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Maroc


Maroc à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : M. Saladin

Non loin d'un des piliers de la tour Eiffel, auprès du Palais de l'optique, on entendait le joyeux ronflement de tambourins, les sons aigus de la flûte arabe, les you you prolongés des danseurs et les cris « Bono bono, madame », des marchands de nougats, de verroteries, de cuirs et de cuivres ciselés. Tout autour, une foule considérable, très animée, flânant, s'arrêtant pour acheter, pour déguster. C'était le pavillon du Maroc qui l'attirait et la retenait. Il avait pour architecte M. Saladin. Le corps principal reproduisait l'aspect d'une mosquée, autour de laquelle était un bazar où l'on circulait par d'étroites ruelles. L'exposition proprement dite était à l'intérieur de la mosquée. M. Muzet. député, commissaire général de la section, y avait groupé une belle collection d'objets d'art et des produits naturels du pays ; celui-ci est trop peu connu et l'on avait d'autant plus de raisons de s'initier à ses besoins et à ses ressources qu'il est en butte, comme on le sait, aux visées ambitieuses de plusieurs nations européennes, lesquelles, heureusement, n'arrivent pas même à en entamer la vieille civilisation aristocratique. Il reste lui-même... La France y est représentée de la façon la plus intelligente par un ministre très aimable, M. Revoil, qui a pour principal collaborateur, le consul général chargé d'affaires, M. H.-P. de la Martinière, un des hommes les plus versés dans les choses et les êtres d'Orient et qui apporte dans l'accomplissement de sa tâche délicate tact et activité féconde. Entre ces mains, l'influence française ne peut que progresser, autant qu'il est possible dans cet empire très jaloux de son indépendance et attachée ses mœurs. Le fait seul d'avoir déterminé Sa Majesté Chérifienne à exposer et à avoir son pavillon, d'une telle importance, suffisait à mesurer notre crédit, en même temps qu'il nous apportait de très précieuses notions du Maroc même, se révélant particulièrement à nous.

Le système d'isolement, qui a prévalu depuis longtemps déjà dans la politique des sultans du Maroc, a empêché le développement de l'industrie et de l'agriculture, et a conservé avec une singulière efficacité le caractère d'une industrie encore réduite de nos jours aux procédés antiques de fabrication. Les tapis, tissus, cuirs ouvragés, armes, faïences vernissées de Merrakech, de Fez, du Tafilalet sont encore les mêmes qu'aux siècles passés. On observe cependant et depuis peu d'années de grands efforts, en Allemagne notamment, pour imiter l'industrie marocaine et apporter dans ce pays des objets manufacturés économiquement et mécaniquement. Les laines du Maroc sont renommées ; elles sont en grande partie exportées en France, où, dans le Nord, elles sont employées dans les filatures. Les droits de douane à l'exportation tendent à maintenir fermée la barrière qui empêche le développement économique de ce pays. C'est ainsi que les grains sont de même frappés, soit d'un droit relativement élevé, soit même d'une prohibition absolue. Si à ces conditions défavorables on ajoute l'absence de moyens de communications, le peu de sécurité de la contrée, l'impossibilité des étrangers de se rendre dans certains districts, souvent les plus riches, on comprend pourquoi l'exportation est très insignifiante par rapport à la masse des produits du sol. Il est également interdit d'exporter du Maroc, à moins de permission spéciale, les animaux domestiques vivants. Le gouvernement anglais a toutefois conclu avec le Makhzen chérifien une sorte de convention pour l'approvisionnement, à Tanger, en viande sur pied, de la garnison de Gibraltar. La marine marocaine ayant été anéantie, la navigation côtière est entièrement aux mains de compagnies européennes ou faite par de petits voiliers espagnols et portugais. En 1896, il existait trois compagnies allemandes desservant les ports marocains, une anglaise, une espagnole et deux françaises.

Ces deux dernières sont la Compagnie Touache dont un bateau dessert Tanger tous les quinze jours par Oran, et la Compagnie Paquet de Marseille, dont les bâtiments font escale sur toute la côte jusqu'aux îles Canaries. Il n'existe pas de ports au Maroc ; ce ne sont que rades foraines ou mouillages, et les conditions où se font les opérations d'embarquement et de débarquement
sont fort précaires. A cela si on ajoute l'absence de phares (sauf celui du cap Spartel) et les difficultés de la navigation sur cette côte, il ne faut par s'étonner de l'état misérable où demeure le négoce marocain. En ce qui concerne le commerce français au Maroc, on constate qu'il y devient de plus en plus difficile. La concurrence allemande et belge à nos produits y est très vive. La France importe au Maroc les sucres, quelques draps, des tissus de soie de Lyon, des guinées ou toiles de coton bleues, destinées aux régions méridionales et provenant de Pondichéry ; elle exporte des laines, des grains; l'Angleterre importe les thés, les bougies, les cotonnades, de la quincaillerie ; il en est de même de l'Allemagne et de la Belgique. Les efforts de nos représentants arriveront à nous faire une place de plus en plus grande dans ce riche empire qui nous est sympathique.

©Paul Gers - 1900