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Palais de l'Horticulture


Palais de l'Horticulture à l'exposition de Paris 1900

Leur description tient en quelques mots. Imaginez deux nefs parallèles, en tous points semblables, une longueur de 82 mètres, sur 33 de largeur, et 18 mètres de hauteur au sommet du cintre. Elles se regardaient à travers une esplanade et leurs façades similaires en forme de grands portiques en arc brisé avaient trois portes cintrées s'ouvrant les unes à côté des autres; comme dans une cathédrale de style gothique on voyait des baies multiples percées au fond des vastes porches. Deux légers pylones de 19 mètres de hauteur complétaient la décoration de la façade tout en fer et en verre comme l'ensemble de la serre. Le fer avait été traité de la façon la plus légère qu'on avait pu; il n'intervenait que par lignes minces presque invisible, carcasse indispensable au montage des vitres, et qui était, de plus, dissimulées sous des treillages vert clair et rose pâle, s'harmonisant fort bien avec la teinte grise donnée aux ferrures métalliques et aux chassis inévitables.
Entrions dans l'une des serres et nous étions étonnés de la légèreté, de la beauté de ligne des construction, qu'on ne s'était pas préoccupé jusqu'ici de combiner avec tant d'adresse. L'édifice se compasait d'une nef centrale, oblongue, dont la voûte était supportée par de minces colonnettes, au nombre de sept de chauqe côté, ces colonnettes, encroisillons de fer, étaient elles aussi granies de treillages; elles avaient en guise de chapiteau, au point des section où commencait l'arc de la coupole, une jardinière-corbeille, qu'on remplissait de plantes à feuillage retombant, et qui constituait une nouveauté ravissante.
Bordant le nef, se trouvait,dans le sens de la longueur,des "hauts" côtés, surélevés de trois marches, séparés par les colonnettes et formantwindow, en encorbellement semi-circulaire, sur la terrasse extérieure, et en face, de plain-pied avec la rue de Paris. Cette disposition inédite avait obtenu le plus vif succès. En effet, dans la nef centrale, la Sociéténationale d'horticulture de France, qui y avait organisé des expositions florales, se renouvelant de quinzaine, avait pu tracer un délicieux jardin à la française avec massifs, corbeilles, plates-bandes, pourles plantes de pleine terre, rosiers, pensées, violettes, auxquells succédait tout ce qui fait la gloire de nos jardins, etse servir des windows pour des expositions d'un autre caractère : orchidées, plantes grasses,raretés, etc. Avec les plantes grimpantes accolées aux colonnes, unefontaine ici, une statue là, et la forêt vierge des plantes tropicales aux pointes acérées, aux lames terrifiantes, aux formes extraordinaires, entassées dans la rotonde circulaire qui terminait la serre, à l'extrémité opposée au portique, on obtient un résultat inattendu, qui a fait la joie des visiteurs.
Chacune des serres avait environ 2200 m2 de superficie. Quand la Société d'Horticulture en disposa après l'exposition, de multiples concours annuels furent organisés dans des conditions préférables à ce qui avait lieu auparavant.
Pour l'exposition Universelle de 1900, la première serre seulement appartenait à la société d'Horticulture; la seconde en descendant la Seine, était réservée aux exposants étrangers. on trouvait là les représentants du Luxembourg, où la culture du rosier était poussée si loin; de la Belgique avec ses fruits forcés, ses raisins "à la houille" et ses pêches qui n'avaient connu peut-être d'autre soleil que la lumière électrique; la Hollande et ses tulipes; le Japon et la Chine avec leurs pivoines ou leurs chrysanthèmes; le Mexique et ses orchidées; les Etats-unis et le Canada avec leurs pommes, leurs fruits de dimensions phénoménales.

C'est sous le sol même de ces vastes serres que l'on installa un superbe aquarium avec une section pisciculture. Les fréres Guillaume qui l'ont construit ont apporté beaucoup d'imagination dans son aménagement; c'est avec plaisir que le public, de plus en plus initié à la vie maritime par des séjours fréquents sur les plages, revoyait vivant et mouvant les poissons et les crustacés qu'il était habitué à rencontrer entassé sur la pierre des ports ou sur la marbre des marchés.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Libairie Hachette & Cie - 1901