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Mobilier et des Industries Diverses (Sections étrangères)


Mobilier et des Industries Diverses (Sections étrangères) à l'exposition de Paris 1900

Les Palais des Invalides (côté Fabert), réservés à l'exposition des nations étrangères, offrent au?visiteur une revue des plus intéressantes et des?plus complètes de l'art industriel au delà de?nos frontières. Cette dernière dénomination?aurait dû leur être logiquement attribuée, car?celle des "Industries diverses" est singulièrement
vague; tandis que tous les objets renfermés?en ces galeries, quelque disparates qu'ils puissent paraître dans leur rapprochement, relèvent, plus ou moins, de l'art industriel. En effet, nous rencontrons le mobilier, le bronze d'ameublement, le mobilier d'église, l'appareillage pour le luminaire, la grosse orfèvrerie, la bijouterie, l'horlogerie, la faïence, le grès, la porcelaine, l'émail, le verre et le cristal, la mosaïque, puis la coutellerie, la tabletterie, la bimbeloterie, les pipes, et enfin les jouets d'enfants, toutes industries, dans lesquelles l'oeuvre technique est subordonnée à l'invention créatrice de l'artisan.

Il est inutile de reprendre la description des Palais des Invalides, on sait que le parti de l'exposition en étage a été également adopté sur ce point, et que l'on rencontre les halls?entourés de galeries que l'on voit sur tous les points de l'exposition. Les nations exposantes ont tenu à honneur de se surpasser mutuellement dans l'arrangement, l'aménagement du terrain qui était livré à leurs nationaux : certaines de ces dispositions ont pris des allures monumentales; elles sont généralement d'une richesse et d'une splendeur singulières, qui mettent en un cadre luxueux les objets exposés.

?Si l'on entre par la rue de Grenelle, dans le premier Palais, c'est la Belgique qui s'offre aux regards; les exposants belges occupent la moitié du hall; l'autre moitié est à la Russie, qui détient également l'ensemble des galeries hautes. La décoration générale de la section belge est  d'un gout irréprochable dans sa sobriété; cette simplicité est encore soulignée par l'éclat pompeux du décor byzantin de la décoration de la section russe, qui accroche l'œil par des silhouettes accidentées, et l'éclat d'une polychromie où l'or n'est pas oublié.
La Belgique ne nous offre pas des formes ou des inspirations bien nouvelles dans ce qu'elle nous montre; elle expose des meubles, tantôt de style Louis XIV, tantôt de style Louis XV. La manufacture de la céramique de Boch frères, dont l'exposition est considérable, aligne des imitations de l'ancien Delft, en nombre trop copieux; néanmoins, on aperçoit, par-ci par-là, quelques tentatives vers des formes originales, mais bien perdues dans la masse des reconstitutions.
A citer aussi la ferronnerie de van Boekel, à Lierre; il est impossible d'assouplir avec plus de moelleux une matière aussi peu maniable que le fer; mais pour mieux nous montrer l'habileté de sa technique, le forgeron s'est lancé dans le contournement, à l'infini; et l'on peut citer en exemple un cadre d'un Louis XV échevelé, qui est une merveille d'exécution, mais dont la composition laisse à désirer.
M. F. Hoosemans, joaillier à Bruxelles, expose des coupes et des torchères, en vieil argent, d'une jolie patine, avec des corps de femmes nues, minces, languides, d'un galbe heureux et frissonnant. Laissons le  Belgique, et passons dans la section Russe. Voici tout d'abord, après avoir franchi l'arc d'entrée, sur notre droite, la fameuse carte offerte à la France par l'empereur Nicolas II. C'est une mosaïque de pierres précieuses, exécutée à la fabrique impériale d'Ekatherinbourg. Elle mesure plus d'un mètre de côté; elles est enchâssée dans un motif architectural, formant cadre, qui est en jaspe couleur ardoise. Le jaspe est une variété de quartz, qui présente des aspects bien différents, selon les provenances et les accident géologiques qui ont mêlé des colorants métalliques au quartz lui-même; ces variétés ont un caractère commun, c'est leur dureté qui les rend d'un travail difficile. Les départements, sur cette carte de France, sont figurés par des jaspes de toutes couleurs : la mer est en marbre gris clair.
Les villes portées sur la carte sont au nombre de 106; leur emplacement est désigné par une pierre précieuse montée en or. Paris est représenté par un rubis; le Havre par une émeraude, Rouen par un saphir, Lille par une phénocite, Reimls par une chrysolithe, Lyon par une tourmaline, Nantes par un béryl, Brodeaux par une aigue-marine, Marseille par une émeraude, Nice par une hyancinthe, Cherbourg par une alexandrite ( verte le jour et bleu rougeâtre le soir), Toulon par un chrysobéril; 21 villes sont indiquées par des améthystes,  55 par des tourmalines et 38 par des cristaux de roche. Les noms des villes sont tracés en platine, en un large sillon incrusté dans l'épaisseur du jaspe.
 
La carte et son entourage sont placés dans une décoration de velours drapé; la foule, maintenue à distance, commente et admire. Le chiffre fantastique de millions, auquel on estime de coût de cette précieuse curiosité circule de bouche en bouche. La foule exagère, naturellement, masi il n'en demeure pas moins certain que cette carte représente un joli total de roubles ou de francs; c'est que l'effet produit est certainement inférieur à la peine et à l'argent dépensés.
 
La Russie est le pays des pierres rares, parmi lesquelles, le malachite et le lapis-lazuli comptent parmi les plus recherchées, en raison de l'éclat de leur coloration.
 
Le malachite a , pour lui, le vert brillant de se pâte zonée, rubanée par des lignes sinueuses plus foncées, et même noires; le lapis est d'un bleu profond où sautillent de minuscules paillettes d'or. L'exposition de M. Woerfel nous montre, avec des garnitures bronze, des vases, des plateaux, des guéridons formés de ces matières précieuses. L'orfévrerie religieuse est très florissante en Russie; le culte grec déploie des pompes religieuses d'une richesse tout orientale. Une particularité du rite offre un prétexte aux déploiements de cet art. Le choeur des églises est séparé de la nef,  où se montre, à de certains moments, le prètre célébrant. Ces cloisons, qu'on nomme des iconostases, sont décorées, comme leur nom l'indique, d'icones et de portraits de saints. Ceux-ci, encadrés dans un déploiement de moulures et d'ornements où brillent, parmi les ars, les couleurs les plus vives, sont traités suivant des traditions byzantines, et rappellent les peintures des couvents et des églises du mont Athos; assez souvent, la tête et les mains du personne figuré sont ménagés en réserves, sur une plaque decuivre simplement gravée, tandis que le métal à nu conserve sa couleur; par contre, les vêtement et les accessoires sont modelés en relief et présentent l'aspect de la réalité.
 
Cet art volontairement archaïque, et d'une magnificence barbare, compte de nombreux spécimens dans l'exposition des Invalides, notamment un iconostase, du professeur Wasnelzoff, exécuté par P. Olchinnikoff, orfèvre de la cour de la Russie. Cet industriel, en outre,  a organisé, pour son compte une importante exhibition des oeuvres d'art, qu'il exécute dans d'autres genres plus profanes.
 
M. Koustnetzoff, de Moscou, est l'auteur d'une chapelle, plus loin reproduite par l'une de nos gravures, qui est construite, en matériaux de céramique, avec figures sur fond d'or, et dont la coloration brutale, assez criarde même, ne manque pas de caractère. Cet assemblage de tons entiers doit s'atténuer, dans la pénombre d'une église, tandis qu'il éclate, hurlant et tapageur, sous le jour cru du hall d'exposition.
 
Au rez-de-chaussée, on rencontre aussi les poteries et les grès flammés de M. Mamontoff (Moscou). L'art nouveau, ou tout au moins les tendances que l'on catalogue sous cette appellation plutôt vague, sont représentés, en cette exposition, par une toilette, en faïence émaillée, munie de son pot à eau, de sa cuvette, et d'autres accessoires, dont la masse, la lourdeur matérielle exagérée font des ustensiles peu maniables; l'ensemble, dans son étrangeté, ne manque pas de caractère.
 
Aux galeries de l'étage, une importante exposition de l'Ecole centrale de dessin du baron Stieglitz, qui ressort du ministre des finances, nous enseigne sur les méthodes d'enseignement, et sur l'influence que cet enseignement exerce sur le travail industriel des tissus, meubles, céramique, orfévrerie, bijouterie, exécutés par différentes fabriques russes, d'après les dessins des élèves. Les tendances sont plutôt académiques et accusent un ecclectisme assez large.
 
La maison Luther, à Reval, triomphe dans le bois cintré et courbé. L'Artel (association) des artisans tapissiers et ébénistes de Saint-Pétersbourg est représenté par divers travaux d'un intérêt médiocre qui ne mériteraient pas d'autre mention, s'il n'était pas question d'une socièté ouvrière de production, fait assez rare en Russie.
 
Si nous redescendons, au rez-de-chaussée, nous aurons à visiter les mosaïques de Froloff, la coutellerie et les armes des manufactures de Toula; nous donnerons un coup d'oeil à une vitrine où se pressent des jouets d'enfants, des poupées habillées de costumes russes, qui ont une valeur ethnographique, car elles rendent, avec naïveté et sincérité, un côté de l'existence locale, et différent, en ce sens de nos jouets qui, exagérant le côté joli, gracieux, au détriment de la réalité.
 
Nous retrouvons, également, au rez-de-chaussée, l'exposition de M. Robert Meltzer, l'architecte qui a construit le Palais de l'Asie Russe, au Trocadéro, et qui a fourni les dessins de la grille monumentale destinée au Palais d'Hiver à Saint-Pétersbourg, dont un fragment important est exposé aux Champs-Elysées, sur le Cours-la-Reine. Les dessins de M. R. Meltzer, et les documents qui les accompagnent nous permettent d'apprécier dans son étendue, la haute valeur artistique de ce travail considérable.

Lorsque l'on quitte l'exposition de la Russie et que l'on se dirige vers la Seine, on rencontre d'abord l'installation de l'empire d'Allemagne qui s'est mis en frais, et a réalisé une décoration luxueuse d'un grand effet d'ensemble.
La partie qu'occupent les exposants d'Outre-Rhin, comporte la galerie de raccord, entre le Palais en bordure de la rue de Grenelle et le Palais médian; de plus, une partie du rez-de-chaussée du hall adjacent et les galeries de l'étage. Le commissariat de l'Allemagne a dressé, sur la face sud du hall, une construction monumentale avec une haute composition allégorique en mosaïque. Au devant, ce sont des fontaines avec des massifs de plantes vertes, des statues équestres de guerriers, qui précède un passage voûté en anse de panier et d'une obscurité voulue, car elle fait valoir un fond baigné d'une abondante lumière, sur lequel s'étale une grande peinture murale représentant une allégorie mythologique du feu, exécutée dans une note blonde et chaude, en carreaux de porcelaines, et surmontant une fontaine en haut relief, avec figures, vasques,etc., en céramique modelée et peinte. La violente opposition entre le passage sombre et les nudités baignées de lumière, dans l'eau ruisselante, est d'un effet impressionnant, quoique un peu théâtral.

La galerie, qui orne cette grande fontaine d'applique, est réservée à l'exposition de la céramique; nous y reviendrons. À droite et à gauche, elle aboutit à de larges escaliers, qui font partie du système décoratif et qui sont ornés avec somptuosité. Les galeries de l'étage sont divisées en petits salons qui forment autant d'exhibitions particulières: celles-ci sont distribuées sans grand souci du classement, et ce désordre apparent n'est pas regrettable, car il empêche la monotonie qui résulte de l'accumulation des objets de même nature, dans un seul endroit.

Parcourons les galeries hautes; le long de celle qui est la plus rapprochée de la rue Fabert, nous voyons d'abord une décoration d'intérieur ; la salle des mariages, de l'Hôtel de Ville de Carlsruhe ; mobilier officiel, avec portes et lambris, d'une Renaissance composite, mélangée d'art nouveau ; puis viennent deux salons, qui, près du public enfantin, remportent le plus grand succès: les expositions collectives de jouets de Nuremberg et de Sonneberg (Saxe-Meiningen). C'est l'entassement le plus amusant et le plus pittoresque de jouets de tout genre, figurant des scènes humoristiques, dans un décor qui rappelle une apothéose de féerie. Continuons à citer, non dans l'ordre logique, mais dans celui de la promenade : un salon de musique, noir et or; des jouets à combinaisons architecturales en bois; les étains de Grefeld aux formes fuyantes, dans la même note que ceux qu'on modèle à Paris. Puis une fontaine en argent, élevée à la gloire de la musique allemande, et cherchant acquéreur pour le modeste prix de 180000 francs. Dans
les bronzes qui entourent cette fontaine, à signaler un buste de guerrier, la bouche rentrée, l'air mauvais, les yeux légèrement blancs dans l'ombre du casque, accentuent encore cette physionomie inquiétante; c'est une œuvre remarquable. Les autres bronzes sont comme la fontaine, peu intéressants. Puis, viennent des orfèvres, en vitrines isolées, ou par expositions collectives; beaucoup de reconstitutions du passé, tels que vidercomes, pièces pour prix de concours, d'une exécution admirable, mais du vieux neuf, en somme. Cependant quelques tentatives plus originales sont à voir dans les vitrines de MM. Hugo Schaper et Rothmuller; à signaler aussi M, Werner. qui est plutôt joaillier.

Passons au mobilier; là nous relèverons des nouveautés attrayantes, quoique l'art nouveau, en Allemagne, comme ailleurs,vise surtout à l'étrangeté au bizarre, et fasse bon marché de la saine logique. On a comparé l'ornementation de ce style, qui aspire a naître et à vivre, aux arabesques compliquées que décrit dans l'air la mèche d'un fouet manié par un cocher à la main agile; l'ornementation en coup de fouet sévit gaiement en Allemagne: d'abord la Kunstler-Kolonie de Darmstadt, avec ses meubles, ses poteries, et son décor gris fumée que relèvent des appliques rougeâtres : aspect un peu triste. Une salle de bain, en céramique, et marbre jaune, de MM. Voltz et Winner de Strasbourg, se compose bien, dans une note dénuée de banalité; les meubles et marqueteries de M. Ch. Splindler sont également d'une grande originalité. Une cheminée, des céramiques, avec lambris décoratif de M. Laenger, se recommandent par une sobriété pleine de caractère. MM. Buylen et Sohne. de Dusseldorf, exposent un intérieur que nous avons fait dessiner, et dans lequel on voit une cheminée dont la hotte, en fer et en cuivre rouge, produit un effet d'étonnement. Les lambris sont des plus curieux et d'un effet agréable : le bâti est en chêne clair, et les panneaux en cèdre, mais, par un procédé chimique, les fibres ont été gravées; les parties dures demeurent en saillie, sur une légère dépression produits par la disparition des parties tendres; les saillies sont laquées en rouge, avec incrustations également en rouge; l'effet est ravissant. Arrêtons cette énumération, en oubliant, à regret, bien des choses dignes d'intérêt. Cependant, nous dirons un mot d'un mobilier très complet de chambre à coucher, de style Louis XV, à cause de sa merveilleuse exécution ; les cuivres sont admirablement ciselés, et l'incrustation de palissandre sur bois de rose est d'une habileté extraordinaire. La manufacture royale de porcelaine de Berlin, et celle de Meissen, qui étalent d'interminables collections de leurs produits, ne nous apprennent rien de nouveau; c'est la succession de l'art qui fit la gloire de la porcelaine de Saxe et, chez nous, de la manufacture de Sèvres; cet art est démodé, peut-être injustement.

Dans le hall de l'Allemagne, s'ouvrent les sections des Etats-Unis. L'installation des Américains, très correcte et très riche, est d'un art calme, à réminiscences classiques. La maison Tiffany y étale, dans de multiples salons, son orfèvrerie trop vantée, d'une exécution sèche et dure. Des céramistes sous les firmes Rookwood pottery et Grueby pottery, nous montrent des produits qui ne dépassent pas la bonne moyenne. Quelques fabricants de meubles donnent dans un modern style excessif, où l'influence japonaise se fait pleinement sentir.

L'Angleterre ne s'est pas mise en frais excessifs: ni dans son installation, ni dans ses envois. On ne saurait citer que des tapis imités de l'Inde et de la Perse; certains, tissés en soie, sont de merveilleuses copies, dignes des originaux.

La céramique de Doulton est suffisamment connue, et ses produits, ou artistiques, ou simplement industriels sont renommés à juste titre. Pour ne parler que de la céramique d'art, les produits de cette manufacture, dès leur apparition, apportèrent une note inédite et des procédés nouveaux de fabrication. Une orientation nouvelle s est produite dans le goût, mais la fabrique de Doulton n'a pas varié, et ce sont toujours ses grès émaillés et ses pastillages quelle nous offre. Le modern style est-il né en Angleterre; on le penserait à en juger par le nom; toujours est-il que nous avons été envahis par les étoffes et l'ameublement inventée au delà de la Manche, avant que nos industriels ne se soient mis à jouer de cette guitare. Le modern style anglais est représenté aux Invalides, par MM. Howard and Sons, qui nous présentent des meubles à formes grêles, mais assez raisonnables de structure: et par MM. Waring et Gillow dont l'exposition est importante.

Les diverses provinces qui constituent la monarchie hongroise nous offrent une curieuse exposition où se mêlent, à des reconstitutions archéologiques et ethnographiques, des exemples divers de recherches dans une nouvelle voie architecturale et ornementale. A cet art qui surgit avec des prétentions à la nouveauté, on peut objecter ce qu'on est en droit de reprocher aux tentatives innovées en d'autres pays : un souci Continuel presque maladif de l'originalité à tout prix; le dédain des règles logiques qui découlent des lois de la stabilité et de la résistance des matériaux employés, un abus fatigant des lignes flexueuses, des ondulations, en nœuds de lanières. Chez les artistes industriels autrichiens, ces exagérations sont particulièrement manifestes, et l'usage des tons rompus, des gris teintés qui accompagnent les formes ne va pas sans éveiller comme un sentiment de tristesse, Ces défauts, si l'on peut s'exprimer ainsi, sont affirmés plus particulièrement dans le salon autrichien du premier étage, qui a un faux air d'hypogée.

D'autre part, on doit rendre justice au souci d'art qui a présidé à l'arrangement général de cette exposition, au décor commun qui accompagne les envois des exposants. Ni le temps, ni a peine, ni les efforts n'ont été épargnés, et, quelques réserves faites, on doit admirer la puissance d'imagination qu'ont déployée les architectes des sections austro-hongroises. Ces essais, ces recherches valent toujours mieux que les faciles reconstitutions d'exemples admirés; on y sent une œuvre d'artiste, tandis que les reconstitutions relèvent uniquement de l'archéologie.

Au premier étage, une série de pièces nous montre divers arrangements : un intérieur tchèque, pittoresque, mais théâtral, tendances néo-style dans des lignes Renaissance; un intérieur de Galicie (Pologne autrichienne) en chêne gravé et doré se rapproche du byzantin russe; un intérieur viennois, en acajou foncé, avec des tentures grises, très modern style, manque de gaieté.

L'intérieur de Salzbourg est franchement Renaissance, avec tenture de cuirs frappés; dans la section hongroise, une collection d'art industriel actuel de la Styrie est à remarquer. La Hongrie, de son côté, nous offre des exemples de style nouveau. M, H. Kramer nous présente un mobilier très simple, un peu lourd, mais plein de caractère; celui de M. J. Bernsteim. en acajou très contourné, se détache sur une jolie tapisserie camaïeu gris bleu, avec des réveils d'or; un peu triste. La fameuse chambre de saint Etienne, dont on avait fait grand bruit, produirait un excellent effet dans un gros drame, plus ou moins historique. Dans les arts du feu, il faut signaler les émaux de Rapaport, de jolies faïences de Lengyel Lormez, à reflets métalliques et couvertes d'infinis détails. N'oublions pas les verreries de Bohême si connues et qui se répètent depuis des temps immémoriaux.

Passons aux contrées septentrionales, dont l'art industriel, d'une inspiration plus nette, se montre avec une unité d'expression qu'on ne rencontre pas ailleurs. La société anonyme des métiers d'art suédois expose des tentures et des broderies, très simples et très décoratives. La Norvège dispose d'un ensemble plus complet, avec « la fabrique norvégienne de tapisseries faites à la main » dont la directrice artistique est Mme Frida Hansen. Les sujets, d'une naïveté voulue, sont traités en tons posés à plat, sans modelés; les colorations sont fines et harmonieuses; un peu trop de légendes d'un moyen âge de fantaisie. La fabrication est faite au moyen de laines filées à la main, et teintes par l'emploi de couleurs végétales. Les "Ecoles et ateliers pour tapisseries, subventionnés par l'État", se distinguent par un parti pris de simplicité, et par l'emploi de couleurs crues, sans demi-teintes de transition; c'est le procédé des artisans primitifs. Pour les meubles, nous avons les productions de M. Borgersen, sculpteur: massives mais d'une belle allure, dont l'ornementation est empruntée aux entrelacs, ce système décoratif qui fut en faveur du Ve au VIIIe siècle, que les Northmans adoptèrent, et dont usèrent les enlumineurs de manuscrits, en France, pendant l'époque carolingienne. Ce système des entrelacs réparait dans l'orfèvrerie, ode M. Tostrup, de Christiana, qui expose également des émaux ajourés d'une incroyable délicatesse.

Dans la céramique, la fabrique suédoise de M. Gustafsberg étale une splendide exposition de faïence grand feu, en camaïeu vert ou bleu. Le procédé de peinture, dit Sgraffitto consiste à coucher la pièce d'un ton uni, qui forme fond, puis à gratter le dessin de façon à dénuder l'argile subjacente, sur laquelle on pose le ton du décor, en empâtement; il en résulte une légère saillie qui mouvemente l'ensemble. Certaines pièces en faïence sont couvertes d'un lustre uniforme, à reflets métalliques, d'un effet gracieux.

La fabrique de Rörstrand, fondée en l726, à Stockholm, expose tout à coté de la précédente. Sa production la plus intéressante est la porcelaine dure, de grand feu. Comme forme, décoration, coloris, rien de plus fin, de plus distingué, de plus délicat que ces splendides produits, d'une technique admirable et d'une composition artistique de la plus grande valeur. Les motifs de décoration, empruntés à la flore et à la faune de nos pays, épousent mollement, dans un relief délicat, le galbe harmonieux des objets qu'ils décorent.

Nous devons nous borner a passer sous silence d'autres intéressantes manifestations. La manufacture royale de porcelaine de Copenhague se distingue toujours par l'admirable exécution de ses porcelaines de grand feu, toujours empreintes d'une poésie mélancolique. La manufacture royale a atteint depuis longtemps la perfection; elle ne pourrait que renouveler le genre dans lequel elle triomphe et qui a exercé une si grande influence sur la céramique moderne. A côté d'elle se dresse, à Copenhague, non une fabrication concurrente, mais une émule, la société de porcelaine dure, Bing et Groendahl, qui a réalisé le difficile problème de réussir dans une production originale, quant à l'exécution et à l'inspiration, à côté d'une rivalité aussi redoutable.

Arrêtons-nous ici, et citons en courant, pour L'Espagne, le travail du fer incrusté d'or; pour l'Italie, une production industrielle, d'un art séduisant, mais trop abondant et trop facile, et, cependant, il serait injuste de ne pas citer les bijoux de Naples, les mosaïques de Rome, les filigranes de Gênes et les meubles de Venise : quant aux autres classes du mobilier et de l'art industriel italien, elles ont trouvé place dans le palais officiel de l'Italie. Nous ne parlerons pas au Japon; il a été question de ses productions dans une monographie spéciale. Pour finir, mentionnons d'un mot la production horlogère de la Suisse, installée dans un admirable décor.

©L'Exposition de Paris - 1900