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Ministère des Colonies


Ministère des Colonies à l'exposition de Paris 1900

Le Ministère des colonies a cru qu'il était utile et suffisant, pour nous donner une idée de l'expansion coloniale de la France, de construire, une nouvelle annexe du Louvre, un petit pavillon de Flore, et d'on couvrir les murs de cartes et de photographies, Cette prétendue synthèse de I Exposition coloniale n'apprend pas grand-chose au public qui n'est retenu dans le pavillon que par les opulents fauteuils fournis par le garde-meuble. Mais les coloniaux ne se reposent pas souvent sur le velours; ceci ne se voit que dans des ministères. Ils couchent à la dure, quand ils sont dans la brousse, et, s'ils ont un siège pour s'asseoir, ce n'est le plus souvent qu'un simple pliant.

Il aurait mieux valu, au lieu d'un fragment de palais fastueux, construire une vaste demeure coloniale, d'un Style approprié aux climats tropicaux; c'est été mieux dans la note. Il aurait fallu nous montrer la tente de l'explorateur, comme on l'a fait au Pavillon du Congo, et évoquer, tant par les sujets exposés que par peintures dont on aurait orné les murs, la vie coloniale dans ses principaux traits, nous représenter l'installation du fonctionnaire et du soldat dans les résidences et les postes, l'organisation des exploitations agricoles, les maisons des colons, les cultures, les défrichements, que sais-je encore? en un mot, tout ce qui constitue l'activité coloniale qui doit apporter au pays un surcroît de prospérité. Il aurait fallu que ce Pavillon fut une démonstration et que le public pût sortir de la instruit, converti au besoin, et convaincu que les colonies sont un des éléments de la vitalité nationale. Nous craignons que ce but n'ait pas été atteint.
Voyons d'abord ce qu'est le monument? Après avoir gravi les marches raides d'un escalier, ou arrive à une grande galerie ornée de bustes, comme à Versailles, sur laquelle s'ouvrent plusieurs salons. Ces bustes, empressons-nous de le dire, sont ceux des hommes qui ont le plus fait pour augmenter le patrimoine colonial de la France, et ces grandes figures respectées devaient être là, mais leur mémoire eut été aussi bien honorée dans une maison coloniale que dans ce capitole.

Richelieu et Colbert nous rappellent les premiers efforts de la France pour s'épandre au dehors et les établissements perdus de l'Amérique du Nord; le buste de Dupleix évoque le souvenir de l'Inde, dont il ne nous reste que des miettes. Avec Bugeaud, c'est la conquête de l'Algérie qui est évoquée, puis la pénétration saharienne avec l'infortuné Flatters. Voici maintenant le cardinal Lavigerie qui a beaucoup fait pour répandre l'amour de la France. Le colonel Bonnier a été surpris avec sa colonne par les| Touareg de Tombouctou, Crampel est tombé sous le poignard de fanatiques musulmans entre le Congo et le Tchad. Ce sont les martyrs de la première heure, comme Francis Garnier et le commandant Rivière au Tonkin. Voici enfin Paul Bert qui, comme résident général au Tonkin, à contribue à ramener l'ordre et la paix dans la colonie encore troublée . Ajoutons qu'au dehors de de l'édifice est une statue de Jules Ferry, , martyr lui aussi de la cause coloniale, pourrait-on presque dire car nul n'a été plus que lui décrié de son vivant, et c'est à lui pourtant que nous devons la Tunisie et le Tonkin. Apres avoir jeté un coup d'œil sur le plafond, peint par Cormon, et représentant les populations des diverses colonies qui viennent se soumettre à la tutelle de la France, visitons les salons qui s'ouvrent sur la galerie.

Dans la première pièce, les sièges rembourrés invitent à s'asseoir et, comme on a eu chaud pour monter, on sommeille en se disant qu'il fait bon aux colonies. Présenter les colonies sous un aspect aussi confortable, c'est ce qu'on appelle dorer la pilule.

Quand on commence à sortir de sa somnolence, on s'aperçoit qu'il y a dans la salle de nombreuses cartes d'assez grande dimension ainsi que des cadres contenant des photographies. On lit Congo, Cochinchine, Indo-Chine, Dahomey, Côte d'Ivoire, et, comme ces cartes ont fort bon air, on s'arrache aux douceurs du fauteuil et on s'approcher. On est, ma foi, bien obligé de reconnaître qu'il ne faut pas trop crier sur le Ministère des colonies; toujours est-il qu'on y fait de fort bonnes cartes, très claires, précises, et qui sont au courant des itinéraires plus récents. Le service géographique des colonies quoique tardivement organisé, n'a pas perdu son temps; il a beaucoup produit, et, ce qui est mieux encore, il a fait de bonne et sérieuse besogne. Il faut dire aussi qu'il est en mains compétentes; son directeur, M. Camille Guy, a le mérite d’avoir mené déjà à bonne fin des travaux considérables. Nous ne pouvons citer toutes les cartes qui sont là, mais on remarquera surement la belle carte de la boucle du Niger du lieutenant Spick, qui a pour base la carte du capitaine Binger et les travaux de Marchand. Voici encore la carte de la Chine méridionale et du Tonkin par le Capitaine Friquegnon, la carte de la Côte d’Ivoire Par l’administrateur Pobéguin, celle dressée par le lieutenant Blondiaux après son exploration de 1897-1898 entre Le Soudan et la Cote d’Ivoire ; mais arrêtons-nous pour ne pas tout citer.

Les photographies exposées dans la même salle ont été prises par diverses missions envoyées par le Ministère des colonies, mission Pavie, dans l'Indo-Chine, missions Binger, Blondiaux, Plé, Hostains-d’Ollone, dans l'Afrique occidentale. Nous rappellerons que celte dernière mission dirigée par l'administrateur Hostains et le capitaine d’Ollone et venue de la Cote d'Ivoire, a rejoint les lieutenants Wolffel et Mangin, partis du nord, ayant ainsi opéré la jonction du haut Soudan et de la Côte d'Ivoire.

Dans des petites pièces qui suivent, nous trouvons, une bibliothèque coloniale, puis des vitrines, renfermant un mélange des produits coloniaux les plus divers, accumulés sans qu'on puisse dire le lien qui existe entre eux ni l'utilité de leur présence en cet endroit; enfin, sur des tables, les principales publications périodiques coloniales.

Certes, il eut été bon de faire figurer, dans l'exposition du Ministère, des produits coloniaux, mais nous aurions compris cette exposition autrement faite. En tenant compte qu'elle ne devait pas faire double emploi avec ce qui peut se trouver dans les pavillons de chaque colonie, on aurait pu prendre séparément chacun de grands produits coloniaux, par exemple : caoutchouc, café, coton, soie, etc., et par les échantillons, par des diagrammes très simples et très clairs, par des cartes, en montrer l’importance et la répartition dans l’ensemble de notre domaine d'outre-mer. Nous aurions proposé volontiers ce mode d'organisation, mais on aurait pu en trouver d’autres meilleurs peut-être. Ce que nous voulons dire surtout, c'est qu'il y avait quelque chose à faire pour instruire le public, et qu'on n'a rien fait du tout.

On nous répondra qu’on a eu le soin de dresser et de Peindre sur les murs de vastes tableaux qui fournissent tous les renseignements désirables. C’est mal connaitre le public.

Rien de fastidieux à lire comme ces lignes serrées et ces encombrements de chiffres : rien d'ennuyeux comme la statistique quand elle n'est pas présentée sous une forme qui satisfasse les yeux. Des inscriptions, assurément, on pouvait en mettre, l'idée était bonne, mais il ne fallait rien de massif, de compact; il fallait diviser les choses pour les faire lire, il y en avait trop sur les mêmes surfaces. On regarde davantage les curieux objets rapportés par M. Bel du Haut-Laos et qui garnissent aussi les salles.

Poursuivons notre visite; nous arrivons à un Salon où le Ministère met en vente les timbres coloniaux. L'Etat fait comme Maury : il vend des timbres pour collections. Il a même créé pour la Cote des Somalis. pour le Congo, de jolies petites vignettes qui font le bonheur des philatélistes; grâce à cette imagerie, ce petit commerce ne peut que devenir prospère.

En face de la salle des timbres, nous trouvons l’exposition de l'Ecole coloniale, les cahiers des élèves et les ouvrages du savant directeur, M. Aymonier, sur les antiquités et l'épigraphe du Cambodge. Là aussi, on réuni les principales publications des officiers du service de santé des Colonies.

On descend par un escalier à une petite rotonde et à une galerie où l'on a groupé des spécimens plantes coloniales. C'est très petit, mais c'est un endroit assez agréable. Les palmiers, les cycas, les pandanus, les phormiums, les hautes fougères, les cannes à sucre, les roseaux, rappellent les ombrages des pays exotiques et les forets vierges et l'on s’assied volontiers quelques instants auprès de ces belles plantes qui font l'enchantement et la merveille de la nature tropicale. Au milieu de la rotonde, on a placé une reproduction de la belle statue de Frémiet, « Dénicheur d'ours ». Mais pourquoi ce sujet, et quel rapport peut-il bien avoir avec la colonisation française ? Mystère!

La serre minuscule, organisée par le jardin colonial, est intéressante. On y voit des spécimens jeunes des principales plantes coloniales, cacao, caféier, coca, poivre, campêche, bananier, vanillier. La grosse noix de coco avec la plantule qui pousse est tout à fait curieuse.

Avant d'atteindre l'escalier qui descend en face du Pavillon de la Guyane; on trouve, à droite, une exposition d'hygiène coloniale, organisée par le service de santé des colonies, et ;à gauche, celle de l'Institut du Musée colonial de Marseille, dont le directeur est le docteur Heckel; cette dernière contient des produits divers, des collections ethnographiques et des photographies.

A l'extérieur du Pavillon du Ministère des colonies, est placé un beau groupe en bronze de Barrias, destiné à être envoyé à Tananarive C’est un monument élevé à la mémoire des officier, soldats et marins morts durant la campagne de Madagascar. La France, cuirassée, tend une couronne vers ses chers morts; et, des plis de son drapeau livre la femme malgache, désormais sous sa tutelle. Sur le socle est assis un soldat e tenue de campagne.

©L'Exposition de Paris - 1900