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Palais de la Ville de Paris


Palais de la Ville de Paris à l'exposition de Paris 1900

Sur le Cours-la-Reine, entre le pont des Invalides et le pont de l'Aima, s'élèvele Palais de la Ville de Paris, élégant pavillon aux murs bruns rehaussés de vert clair et ajourés e larges vitrages. Sur la façade, des médaillons rouge et bleu montrent les transformations héraldiques de la vieille nef lutécienne depuis Pan 1200. Une frise peinte reproduit les attributs des douze anciennes corporations de la Cité qui avaient le droit de faire figurer un vaisseau dans leurs armes; c'étaient celles des chargeurs de bois, des bonnetiers, des porteurs de charbon, des juges de commerce, des consuls, des drapiers, des épiciers-apothicaires, des huissiers, des joailliers, des merciers, des vendeurs de poissons de mer et des marchands de vin.
Le Pavillon de la Ville de Paris est une œuvre qui fait honneur à son architecte, M. Gravigny. Très simple d'aspect général, il possède pourtant des qualités d'harmonie et une jolie allure qui charment l'œil du visiteur. Ses toits pointus, surmontés de flèches métalliques portant un monogramme doré, rappellent un peu la silhouette de l'Hôtel de Ville.

Dans cet édifice où la Ville de Paris est entièrement «chez elle», sont exposés des documents relatifs aux différents services de son administration municipale. Cette collection est la plus complète qui ait été réunie jusqu'à présent sur ce sujet.

La municipalité parisienne a tenu à participer à presque toutes les grandes Expositions qui ont eu lieu depuis cinquante ans; au lendemain de la guerre, en 1873, elle vota un crédit de 176.000 fr. pour figurer à Vienne, où M. Bouvard organisa sa section. En 1874, Paris prit part à l'Exposition de Londres; en 1876, à celle de Philadelphie. A l'Exposition universelle de 1878, la Ville eut dans la rue des Nations, un remarquable pavillon. Sa participation à l'Exposition d'Amsterdam, en i883, coûta 90.000 fr. Nous la voyons ensuite figurer à l'Exposition d'hygiène de Londres (1884) et à celle de la Nouvelle-Orléans (1884-85). En 1889, la municipalité dépensa 700.000 fr. pour la construction et l'aménagement de deux vastes pavillons parallèles élevés dans les jardins du Champ de Mars, à gauche et à droite du dôme central. Depuis elle a pris part en 1890 à l'Exposition de Moscou (60.000 fr.), en 1893 à celle de Chicago (200.000 fr.), et en 1894 à la fois à celles d'Anvers (41.000 fr.) et de Lyon (34.000 fr.).

Pour sa participation à l'Exposition de 1900 la Ville de Paris a voté un crédit de 3 millions réparti comme il suit :
Construction du pavillon : 600.000 fr.
Sommes allouées aux différents services pour la préparation : 545.000 fr.
Installation et frais généraux: 180.000 fr.
Imprévus: 75.000 fr.
Frais pour les réceptions de souverains, fêtes, etc : 600.000 fr.
Somme remise à l'Exposition pour fêtes et concours.: 1.000.000 fr.
total : 3.000.000 fr.


L'importance de ces sommes montre la grandeur de l'effort réalisé par notre capitale pour paraître avec éclat aux yeux de ses hôtes de passage et permettre aux savants l'étude approfondie de son organisation et de son histoire. Ce qui frappe le visiteur dès son entrée dans le Pavillon de la Ville de Paris, c'est le jardin qui en occupe l'intérieur ; au milieu se dresse une fontaine monumentale dont les déversoirs donnent les quatre eaux de Paris: celles de l'Avre, de l'Ourcq, de la Seine et de la Vanne. Tout autour, émergeant de massifs de verdure, sont disposées les statues a les groupes sculpturaux dont nos édiles ont fait récemment l'acquisition. Les parterres réunissent les diverses plantes qui ornent les jardins municipaux; et dans les allées on peut étudier les dernières améliorations apportées aux services des voies publiques, de l'éclairage et des eaux et égouts. Si intéressante que soit cette partie de l'Exposition pour les spécialistes il est douteux qu'elle les instruise plus que le spectacle des rues mêmes de Paris à toutes les heures du jour. Mais ils trouveront dans les salles du rez-de-chaussée une série de vues photographiques des plus remarquables leur permettant de suivre la vie souterraine de la Ville et d'assister à tous les travaux de la construction du Métropolitain.

On se souvient des deux curieux types de maison salubre et de maison insalubre qui attirèrent tant de visiteurs en 1889; on n'a pas cru nécessaire cette année d'en faire la reproduction; on n'a pas voulu, non plus, à cause de la dépense, établir un champ d'épandage, donnant, en raccourci, un aperçu des travaux d'irrigation qui ont apporté la fertilité dans la plaine de Gennevilliers. Il faut, pour l'étude de ces sujets, se contenter de plans, de profils et de documents graphiques. Le service d'éclairage expose une reproduction de l'usine électrique des Halles, et des réductions des becs électriques et des becs de gaz intensifs de tous systèmes, en usage sur nos boulevards.

La Direction des affaires municipales a rassemblé les documents les plus complets sur les crèches, les asiles de nuit, les soupes populaires, etc. ; on peut ainsi apprécier les efforts considérables tentés dans ces dernières années par la charité officielle.

Une des attractions les plus goûtées des visiteurs dans le Pavillon de la Ville est le cinématographe qui les transporte, pour un moment, dans les lieux les plus pittoresques dé Paris : aux Halles, le matin, quand arrivent de toutes parts les charrettes des maraîchers; au marché aux bestiaux de la Villette; aux abattoirs; dans les asiles de nuit, à l'heure où s'y réfugient les miséreux en quête d'un bol de soupe et d'un gîte.

Le public passe ensuite avec beaucoup d'indifférence devant les dossiers et les tableaux de la Statistique municipale.
L'Octroi ne s'est fait allouer qu'un crédit de 1,000 francs et le Mont-de-Piété qu'un crédit de 2,000 francs; c'est dire que leur exposition se borne à des alignements de cartons verts.

La Préfecture de police a une exposition rétrospective et une exposition de son organisation actuelle. Les études du laboratoire de toxicologie, les analyses micrographiques, les expertises médico-légales sont expliquées aux" visiteurs ainsi que le fameux service anthropométrique de M. Bertillon, que plusieurs Puissances européennes ont déjà adopté.

Le service d'inspection des denrées alimentaires qui opère aux Halles et dans les abattoirs donne [un aperçu de ses travaux. Enfin l'admirable corps des pompiers participe, selon la tradition, pour une large part à cette exposition.

La partie la plus instructive et la plus originale de la section des affaires départementales consiste, selon nous, dans une précieuse collection de monographies des communes du département de la Seine, dont le besoin se faisait sentir depuis longtemps.
Au premier étage, dans les galeries du pourtour, se trouve une sorte de musée formé d'œuvres d'art, de tableaux, de statues et de tapisseries anciennes prêtés par des particuliers.
Une salle est réservée aux peintures appartenant à la Ville; d'autres sont consacrées aux bibliothèques municipales et aux travaux historiques.
L'exposition scolaire est une revue complète de nos lycées, et de nos écoles primaires, supérieures et professionnelles.
Des maquettes représentent les principaux spécimens de l'architecture moderne de Paris, la nouvelle Sorbonne, qui n'était pas encore terminée lors de la dernière Exposition, l'École de médecine, la caserne des Célestins, etc....
Tel est l'ensemble des expositions des services municipaux de la Ville de Paris. La-répartition des places, comme partout, ne s'est pas accomplie sans peine, chaque direction réclamant plus qu'on ne pouvait lui accorder. On a été obligé de modérer les ambitions trop vives et de faire une sélection sévère parmi tous les projets proposés. Quelques-uns étaient des plus bizarres. Un maire parisien proposa de reconstituer une des mairies de la Ville et de montrer le fonctionnement de ses différents bureaux ce fonctionnement aurait eu lieu à vide : les employés auraient inutilement noirci du papier au milieu de cartonniers vides, ou bien se seraient croisé les bras. On a soigneusement écarté ce projet singulier, que des esprits malicieux auraient pu soupçonner d'intentions satiriques.