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Palais des Congrès et de l'Economie Sociale


Palais des Congrès et de l'Economie Sociale à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : M. Mewès

Cette double désignation signifie que l'édifice construit par M. Mewès, au Cours-le-Reine, et en bordure de la Seine, doit répondre à deux destinations bien différentes. Ce palais, puisque palais il y a, est édifié pour abriter d'abord tout ce qui a triât à la science moderne de l'économie sociale; en même temps, il offrira des locaux aux congrès de tout genre qui se réuniront à l'occasion de notre grande Exposition. Ces congrès nécessitent des salles avec tribunes pour les orateurs et conférenciers, et des rangées de sièges pour un public plus ou moins nombreux; les salles doivent se prêter à un service simultané, les congrès déjà annoncés atteignant un chiffre considérable, qui s'augmentera encore : de là, nécessité d'offrir plusieurs salles à la fois aux intéressés. Le musée réclame un emplacement assez spacieux, car les objets exposés seront surtout des cartes, des graphiques ou des diagrammes, de grande dimension, pour que ces documents soient facilement lisibles. En même temps, des vitrines ou bibliothèques recevront les imprimés, volumes et brochure relatifs à cette importante question.

D'après la classification générale, l'économie sociale comprend le groupe XVI et les classes 101 à 110, sous les attributions suivantes : "Apprentissage; Protection de l'enfance ouvrière; Rémunération du travail; Participation aux bénéfices; Grande et petite industrie; Associations coopératives de production et de crédit; Syndicats professionnels; Grande et petite culture; Syndicats agricoles; Crédits agricoles; Sécurité des ateliers; Réglementation du travail; Habitations ouvrières; Sociétés coopératives de consommation; Institutions pour le développement intellectuel et moral des ouvriers; Institutions de prévoyance; Initiative publique ou privée en vue du bien-être des citoyens".

Quant aux congrès, ils embrassent, dans leur diversité, l'ensemble des connaissances humaines, y compris, bien entendu, l'économie sociale, déjà nommées, et c'est là le seul point de corrélation qui relie les deux éléments du programme. Il fallait donc allier les bections d'accès facile et de circulation, que réclame un musée, à l'écartement, à la tranquillité qui doivent accompagner des salles destinées à des conférences et à des joutes oratoires. L'architecte du Palais des Congrès a divisé son édifice en deux étages : au rez-de-chaussée ( niveau du quai supérieur), le musée; au premier, les salles de conférences. On entrera sur la Cours-la-Reine par trois portes pratiquées dans les baies vitrées de 6 mètres de large et par deux autres portes percées à la base des trumeaux accostant de chaque côté le motif central.

De chaque côté, d'autres baies vitrées, au nombre de trois, sont destinées à répandre des flots de clarté à l'intérieur. Tout l'édifice est en fenêtres, sur la Seine, comme sur le quai, comme sur les façades latérales, où l'on retrouve de nouvelles portes. Il ne faut pas oublier que l'évacuation des salles de congrès s'opérera parfois simultanément; de là ce luxe dans le nombre des sorties.

Au rez-de-chaussée, une galerie de 12 mètres de large fait le tour de l'édifice qui a 100 mètres dans sa longueur et 35m. 50 dans se largeur. Cette galerie laisse au milieu un espace libre de 8 mètres environ de large, occupé par un grand vestibule qui accède, à chaque extrémité, à deux escaliers droits, montant à l'étage, avec paliers intermédiaires. La galerie sera recoupée, au besoin, par des cloisons légères, formant épine, sur lesquelles on appliquera les documents à exposer.

Au premier étage, les escaliers aboutissent à des paliers qui se dégagent sur le "Galerie des Congressistes", salle des Pas-Perdus, qui tient toute la façade sur la Seine, soit 100 mètres de longueur sur 12 mètres de large. La galerie communique directement avec deux salles de conférences pour un public de cent cinquante personnes, deux salles pour deux cent cinquante personnes et une grande salle pour huit cents personnes. En outre, l'architecte a ménagé des espace pour des salles de commission, des lavabos, des W_C, etc. et, enfin, pour des escaliers menant à la terrasse supérieure.

Etant donné un programme aussi complexe, et surtout des destinations aussi diverses, il était difficile d'imaginer une architecture qui personnifiât les attributions de l'édifice, comme le demandent les partisans de l'école rationaliste. Ceux-ci veulent, non sans justice, qu'on devine, à l'aspect extérieur d'un édifice, les grandes lignes de sa distribution intérieure, et que le parti pris architectural accuse et symbolise la destination. Encore faut-il que le programme imposé à l'architecte puisse se synthétiser : ici ce n'était guère le cas.

L'architecte, M. Mewès, s'est tiré de son mieux d'une oeuvre difficile. De tous les architectes appelés à concourir à l'exécution des travaux de l'Exposition, c'est certainement lui qui a été chargé de la besogne la plus ingrate. Avec une abnégation qu'on ne saurait trop louer, il a tout sacrifié aux côté pratiques. Les accès de son édifice sont larges et faciles; l'éclairage entre les flots par d'immenses verrières qui transforment le bâtiment en une énorme lanterne. Quant à l'ornementation, il s'est gardé de dépasser le but, en rapportant sur le peu de pleins qui demeurent à sa disposition des colonnes ou des décorations redondantes.

Un musée d'économie sociale, de par son titre, ne saurait se présenter avec une prodigalité d'atours hors de saison. Une corniche, très accentuée, avec consoles; des cartouches et des guirlandes, surtout des guirlandes, voilà le fond des hors-oeuvre plaqués sur le nudité des murailles. La guirlande est l'attribut des fêtes; nous avons emprunté ce symbole, avec tant d'autres, aux arts grecs et romains; si d'autres symboles ont vieilli, la guirlande de feuillages et des fleurs a gardé sa signification; c'est encore à cette gracieuse combinaison qu'on emprunte la décoration des monuments passagers, comme les arcs de triomphe élevés aux jours de liesse. Les tentures et les reposoirs que les populations croyantes disposent aux Fêtes-Dieu ont popularisé ces trainées verdoyantes, piquetées de couleurs éclatantes; et cependant nos arts foncièrement français du moyen âge n'ont pas usé de la guirlande qui a reparu seulement dans la sculpture de le Renaissance.

Les deux pylônes qui encadrent le motif central offrent une superficie plus grandes, que M. Mewès a décorée avec un motif de pyramide, accostée de deux figures. Cet arrangement, qui n'est pas sans grâce, mais dont la signification n'est pas très claire.

La construction du Palais des Congrès est entièrement en bois. Sur la charpente ont été fixées des plaques d'un produit nouveau qu'on appelle du nom des fibrocortchoïna, vocable insolite qui semble procéder d'une étymologie auvergnate. C'est une espèce de planche, formée de roseaux coupés de longueurs égales et noyés dans du plâtre; l'opération se fait dans un moule qui donne une épaisseur régulière à ce produit.
Sur les grosses charpentes on a rapporté un lattis, et là-dessus, le fibrocortchoïna a été cloué avec des pointes étamées, pour éviter les rouilles et les taches subséquentes; ce produit est, parait-il, pour ainsi dire, incombustible. D'ailleurs, tous les bois qui sont employés dans les travaux de l'Exposition sont ignifugés. La mesure est prudente, en bien des cas; mais ici elle parait un surcroit de précautions; le Palais des Congrès ne donnera asile à aucun foyer, et recevra un éclairage exclusivement extérieur, car il fermera la nuit venue.

©Exposition de Paris 1900