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Mécanique


Mécanique à l'exposition de Paris 1900

En 1820, pendant que dix mille machines à vapeur développaient en Angleterre une force de 200.000 chevaux, on en comptait à peine une centaine en France, où était né Denis Papin. Cette comparaison peut donner une idée de l'avance prise par l'industrie anglaise.

Le mouvement ne se produit même chez nous qu'à partir de 1850. Il s'est accéléré au point que nos moteurs à vapeur sont actuellement au nombre de cent mille, développant 7 millions de chevaux.

Malgré les découvertes expérimentales des savants, en tête desquels se placent les noms de Sadi Carnot et de Victor Regnault, les améliorations successives dues aux ingénieurs et les progrès quotidiens de la construction, on mesurera la marge qui sépare encore la pratique de la théorie, par cette constatation que le rendement en force des machines à vapeur n'atteint que le dixième de l'énergie totale produite par la combustion de la houille.

Les moteurs à pétrole, d'application récente, présentent déjà des avantages qui ne feront sans doute que s'accroître.

Ceux à gaz, précieux dans la petite industrie, sont en passe d'apporter de profondes modifications économiques dans la grande industrie, par l'utilisation des gaz des hauts fourneaux, jusqu'à présent inutilisés.

Les turbines à eau, en utilisant les forces naturelles, sont aussi appelées à jouer un rôle de plus en plus important.

Ces moteurs divers, répartis dans le Palais de l'Électricité et dans celui de la Mécanique, les uns énormes et plutôt lents, les autres petits et d'autant plus rapides, développaient leurs mouvements puissants et silencieux. De cette absence de bruit indiquant la perfection de la fabrication, de cette immobilité stable de la masse encadrant l'agitation des organes, se dégageait une tranquille sensation de force. Ce n'étaient plus des monstres aveugles et redoutables, mais des instruments bien sages sous la main de l'homme sachant les conduire.

Quelle que fût l'origine de fabrication, française ou étrangère, un intelligent souci du décor faisait briller les cuivres et reluire les aciers polis; la rugosité des surfaces brutes de la fonte était adoucie.

Ces soins ne constituent pas un vain appareil de luxe ; l'homme s'attache à son outil s'il lui fait honneur par sa bonne tenue. A défaut d'art qui serait ici déplacé, la propreté de l'atelier est essentiellement moralisatrice.

Les machines-outils ont une double mission : elles multiplient le résultat et diminuent la fatigue. Dans les galeries de l'Exposition et dans l'annexe américaine de Vincennes, on les voyait se prêter aux besognes les plus variées, surprenantes surtout dans la fabrication des petits objets, comme les aiguilles.

La mécanique est arrivée à des flexions de mouvements d'une souplesse égale à l'action humaine, mais plus régulière et plus constante. Sans parler des machines aux complications infinies, certain outil, remplissant une modeste mission de frottement, donnait jusqu'à l'obsession l'impression d'une main vivante.

Les ouvriers regardaient ces instruments avec une attention reconnaissante. Le temps n'est plus où l'introduction du travail mécanique soulevait des rébellions. Il est considéré aujourd'hui par les premiers intéressés comme une diminution de fatigue et une raison d'augmentation de salaire, double expression du progrès social.

©L'Exposition du Siècle - 1900