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Electricité


Electricité à l'exposition de Saint-Louis 1904

Bien campé sur ses larges assises, solide sur ses colonnes ioniques et portant haut ses armures d'acier, le Palais de l'Electricité présente les mêmes caractères généraux du style Renaissance, les mêmes lignes classiques que les autres bâtiments de L'Exposition.

Placé à l'est, juste en face de la lagune principale et mirant dans ses eaux son merveilleux frontispice, tandis que sa façade nord-ouest donne sur le grand bassin, en vue directe des fontaines lumineuses, du péristyle du Palais des Fêtes et du bâtiment des Beaux-Arts, bordé au nord et au sud par la lagune, il est entièrement environné de canaux que sillonnent de légères embarcations, à rame ou à moteur.

On dirait un palais vénitien avec des quais plus larges, plus coquettement parés de leurs arbres, leurs statues, leurs gradins sculptés qui descendent jusqu'au bord de l'eau et par où les visiteurs peuvent accéder. Cette situation particulière, au centre des avenues qui débouchent des ponts, contribue pour une large part à la décoration générale.

Sa forme est celle d'un trapèze faisant une légère courbe sur sa plus grande base. Il mesure 200 mètres de long sur près de 180 de large: aucun autre bâtiment ne l'approche à plus de 300 mètres.

Il présente sur toutes ses faces la rangée de ses colonnades simples.

Les colonnes appuyées sur un stylobate à panneaux marbrés vont presque jusqu'au sol, ce qui donne plus de hauteur aux façades et élance les frontispices. Ceux-ci sont encore accentués par des ornements aux parties supérieures et par les tours qui dominent les quatre entrées principales et les coins.

Les portes principales s'appuient sur des colonnes jumelées; elles s'arrêtent en arc et se continuent par une imposte arrondie : leur partie haute est terminée en triangle sans grande ornementation. Cette manière est assez rare et ne se retrouve dans nul autre des édifices de l'Exposition.

Les extrémités sont flanquées de pylônes portant un couronnement très chargé, à décoration formant silhouette, avec des clochetons à tous les angles; une statue s'élance au sommet.

Pas de frontons décorés aux portes, toutes Unies par des linteaux horizontaux, sauf aux entrées principales où les portes, ainsi que les impostes finissent en arc.

L'ensemble des arcades est ordre ionique; seules, les colonnes des entrées principales sont composites et ornementées selon le mode corinthien.

A l'intérieur des portiques qui entourent le bâtiment, un soubassement plat porte les fenêtres plutôt nombreuses que spacieuses. Cela donne une lumière convenable en conservant une grande quantité de mur, et il en résulte une impression artistique plus puissante.

Sur deux côtés se trouvent, en outre, des loggias qui augmentent encore les effets de la clarté et de l'ombre.

La grande quantité d'ouvertures ménagées dans la façade convient d'autre part à la destination de l'édifice et donne l'illusion d'un immense flamboiement quand tout s'allume la nuit dans le Palais.

Le toit est plat; couvert en zinc avec travées, et percé de nombreux châssis vitrés. Au-dessous des toits une terrasse en bordure contourne tout l'édifice. Cette terrasse est ornementée à intervalles rapprochés de socles surmontés de vases et de pavillons aux couleurs des diverses nations représentées.

Il y a une cour centrale reproduisant exactement le plan du Palais. Cette cour est environnée de colonnades et agrémentée de massifs de fleurs et de hautes plantes vertes; des sièges, des bancs y sont disposés, et les visiteurs trouvent là une retraite tranquille, un repos charmant parmi les parfums et sous l'épaisse frondaison des arbustes des tropiques.

Cette architecture simple, issue des purs souvenirs de l'école, sans tendance à sortir du classique sauf en ce qui concerne l'ornementation des coins, un peu surchargée et rappelant les combles des pagodes, n'a exigé aucun sacrifice de la commodité intérieure.

Plan et bâtisse sont disposés pour les emplacements bien sectionnés.

Les aménagements intérieurs sont, en effet, heureusement rangés et permettent le développement d'allées centrales très larges et d'une grande quantité de petits passages.

D'un côté, les installations lourdes, de l'autre, les légères : de façon que les objets de même sorte, les machines puissantes et les accessoires se trouvent groupés et se présentent comme sur une sorte de tableau synoptique.

L'ensemble et la nature des choses exposées, depuis la locomotive électrique jusqu'aux appareils de Rœntgen et les spécimens les plus récents des merveilles de l'électro-chimie font de ce palais un centre d'attraction unique.

C'est ici le temple d'une science toute jeune, d'une science qui n'a encore dit que son premier mot, mais qui chaque jour émerveille par quelque nouvelle découverte.

« Après avoir ravi la foudre au ciel et le sceptre aux tyrans», selon le fameux vers latin dédié à Franklin et qui s'applique aussi bien à la science qu'au savant, arrachera-t-elle son énigme à la vie? Brisera-t-elle d'un choc la faux dans les mains du Temps?

Déjà la fiction de Prométhée entre dans la réalité, et l'homme se reprend à espérer la victoire, le triomphe définitif sur la nature.

©Exposition internationale de Saint Louis 1904. Rapport général