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Palais de l'Optique


Palais de l'Optique à l'exposition de Paris 1900

Depuis deux siècles et demi, les astronomes ont multiplié et précisé leurs observations au point de pouvoir dresser une carte de la lune; mais ce document est encore fort imparfait, à cause de l'insuffisance des instruments dont on a disposé jusqu'à présent. La construction de la grande lunette installée par M. François Deloncle au Palais de l'Optique, va permettre des photographies du sol lunaire à un grossissement très considérable. S'il n'est pas vrai, comme on le dit vulgairement, qu'on voie au Palais de l'Optique la lune à un mètre, il est exact qu'on a l'illusion de la voir à quatre kilomètres, ce qui est déjà un prodigieux résultat.

Il y a quinze ans, toutes les grandes lunettes ne possédaient que des objectifs appropriés à l'observation directe des astres. MM. Paul et Prosper Henry, de l'Observatoire de Paris, ont été les premiers à construire une lentille de 0,60m d'ouverture, où l'achromatisme optique est franchement subordonné aux exigences de la photographie. Leur système a reçu de nombreux perfectionnements qui ont été utilisés dans la lunette de M. Deloncle.

Abritée dans une galerie et soutenue par des piliers métalliques, elle étend horizontalement son tube gigantesque de 60 mètres de longueur, et d'un mètre et demi de diamètre sorte de tunnel lumineux où un homme peut passer aisément. Les rayons de l'astre à observer sont réfléchis dans un sidérostat, ou miroir, de 2 mètres de diamètre, de 3o centimètres d'épaisseur, et pesant avec son armature environ 7.000 kilogrammes. Ce miroir, soustrait au mouvement de rotation de la terre, par un mécanisme d'horlogerie qui lui imprime une impulsion égale et contraire, recueille donc le rayonnement lumineux de la lune, et le renvoie à travers les deux lentilles monstres de l'objectif jusqu'à celle de l'oculaire. Là, l'image est reçue,environ 10.000 fois grossie sur un écran; or, la lune 10.000 fois agrandie, c'est la lune à 80 kilomètres environ. La photographie va aider à la rapprocher davantage.

Au lieu de recevoir l'image oculaire sur un écran, on peut, en effet, la recueillir sur une plaque sensible, en tirer une épreuve durable qu'on projette ensuite avec agrandissement; on obtient ainsi une reproduction du disque lunaire couvrant 12 mètres; une masse de 5o mètres sur le satellite apparaît comme une mouche. En un mot, on a l'illusion de voir l'astre à une distance de 4 kilomètres. On n'en a que l'illusion, car l'agrandissement photographique, on le comprend bien, ne constitue pas un réel rapprochement de l'image oculaire.

M. François Deloncle, qui veut intéresser la foule en même temps que servir la science, n'a pas cru devoir reculer devant cette petite supercherie; au nom de la vulgarisation, il se permet même de mettre sous les yeux du public des spectacles d'une fantaisie grandiose. Dans des dioramas, il reproduit des paysages lunaires; puis il peint un voyage imaginaire dans un astre; enfin, franchissant les siècles aussi aisément que l'espace, il raconte en vingt tableaux la genèse de la terre. Aces vues astronomiques est joint,dans d'autres salles, le spectacle de tous les miracles de la lumière; toutes les découvertes de la science optique, tous les prodiges des fêtes foraines sont réunis dans ce palais merveilleux. En trois quarts d'heure, le visiteur traverse vingt-six salles et assiste à soixante spectacles différents.