Retour - Liste Pavillons

Nicaragua


Nicaragua à l'exposition de Paris 1900

Le Nicaragua avait son exposition dans une grande vitrine au rez-de-chaussée du pavillon de l'Equateur.

Les exposants étaient représentés par M. Crisanto Médina, le sympathique ministre plénipotentiaire de Nicaragua et son commissaire général.

En premier lieu, des échantillons de caoutchouc y figuraient et, grâce à l'importance que ce produit a acquise dans l'industrie moderne, ils attiraient l'attention des spécialistes européens qui ont déjà reconnu ses grandes qualités de souplesse et de résistance.
Quelques spécimens de tabacs, qui sont fort appréciés et dont la culture croît de jour en jour, remplissaient une partie de la vitrine dans laquelle on admirait également des minéraux le seul aspect extérieur fait déjà voir leur richesse.

On voyait également des sucres et des meilleurs, venus un peu de tous les trapiches de Nicaragua et très particulièrement de ceux de San Antonio et du Polvon, plantations immenses et raffineries splendides montées avec les perfectionnements les plus modernes. Et enfin, mais surtout, le café, qui constitue la richesse principale du pays et qui est excellent.

C'était, en somme, un aperçu trop modeste mais intéressant d'un pays que son président J. Santos Zelaya a su faire aimer et respecter, ce qui n'est pas un de ses moindres titres de gloire.

Parmi les cinq nations qui furent autrefois la république de Morazan et qui, maintenant, quoique séparées po litiquement, sont encore,?par leurs sentiments fraternels et par la communauté de leurs intérêts, une véritable fédération, le Nicaragua est une des plus grandes grandes et des plus peuplées, et si le Guatémala et le Honduras lui sont équivalent en importance territoriale, et si le Salvador le dépasse en densité de population, il n'est cependant pas exagéré de dire que le Nicaragua est la république qui a fait les plus rapides progrès dans ces dernières années. Il suffit, en effet, de comparer l'état dans lequel se trouvait le pays naguère, avec son état actuel, pour se rendre compte de sa marche rapide et sûre vers le progrès. S'il est vrai que la grandeur des peuples se mesure à la longueur de ses voies ferrées, il faut croire que, dans l'Amérique centrale, le Nicaragua est à la tète de la civilisation, car ses chemins de fer, construits avec les ressources nationales et sans l'appui de capitaux étrangers, couvrent un plus vaste réseau que ceux des pays voisins. Mais cet axiome n'est pas rigoureusement exact, car le Nicaragua ne vaut ni plus ni moins que ses quatre sœurs.

Les réformes y vont évidemment plus vite aujourd'hui que chez ses voisines, mais c'est qu'au Nicaragua on ne fait que rattraper le temps perdu.

Comme la Suisse, et dans des proportions plus grandioses peut-être, le Nicaragua est couvert de montagnes et de lacs. Deux Cordillères le traversent du nord au sud, érigeant leurs sommets neigeux, leurs contreforts de basaltes et leurs pics volcaniques dont les plus modestes ne mesurent pas moins de 1000 mètres. Parmi ces cratères, tous éteints maintenant, il faut citer le Cosigûina qui, en 1835, fit éruption pendant deux jours, vomissant plus de 50 millions de myriamètres cubes de roches qui formèrent en plein Pacifique de véritables îles.

Il convient de citer aussi le Momotombo, dont Victor Hugo a parlé dans la Légende des Siècles comme d'un superbe hérésiarque de la nature.

Ces Cordillères renferment un grand nombre de grottes préhistoriques au fond desquelles les savants ont découvert les traces de toutes les antiques civilisations indigènes. Le minéralogiste Crawford, surtout, y a fait des trouvailles du plus grand intérêt en déterrant, par exemple, les squelettes énormes d'une tribu d'Indiens géants.

Quant aux lacs, il suffit de regarder la carte du pays pour se rendre compte de leur importance ; aussi ne citerons-nous, parmi les plus grands et les plus beaux, que ceux de Nicaragua et de Managa.

Au point de vue pratique, les lacs du Nicaragua sont d'une grande utilité ; tous sont déjà sillonnés de bateaux à vapeur faisant le service entre leurs différents ports et développant toujours de plus en plus le trafic commercial.

Le Nicaragua, comme tous les pays de l'Amérique centrale, exporte du café, du cacao, du caoutchouc, de l'indigo, des bois de teinture, exposés en partie comme on l'a vu plus haut. Ses marchés les plus considérables sont : l'Angleterre, la France, l'Allemagne, l'Italie, les États-Unis, l'Espagne, la Belgique, le Chili, le Pérou, etc.

Pour se rendre compte de l'importance européenne au Nicaragua, il suffit de consulter, dans les chancelleries de ses consulats, les statistiques établies au moyen des factures consulaires et dans lesquelles on peut voir qu'aucune république de l'Amérique centrale n'a atteint, pendant l'année 1899, le même chiffre d'affaires que le Nicaragua.

L'industrie, encore au berceau, comme cependant, et malgré les tâtonnements du début, à donner des preuves de ce qu'elle pourra un jour produire. Comme dans tous les pays de l'Amérique espagnole, l'ouvrier aime son travail en artiste et lui donne un fini charmant auquel nous ne sommes plus assez habitués.

©Paul Gers - 1900