Retour - Liste Pavillons

Transvaal (République Sud-Africaine)


Transvaal (République Sud-Africaine) à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Ch. Heubès

Elle fut pour Paris, pour la France, pour tous les visiteurs, presque comme un lieu de pèlerinage, cette exposition de la République Sud-Africaine, qui, très modeste, pourtant, était installée au Trocadéro, derrière les Indes Hollandaises. Chacun tenait à la visiter, non point surtout pour elle-même, quoiqu'elle fût intéressante, mais pour y porter un hommage aux vaillantes populations qui luttent pour la cause de la Justice et du Droit, pour l'indépendance de leur pays. Le buste du Président Kriïger, dont la visite, en novembre, a été si touchante, recevait presque chaque jour des fleurs nouvelles et c'est par centaine de mille que l'on a recueilli, avec des inscriptions d'une sympathie émouvante, les signatures sur un registre apposé à cet effet. Ainsi s'est affirmée la révolte delà conscience publique contre l'oppression. Au surplus, l'exposition elle-même, organisée par M. Pierson, consul général de la République Sud-Africaine à Paris, méritait qu'on l'examinât, qu'on l'étudiât en détail. Elle comprenait, construits par M. Heubès, architecte, trois édifices et une ferme boër.

Le pavillon principal, de genre français moderne, avec une pointe de style hollandais, comprenait un rez-de-chaussée et un étage formant galerie. Il contenait les expositions des services de l'Etat, une collection ethnographique montrant les progrès de la République Sud-Africaine, des minéraux du pays, des peaux, etc.

La ferme boër primitive, comprenant cinq pièces meublées et garnies d'objets de provenance sud-africaine, était située derrière. Elle donnait une idée de la simplicité des mœurs et de la vie des Hollandais et des huguenots français du XVIIe siècle.

Les deux pavillons du fond étaient consacrés à l'industrie minière; dans l'un de ces édifices se trouvait une usine de boccardage où était broyé le minerai d'or ; dans l'autre, on appliquait le traitement ultérieur de l'or amalgamé.

Dans les sous-sols du Trocadéro on voyait enfin une galerie de mine avec puits d'extraction, galerie de prospection, dépôt de dynamite perforatrice, etc. En y ajoutant cette très curieuse pyramide représentant le volume d'or fin produit de 1884 à 1889, soit 2 141 709 418 francs, on avait là sous les yeux le tableau complet de l'existence privée et de la vie industrielle et commerciale du Transvaal. On ne pouvait que la juger étonnamment intense, de même que les sujets de la République Sud-Africaine apparaissaient comme extrêmement policés et soucieux de tous les progrès.



On a pu lire fréquemment dans les journaux hostiles au Transvaal que le pays est très arriéré, sous la domination des Boërs, et que la conquête en améliorera la condition sociale. Or il résultait, à l'évidence, de l'examen de tous les documents exposés que le gouvernement transvaalien ne néglige rien pour le bien-être matériel et moral des populations placées sous son autorité. C'est ainsi que des graphiques montraient, avec des photographies, des travaux publics magnifiques, de toute nature, comparables aux plus hardis d'Europe. C'est ainsi encore que les rapports publiés sur l'enseignement public prouvaient qu'à cet égard encore le Transvaal n'a rien à attendre de l'envahisseur, et a fait tout son devoir d'éducation du peuple.

Avant la guerre, en effet, l'Etat donnait une subvention de six à huit livres sterling par an pour chaque enfant au-dessus de six ans qui, pendant un minimum de jours par mois, avait fréquenté une école approuvée par le Département de l'Instruction ; il allait, de plus, jusqu'à accorder :
Une subvention extraordinaire pour chaque élève de parents ou tuteurs reconnus indigents ; une subvention extraordinaire aux écoles à nombre d'élèves restreint, d'après un tarif descendant ; une subvention extraordinaire en faveur d"un élève-instituteur dans les écoles de vingt à trente élèves, de trois ou plusieurs classes; une subvention extraordinaire pour les cours professionnels, joints aux écoles subventionnées ; une subvention pour frais de pension des élèves indigents dont les parents ou tuteurs demeuraient à plus de trois lieues d'une école subventionnée ; le prix de la pension s'élevait jusqu'à deux livres sterling par mois, etc.

Il faut ajouter qu'en 1896, l'Etat transvaalien a créé partout à ses frais des écoles minières très fréquentées et bien tenues, qu'il s'est préoccupé de leur inspection d'une façon permanente, et qu'enfin il a fondé des écoles normales d'instituteurs et d'institutrices qui ne laissent rien à désirer. L'œuvre d'instruction populaire entreprise par le gouvernement de la République sud-africaine, est donc aussi étendue que possible. En l'examinant, on voit s'effondrer une des principales accusations, celle d'ignorance volontaire, portée contre un peuple qui a toutes les sympathies du monde entier et qui les mérite par la vigueur de sa résistance, autant que par l'élévation de ses sentiments patriotiques et religieux.

©Paul Gers - 1900