Retour - Liste Pavillons

Mexique


Mexique à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Antonio M. Anza

C'est dans le palais du Mexique, féeriquement embrasé le soir, qu'ont été données quelques-unes des plus belles fêtes de l'Exposition. Ce palais occupait une situation admirable, en prolongement de la rue des Nations, sur le bord de la Seine, que dominait sa terrasse aux baies immenses. Il a été le rendez-vous favori de toutes les élégances princières et internationales.

Le président de la République mexicaine, le général Porfirio Diaz, dont l'administration est si profitable à son pays, prodigieusement enrichi par lui, avait choisi pour le représenter en qualité de commissaire général à l'Exposition, M. Sébastian B. de Mier, ministre du Mexique à Londres. Le commissaire général adjoint était M. A. M. Anza, qui était en même temps l'architecte du Palais mexicain. Adjoints au commissaire général : MM. Ramon Fernandez, consul du Mexique à Marseille, Garcia Torrès, attaché d'ambassade, et Albert Hans, ancien officier d'artillerie.

Le commissaire général, M. Sébastian B. de Mier, diplomate brillant , très répandu dans la société parisienne, à laquelle il est mêlé depuis de longues années, a su, pendant ces six mois écoulés, attirer et retenir attachées à son pays toutes les sympathies.

Aussi bien, le Palais mexicain avait le plus bel aspect; il a été conçu, non pas dans le style aztèque, comme en 1889, mais dans ce style néo-grec qui, dans l'esprit de la commission d'organisation, devait marquer, au lieu de la glorification du passé, les tendances modernistes du présent. L'édifice était construit en bois et staff, selon des lignes très pures : du côté du fleuve, une loggia étendait ses colonnades et ses balcons sur une longueur de près de 100 mètres.

La façade opposée présentait un perron majestueux orné de statues en marbre et par lequel on accédait à l'intérieur.

Admirablement compris en vue de son application spéciale, le palais offrait intérieurement l'aspect d'un immense rectangle terminé par deux hexaèdres, dont l'un abritait un escalier monumental, l'autre étant affecté au salon des Beaux-Arts. L'escalier conduisait à une large galerie établie en porte-à-faux sur tout le pourtour de l'intérieur, et dont l'extrémité opposée à l'escalier se terminait par un balcon spacieux qui dominait le salon des Beaux-Arts déjà cité.

Des niches cintrées, garnies de belles vitrines, se succédaient sans interruption sur toute l'étendue de la galerie. De môme, au rez-de-chaussée, des emplacements analogues, mais plus spacieux, étaient encore occupés par des vitrines.

L'architecte avait ici à lutter contre une double difficulté : la place rigoureusement mesurée et l'accumulation des objets divers faisant de l'intérieur du palais une véritable exposition encyclopédique réunissant toutes les branches de l'activité humaine, et par conséquent susceptible d'effrayer par ses proportions.

M. A. M. Anza avait réussi à satisfaire aux nécessités pratiques de l'exposition, tout en donnant à celle-ci une physionomie parfaitement harmonieuse et môme attirante.

A peine, en effet, avait-on franchi les portes, qu'on se trouvait au milieu d'un hall immense (60 mètres de long sur 23 mètres de large) d'où l'on pouvait, en regardant simplement autour de soi, embrasser en quelques instants l'ensemble de l'exposition mexicaine.

D'un côté, le salon en hémicycle sollicitait le visiteur par sa décoration somptueuse; de l'autre, l'escalier majestueux l'entraînait vers les trésors variés de la science et de l'industrie. Le jour distribué à profusion par le vitrage du hall assurait à l'éclairage diurne une régularité parfaite.

Ce résultat faisait le plus grand honneur à l'éminent architecte et commissaire général adjoint, dont l'œuvre se classait incontestablement parmi les meilleurs travaux de l'Exposition.

Tel était le cadre. Jetons maintenant un coup d'œil méthodique sur ce qu'il renfermait. Nous avons noté les vastes dimensions du palais, plus vaste que ceux d'autres puissances continentales. C'est qu'en effet, alors que les grands Etats n'avaient affecté leur pavillon qu'à des reconstitutions historiques, à des installations spéciales, dispersant leurs exposants dans tous les groupes et toutes les classes, le Mexique, au contraire, avait tenu à ce que, conformément à une sorte de tradition, les trois mille exposants, qui ont montré leurs produits en 1900, restassent groupés dans un commun édifice et dans une même section.

La place d'honneur du pavillon, le point central du hall, par conséquent, face au vestibule de l'entrée principale, était réservée à l'industrie du tabac, et plus spécialement à la fabrication des cigarettes. On y voyait de jolies Mexicaines guider de leurs mains alertes les machines dont chacune produit trois millions cigarettes par semaine, c'est-à-dire un chiffre bien supérieur à celui atteint dans nos manufactures françaises. A droite et à gauche de cette partie centrale consacrée au tabac, .de grandes vitrines montraient les produits manufacturés du Mexique, spécialement les tissus provenant des usines d'Orizaba, qui disposent des derniers perfectionnements industriels, et sont mues par l'électricité ; puis venaient les différentes expositions, ou sections, correspondant à toutes les branches de l'activité humaine.

Très attrayante, tout d'abord, l'exposition qui montrait par des documents, statistiques et photographies, les grands sacrifices consentis par le Gouvernement en faveur de l'instruction primaire et supérieure. Comme en France, l'instruction primaire est obligatoire et gratuite au Mexique, et la loi se montre rigoureuse envers les parents ou chefs d'industrie qui négligent d'envoyer aux écoles les enfants âgés de six à douze ans.

Le Gouvernement accordait encore récemment un crédit d'un million de piastres pour l'édification de nouveaux bâtiments scolaires, On n'appréciait pas moins la section rétrospective, les expositions des Beaux-Arts, de la Presse et de la Librairie, des Travaux publics, toutes sections qui ont le plus grand rôle dans le pays. Les travaux publics, notamment, se sont étonnamment étendus :

Depuis 1889, en effet, les chemins de fer mexicains ont vu leur importance augmentée par la création de nombreux réseaux nouveaux, qui, au total, dépassent 14500 kilomètres. Même une ligne interocéanique est entrée en exploitation.

Cette ligne relie Coatzacoaleos et Santa-Cruz, offrant ainsi aux transports internationaux des de facilités remarquables et destinées à développer, dans une large mesure, les relations commerciales avec le Japon et la Chine. La création du port de Mazatlan, qui donnera toute sa valeur à une autre ligne interocéanique, pourra être considérée comme une des plus grandes entreprises de ce temps, par les difficultés à vaincre autant que par les services qu'on en attend. Actuellement les plans sont dressés et les travaux sont commencés depuis quelques mois.

Le port de Vera-Cruz; qui compte aujourd'hui parmi les meilleurs et les plus importants au Mexique, est l'œuvre du Gouvernement, qui l'a amené à son état actuel en moins de dix ans. Le port de Tampico, pour lequel on a dû établir deux immenses jetées parallèles s'avançant jusqu'à 4 kilomètres dans la mer, et qui a coûté-plus de 2 millions de dollars, est un autre exemple du développement dont nous parlions plus haut.

Le Gouvernement a également fixé son attention d'une façon spéciale sur l'éclairage des côtes, qui dépend, au point de vue administratif, du Ministère des Communications et Travaux publics. On a vu à l'Exposition les appareils de deux phares en construction sur le littoral du Pacifique.

Dans le Palais mexicain, l'agriculture, l'horticulture, etc., tenaient aussi une place proportionnée à leur nature, qui est très grande : toutes les céréales en effet sont cultivées aux terres du Mexique, et aussi le riz, le cacao, le café et une grande quantité de fruits. La vanille y est l'objet d'une culture rationnelle et très favorisée par le climat. Il en est de môme de la canne à sucre. Les vignes n'ont eu que peu à souffrir du phylloxéra, et les vins de certaines régions, notamment ceux de Par-ras, Coahuila, commencent à jouir d'une certaine réputation.

A côté de ces vins et du pulque, boisson nationale, fabriquée avec le suc de l'agave, et dont on ne consomme pas moins de 3114000 hectolitres par an, la bière tend à entrer de plus en plus dans la consommation.

Plusieurs brasseries se sont établies pendant ces dernières années, en différents points du Mexique, et se sont développées rapidement. Le principe adopté pour la fabrication est celui dénommé « à fermentation basse ».

Les distilleries d'alcools, déjà nombreuses, ont amélioré leur production dans des conditions remarquables, grâce à l'introduction de nouveaux procédés et d'un matériel perfectionné. Un grand avenir est ouvert à la distillerie et à la fabrication des liqueurs en général, grâce à l'abondance des fruits de toutes sortes et des végétaux alcooligènes.

L'exposition alimentaire réunissait des pâtes de fruits, des confitures, conserves, du chocolat, etc.

Il ressortait clairement de ces expositions que d'importantes ressources sont offertes en ce pays, non seulement aux bras mais aux capitaux, qui trouveront là-bas d'excellents et fructueux emplois.

Nous n'aurons garde de passer sous silence la section des mines, qui a été si remarquée. Dans le total annuel de l'extraction (1898-1899), le cuivre entre pour 16000 tonnes, le plomb pour 81 000 tonnes, l'argent pour 1780000 kilos et l'or pour 16600 kilos.

La baisse de l'argent, qui aurait pu se traduire par de graves inconvénients économiques, n'a fait que donner un grand développement aux autres branches de l'industrie minière et notamment à l'exploitation des mines d'or, de cuivre, d'antimoine, de charbon miné rai, etc.

De nombreux échantillons exposés donnaient une idée de la variété des produits extraits du sol mexicain. Parmi les minéraux non métalliques, notons les onyx, nouvellement découverts et qui seront sans doute l'objet d'une exploitation considérable. Afin de donner une idée des applications innombrables de cette nouvelle pierre délicatement colorée, dont les tons ne sont ni moins riches ni moins variés que ceux de l'agate, M. Sellerier exposait des objets de différentes catégories fabriqués avec les onyx mexicains : vases, colonnes, pièces décoratives, etc. On remarquait également un énorme bloc mesurant 3 mètres de long, la plus grosse pièce d'onyx extraite du sol mexicain.

L'exploitation des mines de charbon de terre, qu'on a longtemps refusé de prendre au sérieux dans ce pays, fournit maintenant une production qui semble appelée à se développer encore et à répondre, du moins pour une notable partie, aux besoins de l'industrie locale.

Notons enfin l'exposition chimique et pharmaceutique, celle des forêts, d'une richesse d'échantillons inouïe, celle encore des armées de terre et de mer; bref, sur tous les points, le Mexique rajeuni apparaissait comme capable de rivaliser prochainement avec les nations les plus industrielles et les plus commerçantes de la vieille Europe.

Les Mexicains ont reçu, comme récompenses :
30 grands prix;
112 médailles d'or;
244 médailles d'argent ;
341 médailles de bronze;
352 mentions honorables.
Parmi ces grands prix, la Société El Buen Tono et la Compagnie industrielle d'Orizaba, ont particulièrement brillé.
Les compagnies minières telles que El Boléo, Real ciel Monte et Pachuca ont également obtenu cette haute distinction.

En somme, les récompenses accordées au Mexique constituent, pour ce pays, un véritable triomphe.

Il correspond bien aux sacrifices que le Gouvernement s'est toujours imposés pour répandre?l'instruction publique, laquelle est gratuite et obligatoire sur toute 1 ' étendue de la République.

L'exposition nous prouvait que l'instruction a pénétré à flots dans les grandes villes et également dans les moindres villages. Les travaux, les méthodes et les programmes des écoles, les bibliothèques, les musées et quantité de publications spéciales propagent, dans le public, toutes les connaissances utiles.


Il existe, au Mexique, 12000 écoles peuplées, en moyenne, par 900000 élèves. D'après les dernières statistiques, Mexico et sa banlieue possèdent 341 écoles dont les classes primaires et secondaires sont suivies par 65000 enfants et les classes de l'enseignement supérieur par 6200 étudiants de toutes catégories.

Récemment, le Gouvernement a consacré une somme de 1 million de piastres pour la construction, dans la capitale, d'édifices modernes destinés à l'enseignement primaire. L'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur sont aussi très développés. En ce qui concerne l'école préparatoire, l'internat, défendu par les lois, n'existe pas dans l'établissement de l'Etat. Les cours de cette école durent cinq ans et conduisent aux écoles supérieures. Les études qu'on y fait correspondent au baccalauréat français. Il est à remarquer, en passant, que le système d'études et examens établi est analogue à celui proposé par l'honorable M. Ribot, président de la Commission d'enquête sur l'enseignement, dans son rapport à la Chambre française.

Les écoles de droit, des beaux-arts, des ingénieurs, de médecine, de pharmacie, de commerce et l'Ecole normale sont parfaitement organisées. Toutes exposaient des travaux intéressants.

L'exposition des journaux du Mexique nous montrait enfin que la presse de ce pays a des organes bien rédigés, des revues, des publications illustrées, etc., qui sont très lues.

©Paul Gers - 1900