel du matin : tout autour, une frise à arcades jaune et crème se reliant avec le plafond; quelques cabochons eu céramique ornaient les arcatures; un tapis uni beige faisant chanter la gamme bleue et jaune des murs.

Les vitrines, oh ! si simples ! des soubassements eu chêne blond supportant les grandes vitres enchâssées en velours vert avec base en délicieuse étoile bleue, lamée discrètement de métal.

Voilà pour la cage : quant aux oiseaux, dignes en tout point de leur volière: des biscuits délicieux « Héro et Léandre », par Gascq: une paysanne allaitant son enfant, de Dalou, etc., etc.

Des plumes plus autorisées que la nôtre décriront la beauté des grès, la technique des porcelaines dures, des couleurs grand feu sous couverte et sur couverte, etc., mais ce qu'il nous appartient de louer ici, c'est l'arrangement ingénieux de la salle, c'est la coloration délicieuse, c'est le charme, la béatitude qu'on éprouvait à venir s'y retremper après le labeur quotidien ; et nous nous acquittons ici d'une dette de reconnaissance en adressant à l'organisateur, au distingué directeur des travaux d'art de la Manufacture de Sèvres, M. Sandier, le dévoué collaborateur de l'Administration, M. Baumgart, l'expression de notre sincère admiration et de notre vive gratitude pour les heures délicieuses que nous avons passées dans ce Salon.

Salons des Arts décoratifs.

Bien que déjà connu, (ce Salon est, en effet, celui du Pavillon des Arts décoratifs de l'Exposition de 1900, organisé par Geo Hoentschel) on éprouve, à le revoir, un sentiment de vif plaisir comme à la vue d'un déjà vieil ami. L'ensemble d'une assez grande simplicité n'exclut pas le caractère décoratif et architectural.

Le délicieux panneau de Besnard, « L'Ile heureuse » mieux en valeur peut-être encore qu'en 1900, est toujours un régal pour les yeux.

Les tentures des panneaux, dessinées par cet artiste délicat qu'est Karbowski, ont acquis aussi une tonalité, plus discrète encore et s'harmonisent admirablement avec les bois si doux de ton.

Les vitrines un peu vides, à notre sens, occupent les pans coupés: au milieu de la pièce se retrouve la table et les quelques fauteuils tendus de cuir déjà vus en 1900.


Salons des artistes décorateurs.


Deux Salons avaient été réservés aux artistes décorateurs modernes et entièrement organisés et décorés par les soins et sous la direction de M. Dubufe et de la Société des artistes décorateurs, d'accord avec le Comité français des Expositions à l'étranger et la Société d'Encouragement à l'art et à l'industrie.

Tout en louant et en admirant ces Salons comme ils le méritent, on peut se demander s'ils étaient bien là à leur place et s'il n'aurait pas été préférable de les exposer dans les classes de la Décoration dont ils auraient rehaussé l'éclat ; tandis que, placés dans cette reconstitution d'un Palais historique et ancien, ils ne semblaient pas « the right thing in thé right place ».

Salons de la Ville de Paris.

La Ville de Paris n'occupait pas moins de trois Salons dans l'aile droite du Palais national. Les services d'Architecture, de la Voie publique, du Chemin de fer métropolitain, de l'Assistance publique, etc.. formaient une Exposition technique, des plus instructives, mais laissant à désirer au point de vue artistique après la Grande Galerie et le Salon de la Manufacture de Sèvres. Les graphiques de l'Enseignement primaire et l'Exposition de l'administration du Mont-de-Piété auraient pu, il nous semble, trouver un cadre plus approprié.

Salon de la Chambre de Commerce de Paris.

A l'entrée de l'aile gauche, un grand Salon avait été réservé à la Chambre de Commerce de Paris qui avait contribué aux dépenses de la construction du Palais national.

Cette Compagnie avait eu l'heureuse idée de l'aire appel à plusieurs grandes maisons d'ameublements pour décorer et meubler cette pièce et en faire, en quelque sorte, le Salon et le rendez-vous des délégués, jurés et exposants qui trouvaient là une salle de réunion, après le labeur des longues séances dans les Palais où les appelait leur mission.

La chalcographie du Louvre, avec ses belles épreuves, et l'Administration des monnaies et médailles, avec une collection de ses pièces les plus belles et les plus intéressantes, complétaient les Salons du Pavillon national, qui formait comme un coin de France et jetait sur l'Exposition un reflet de l'art si élégant et spirituel des XVIIe et XVIIIe siècles.

©Exposition internationale de Saint Louis 1904. Rapport général