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Commissariat Général


Commissariat Général à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Deglane

Au coin de l'avenue Rapp et du quai d'Orsay, une longue façade blanche, à un étage au dessus d'un rez-de-chaussée surélevé, toute battante neuve, attire le regard du passant. Le ton blafard du plâtre est relevé par une décoration peinte, rinceaux et arabesques, qui court sous l'auvent de la toiture, encadrant les fenêtres. Cette décoration anormale, inusitée d'aspect, réjouit l'oeil, et l'on souhaiterait que la mode s'en emparât pour décorer la nudité de nombreux édifices. Cependant, il faut l'avouer, ces tons si vifs, si sémillants pour l'instant, ne résisteront pas au lavage incessant des pluies, à l'ardeur intermittente des grands soleils; ils évoquent l'impression d'une treille aux frondaisons fleuries, mais s'ils ont l'éclat de la fleur, leur durée sera toute aussi éphémère.

D'ailleurs, le bâtiment lui-même n'est pas appelé à une longue durée; il a été construit sur l'emplacement de l'hôtel des écuries de l'Alma, pour loger l'administration des services de l'Exposition, trop à l'étroit, antérieurement, avenue La Bourdonnais. Il se compose d'une partie neuve d'une surface de 2150 mètres, celle qui est en façade sur l'avenue Rapp et sur le quai, et des constructions des anciennes écuries, aménagées pour leur nouvelle destination, occupant 1830 mètres de superficie, et qui se trouvent derrière les nouvelles façades, en bordure d'une cour intérieure.

L'ensemble de bâtiments contient: les bureaux du commissariat général; la direction de l'exploitation; la direction des finances; la direction de l'architecture; la direction de la voirie; les services divers. Cette courte énumération ne peut donner une idée de la quantité de locaux spacieux et distincts nécessaire à une administration aussi considérable; néanmoins, les 4000 mètres superficiels de terrain sont utilisés et aucune place n'est perdue. Les bâtiments renferment huit salles pour les comités, deux plus grandes salles pour les contrés. Ils abritent également les locaux des sections étrangères; de vastes agences pour dessinateurs, des postes pour le service médical, les pompiers, etc.
La direction des finances prend une place importante avec son service des titres et des tirages.
Quant à M. Alfred Picard, son installation est comparativement modeste; il dispose d'une entrée particulière, d'une salle d'attente, d'un cabinet et d'une salle à manger. La fenêtre de son cabinet est en pan coupé, sur le quai d'Orsay; c'est celle que l'on voit en premier plan dans notre illustration.

Ces bâtiments sont donc provisoires, et, pour leur édification, l'économie la plus sévère a été recommandée à l'architecte, M. Deglane, architecte des bâtiments civils, un des lauréats des concours pour l'Exposition, et qui, en cette qualité, a été chargé d'une part importante dans le Grand Palais des Champs-Elysées. Aussi le mode de construction adopté a été le bois, quelque peu abandonné de nos jours au profit du fer. Le bois, en dépit de ses défauts, est d'un emploi économique; il permet de grandes portées, à petits frais. Or les locaux sont ici relativement spacieux. La construction a donc été montée exclusivement en bois, poteaux et solives, mais en bois soigneusement injectés et ignifugés. Une difficulté se présenta qui s'alliait mal avec l'économie imposée à l'architecture. Le bon sol est à 8 mètres au-dessous du niveau de la voie publique. Il eut fallu renoncer à l'emplacement si l'on avait du exécuter les fondations indispensables, mais on eut recours à un procédé tout nouveau, celui de la compression. On bat le sol, comme si on enfonçait des pilotis, avec un mouton de fonte excessivement pesant. Le mouton s'enfonce en comprimant le sol; on remplit le vide avec du mâchefer et des cailloux, et l'on bat au mouton plat, jusqu'à refus. Sur la plate forme ainsi établie, on peut monter sans crainte, surtout si l'on élève des construction légères.

Pour garnir les pans de bois établis, on n'a pas disposé les remplissages de plâtras et de plâtres habituels; c'eut été alourdir la construction en provoquant une humidité générale qui aurait demandé de longs mois de dessiccations; or, les locaux devaient être occupés à peine terminés. Sur chacun des parements des poteaux, pour les façades, comme pour les cloisons intérieures, ont été clouées des plaques de fibrocortchoïna. Ce nom barbare est l'appellation d'un produit en feuille de 3 centimètres d'apaiser, composé de roseaux noyé dans du plâtre. C'est un carton qui se découpe à la scie, et qu'on cloue avec des clous galvanisés. Il s'emploie sec, naturellement, et laisse dans l'intervalle un matelas d'air qui sert d'isolant et unifie la température. Sur le fibrocortchoïna, on peint ou on colle du papier après enduit. Il est incombustible, parait-il. Cependant, toutes les précautions sont prises contre l'incendie, et le visiteur qui a affaire dans les bureaux de l'Exposition remarquera le luxe des grenades extensives disposées un peu partout. La construction neuve a couté 170 francs le mètre superficiel, ce qui est prix minime. L'ensemble de l'appropriation revient à 400000 francs, ce qui met le prix moyen du mètre à 100 francs.

C'est assez nous occuper du local, et faisons connaissance avec certains de ses hôtes. Nous avons parlé déjà de M. Alfred Picard et de M. Bouvard; nous rendrons visite aujourd'hui à M. Henri Charbon, secrétaire général de l'Exposition. Trente-cinq ans, très élégant de sa personne, M. Henri Chardon est maitre des requêtes au Conseil d'Etat: ses attributions à l'Exposition sont nombreuses, et le décret du 9 septembre 1893 les énumère tout au long. Nous y voyons que M. H. Charbon est chargé: des affaires qui ne ressortissent d'aucun service; de la centralisation des demandes d'emploi; de l'organisation du service m"discal, du service de police, de la surveillance des photographes et des vendeurs de catalogues; des insertions à l'Officiel, du service de la presse, etc, etc.

Nous avons abrégé, mais nous estimons que ces multiples occupations ne sont rien auprès de celle qui consiste à recevoir les gens nombreux qui ont des demandes ou des doléances à présenter.
M. Chardon reçoit les personnes que M. A. Picard ne peut voir; il les accueille, quelles qu'elles soient, avec une courtoisie irréprochable. D'ailleurs, la courtoisie est la règle de tous les fonctionnaires qui appartiennent à l'Exposition, ce qui innove heureusement dedans les habitudes traditionnelles de l'administration française.

Malgré la meilleur volonté, M. Chardon ne dispose pas du temps nécessaire pour accueillir tout venant; les refusés se réfugient auprès de M. Legrand, secrétaire particulier de M. A. Picard. M. Legrand est non moins courtois que M. Chardon, mais avec une nuance moins réfrigérante.

A côté du personnel qui construit se tient celui qui administre les finances et, enfin, celui qui est chargé d'organiser l'Exposition proprement dite, c'est à dire de provoquer certaines adhésions, d'écarter certaines autres, de constituer les jurys d'admission, d'installation, de récompenses, etc. C'est une oeuvre certainement moins brillante que celle qui consiste à faire sortir des palais du sol, mais elle est singulièrement ardue et difficile.

L'exploitation de l'Exposition a pour directeur M. Delaunay-Bellevile, ancien président de la Chambre de commerce de Paris. A. M. Delaunay-Belleville, pris par des organisations spéciales, sur lesquelles nous aurons à revenir, fut adjoint M. Stephan Dervillé, ancien président du Tribunal de commerce de la Seine, officier de la Légion d'honneur.

M. Dervillé est chargé plus spécialement de l'organisation de la section française. Il a constitué les jurys d'admission, d'où sortiront les jurys d'installation, et cela n'a pas été une mince affaire. On se rappelle que la presse a accueilli avec faveur la méthode qui avait présidé aux nominations; on approuva particulièrement M. Dervillé d'avoir appelé un certain nombre de femmes à joindre leur compétence spéciale à celle de collègues masculins.

Ce ne fut pas une sinécure que d'établir cette liste de 3500 noms! Or, M. Stephan Dervillé a vu, pour la plupart, ceux qui furent portés sur ces listes. Il s'est enquis, auprès d'eux, des conditions spéciales de leur industrie; il leur a expliqué minutieusement ce qu'il demandait à leur concours.

©L'exposition de Paris - 1900