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Mobilier et des Industries Diverses (Section française)


Mobilier et des Industries Diverses (Section française) à l'exposition de Paris 1900

Les industries artistiques de notre pays se sont affirmées avec maîtrise, dans leurs expositions diverses. Alors même que l'on sacrifie au travers général de l'opinion Française, qui consiste à préférer aux productions nationales les œuvres venues de l'étranger, il est impossible d'affirmer que nos arts industriels ne peuvent soutenir la comparaison avec ce que l'on fabrique au delà de nos frontières. Cette comparaison, nos industries similaires l'affrontent avec tranquillité, et seuls les esprits préconçus pourront parler d'infériorité. « Nous tenons notre bout », comme disent les ouvriers, et sans peine encore; une promenade comparative dans les deux lignes de Palais des Invalides le prouve surabondamment, et, dans bien des cas, notre supériorité s'établirait indéniable, si nos industriels, en vertu des succès antérieurs, ne se tenaient dans les reconstitutions du passé, au lieu de marcher de l'avant.
Pour le public ordinaire, le grand défaut de cette exposition des Invalides, c'est qu'elle répète ce qu'on peut voir journellement aux étalages de nos boulevards et de nos voies élégantes, car les industries représentées, si elles ont leurs ateliers et usines de fabrication en province, entretiennent à Paris des magasins de dépôt qui constituent autant d'expositions permanentes.
Pour cette raison, nous abrégerons celle revue, en nous tenant aux manifestations de l'art nouveau, qui caractérisent d'une façon spéciale l'Exposition de 1900. Citons au hasard de la promenade, car, en dépit de la classification si vantée, le désordre le plus parfait règne en cette exhibition, et les produits les plus disparates sont rapprochés et confondus, comme pour offrir un défi à la saine logique.

Si nous entrons sous le joli péristyle du Palais de M. Tropey-Bailly, le long de la rue de Grenelle, nous voici dans la joaillerie et dans l'étincellement des gemmes les plus précieuses : là, règne, par la vertu de sa masse, le Jubilé, diamant de 239 carats, que convoite des yeux une Foule admirative. Non loin, une exposition nous attire et nous retient, celle de M. Lalique, avec ses bijoux de rêve et de féerie, d'une inspiration si neuve, d'une exécution si parfaite et de colorations si délicates. La matière précieuse ne compte plus; le bijou de M. Lalique est une oeuvre de poète, qui ne se révèle qu'aux initiés. Laissons la joaillerie et les rivières de diamants, maintes fois contemplées aux vitrines de la rue de la Paix, et passons à l'orfèvrerie, où les maîtres du génie ont accumulé des merveilles; là aussi l'art nouveau affirme son droit de cité, et dans le salon de la maison Christophe, parmi d'autres merveilles, nous remarquons un surtout de table avec éclairage électrique.

Ne parlons pas de l'orfèvrerie religieux; il serait grand temps que cet art se renouvelât et sortit de l'odieuse banalité où il se confine. Dans les bronzes d'art, parmi les impeccables productions, trop propres et trop ratissées, l'exposition de Mme Sarah Bernhard nous arrête par l'allure capricieuse, la fantaisie et la nervosité des bronzes d'art qui entourent le magistral buste du maître Victorien Sardou. A voir aussi 1es bronzes de M. Frémiet, parmi lesquels des reproductions du surtout, en biscuit, exposé plus loin par la manufacture de Sèvres, d'un effet autrement puissant en bronze, à patine dorée, que sous l'aspect blafard du biscuit.

Derrière une colonnade classique, des meubles, des tapisseries s'étalent et arrêtent le visiteur; c'est l'exposition centennale, qui, débutant avec une licence chronologique par l'époque Louis XVI, nous mène jusqu'au second Empire. Les meubles du premier Empire dominent, en exemplaires de choix; l'art industriel, à cette époque, montre une unité, une ligne immuable; froid, sec et lugubre, il se tient d'ensemble, mais que dire de la Restauration et surtout de l'époque de Louis-Philippe ? On soumet à notre admiration une vitrine (gothique!), où se prélasse une reproduction de la Jeanne d'Arc, de la princesse Marie d'Orléans, qui est le comble de la hideur. Quant au second Empire, c'est la splendeur du clinquant et du mauvais goût, en dépit des meubles de Fourdinois, qui se recommandent par une exécution étonnante, mais d'une composition surchargée. Une série de pièces meublées, tendues et tapissées, complètent cette intéressante leçon de choses. C'est d'abord une pièce Louis XVI, ravissante ; ensuite une chambre à coucher (1791), meubles laqués en gris clair et tentures en toile de Jouy; puis une pièce Directoire avec un décor pompéien. Nous passons au salon premier Empire, avec une boiserie de pilastres ioniques et des trumeaux de damas de soie jaune; meubles en acajou foncé avec cuivres ciselés et dorés, mat; la harpe obligée et le métier à tapisserie sur lequel est étalé un superbe châle de cachemire. Voici la chambre de Talma, en citronnier et damas de soie bleu clair, broché de jaune pâle; plus loin une chambre de la Restauration avec un monumental cartonnier. La royauté de 1830 est représentée par un mobilier de citronnier, incrusté d'ébène; tentures de damas sur mousselines drapées; le papier peint reproduit cette tenture.

Quant au salon Napoléon III, il est garni de meubles qui ont la prétention d'imiter le Louis XVI.

La contemplation de ces reconstitutions permet de saisir la marche en avant, tentée au nom de l'art nouveau, dont on rencontre d'intéressants exemples dans l'exposition du mobilier, et dans les ensembles décoratifs,. A côté des meubles de luxe, on voit des installations complètes, de prix moyens, et c'est là une heureuse tentative. Les gens riches avaient la ressource d'acquérir d'habiles copies du passé, mais les gens aux ressources modestes devaient se contenter d'odieuses boiseries, ornées de sculptures de pacotilles. Le meuble simple et économique n'existait pas; il semblerait qu'une renaissance existe de ce coté-là. A signaler aussi la mort de l'armoire à glace, dont la carrière a été suffisamment longue. Ce symbole du luxe a bon marché expire au seuil du XXe siècle.

©L'Exposition de Paris - 1900