Retour - Liste Pavillons

Equateur


Equateur à l'exposition de Paris 1900

Les Républiques Sud-Américaines se sont véritablement révélées au monde, dans cette Exposition de 1900. Elles ont attesté une vitalité, une avidité de progrès, une activité d'esprit, couronnées de succès tangibles, qui ont très heureusement surpris chacun. L'Equateur nous a permis d'admirer tout ce qu'on peut attendre d'un peuple jeune, ardent, et justement fier de sa prospérité croissante.

Le pavillon de l'Equateur, dressé au pied de la tour Eiffel et destiné à être transporté à Guayaquil pour y servir de bibliothèque municipale, occupait une superficie de i5o mètres carrés. C'était une jolie construction Louis XV, à deux étages, œuvre d'un architecte chilien, ornée, en façade, d'un superbe vitrail de M. T.-H. Laumonnerie et de décorations en faïence bleue formant le fond de 2 mètres où on remarquait les bustes du poète Olmedo et du prosateur Montalvo, exécutés par M. F. Michelet, ainsi que celui du général Alfaro, président de L'Equateur.
?La construction était en fer, avec balcons en fer forgé. Les murs de l'édifice étaient en staff imitant le marbre et décorés de sculptures et de faïences. La hauteur de l'édifice était de 12 mètres. La tour qui en mesurait 20 présentait dans son centre l'écusson d'armes de l'Equateur surmonté d'un grand condor les ailes déployées. Les six grands écussons du rez-de-chaussée portaient en lettres dorées les noms des principales villes de l'Equateur, tandis que sur deux tableaux étaient inscrits à la façade postérieure les noms des seize provinces et de l'archipel de Galapagos.

La lumière pénétrait à flots dans le pavillon par sept larges baies et un plafond vitré. Il y avait une galerie centrale. Les murs intérieurs étaient tapissés d'étoffe vieux rouge et garnis de vitrines Louis XV rappelant, le style extérieur. Le meuble central contenait un rocher avec des arbustes où un naturaliste, M. Petit aîné, avait placé avec art et beaucoup de goût les jolis spécimens envoyés des hôtes ailés des forêts équatoriennes.


Sur une colonne se trouvait dressé le buste en marbre de M. Clémente Ballén, le très regrette consul général de l'Equateur à Paris, où il est décédé en 1893, et son commissaire général à l'Exposition de 1889. Ce buste, qui lui avait été offert par ses compatriotes reconnaissants, avait été complaisamment prêté par Mme de Nahmias, sa fille, sur la demande du commissaire général actuel.

Autour des colonnes en fer du hall, dont le plafond était revêtu d'étoffes aux couleurs nationales, s'épanouissaient les feuilles, fleurs et fruits de quatre belles plantes exotiques qui rappellent la végétation tropicale de l'Equateur : un cacaoyer, un palmier, un bananier et un caoutchouc ayant à leur pied d'autres spécimens de sa luxuriante flore, canne à sucre, vanille, etc. Les principaux produits du riche sol de l'Equateur et les échantillons de ses industries étaient exposés à leur ombre. Parmi les premiers il faut citer : le cacao, le café, le caoutchouc, les céréales des fécondes vallées des sierras, les plantes, écorces et racines médicinales : quinquinas de Loja, salsepareilles, coca, ratanhia, etc.; —le tabac d'Esmeraldas, le corozo ou ivoire végétal, les collections de minéraux de toutes sortes, les merveilleux bois de construction et d'ébénisterie dont la variété est incalculable et la qualité inappréciable, etc. Parmi les seconds, figuraient les tissus de fil, laine et coton, les tissus de fibres végétales, de fibres de palmier surtout, tels que les fameux chapeaux de Jipijapa, injustement appelés chapeaux de Panama, finement tressés avec la fibre du palmier toquilla et les commodes hamacs en fibres de palmier mocora, les confections, dentelles et broderies renommées des laborieuses femmes équatoriennes, les jolis tapis, les harnachements et selles, les cuirs tannés, les ravissants petits oiseaux naturalisés : oiseaux-mouches, colibris, oiseaux-lyre, etc.; les poteries, vanneries, bois sculptés, bijoux, meubles incrustés, mandoles ; les cigares et cigarettes aussi appréciés que ceux de la Havane; les fécules, farines, amidons; dans les classes de l'alimentation : les pâtes, élixirs et apéritifs, l'alcool, l'eau-de-vie de canne, anisée ou non, la bière, le sucre des grandes sucreries du littoral, etc., etc. Nous mentionnerons encore dans la section rétrospective très admirée au premier étage, les antiquités en or, argent, pierre, écorce, terre et bois; les objets appartenant à la race aborigène; les peintures à l'huile, les aquarelles, lithographies, typographies, impressions, reliures ; les préparations pharmaceutiques, les photographies et vues de l'Equateur, etc., etc.

La concession d'un bar avait été accordée pour qu'on pût y déguster le renommé cacao de l'Equateur sous forme de chocolat et son excellent café.

Le commissaire général de l'Equateur avait fait tout le possible pour que la fertile République de l'Equateur pût loger dignement ses exposants et figurât honorablement parmi les nations amies de la France. Cette tâche a été admirablement remplie par le commissaire général, M. le docteur Victor-M. Rendon, ancien secrétaire de légation et ancien consul général de la même République à Paris qu'il habite depuis plus de vingt-cinq ans. M. Julian Aspiazu était nommé commissaire suppléant. Le secrétaire général du commissariat était M. Enrique Dorn y de Alsua, ancien consul de l'Equateur à Paris et secrétaire de sa légation en France, chevalier de la Légion d'honneur. M. Miguel A. Carbo, consul général actuel de l'Equateur à Paris, remplissait les fonctions d'attaché rapporteur.

Ces hauts fonctionnaires ont su faire connaître et aimer leur pays dont l'histoire, aussi bien que l'organisation politique et la richesse économique ne nous étaient pas assez familières.

r
L'Equateur, au point de vue politique, comprend seize provinces et un archipel, et l'on estime que la population de ce pays, n'étant pas inférieure à un million cinq cent mille habitants, possède à peu près deux habitants par kilomètre carré, tandis que la France en compte soixante et onze ; au point de vue climatologique, cette région équinoxiale ne comprend que deux saisons : la saison des pluies et la saison sèche, mais il est assez difficile de qualifier l'une d'hiver et l'autre d'été, la température étant sensiblement la même.

On y pratique, comme dans nos pays, la navigation intérieure sur des fleuves et sur des rivières, et le Guayas est un des plus beaux fleuves navigables que l'on puisse rencontrer, il mesure par endroit plus de 2 kilomètres de largeur, et en face des villes, comme Guayaquil, par exemple, il est sillonné par des barques et des yachts qui lui donnent un aspect des plus pittoresques.

Ce n'est qu'en 1830, après la dissolution de la Grande Colombie, formée par Bolivar, que l'Equateur fut définitivement constitué en Etat indépendant ; c'est maintenant le général Éloy, d'abord chef suprême, ensuite légalement élu en 1887, qui détient la présidence ; son mandat expire le 31 août 1901.

Comme en France, la République de l'Equateur possède un Sénat et une Chambre des députés, et les lois sont l'œuvre des deux Chambres réunies en congrès ; elles siègent régulièrement tous les deux ans à Quito, pendant soixante jours, qui ne peuvent être prorogés.

Quant à ce qui concerne l'élection du président et du vice-président de la République, la loi indique que seuls les citoyens nés sur le territoire de la République et âgés au moins de trente-cinq ans peuvent être élus; cette élection se fait par vole direct du peuple et la durée du mandat est de quatre ans.

Il existe seulement quatre ministères : Intérieur et Police, Travaux publics, Affaires étrangères, Instruction publique, Justice, etc., Finances, et enfin Guerre et Marine.

Les rentes annuelles dépassent la somme de 7 millions de sucres; le sucre, piastre forte de 900 millésimes d'argent fin, est l'unité monétaire du pays dont le système est basé sur le système décimal, et le principal revenu du gouvernement est assuré par la douane de Guayaquil, c'est-à -dire, à proprement parler, par l'importation.

L'Equateur est encore un des pays du monde qui paye le moins d'impôts, mais la peu équitable répartition des contributions pèse d'une façon excessive sur la plus intéressante des productions du sol, le cacao, et il y aurait lieu, à cet égard, de procéder à de sérieuses réformes.

Les finances générales du pays sont dans un état très satisfaisant; les gouvernements n'ont pas fait d'emprunt depuis 1830, et il est utile de se rendre compte que les capitalistes étrangers peuvent en toute sécurité placer leurs fonds dans les entreprises en voie d exécution, étant certains d'y trouver un bénéfice garanti par les immenses ressources du pays; tout, du reste, est en voie de développement: les routes, les chemins de fer, les canaux ; il y a de plus un câble qui met l'Equateur en relation avec l'ancien continent et le téléphone fonctionne dans les principales villes.

Le commerce de l'Equateur est incontestablement un des plus actifs de l'Amérique du Sud, et il est aussi un de ceux qui
jouissent de la plus grande réputation par l'importance, la fréquence des transactions et la probité des négociants ; le commerce avec l'Europe est très étendu, la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Espagne, l'Autriche, etc., envoient fréquemment des navires à Guayaquil.

©Paul Gers - 1900