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Palais des Fils, Tissus et Vêtements


Palais des Fils, Tissus et Vêtements à l'exposition de Paris 1900

Ce palais est magnifique. Dôme central dont la voûte est ornée de verrières à peintures charmantes, grand portique de 27 mètres de largeur, et, de droite et de gauche, une colonnade du plus ravissant effet. A l'intérieur, trois nefs longitudinales et des galeries secondaires, au premier étage d'autres galeries, en haut et en bas de luxueuses vitrines.

Dans ce palais, ce hall, ces vitrines, toute l'histoire du fil, fil de chanvre, de lin, de coton, de laine, de soie, et chacun sait que cette histoire est merveilleuse.

Que de travail, que d'opérations diverses pour faire du coton ces tissus que nous appelons calicot, cotonnade, jaconas, mousseline, tulle ; de ce fil de chanvre ou de lin la corde, la toile, la batiste, la dentelle ; de ce fil de laine nos vêtements et nos tentures, de ce fil de soie de si riches étoffes !

Des vitrines françaises et étrangères contiennent les matières premières, envoyées peut-être de toutes les parties du monde, pour être mises en œuvre dans nos fabriques d'Europe et de France.

Ici, le coton tel qu'on le récolte, puis tel que le font les préparations premières ; là, le lin et le chanvre non travaillés, travaillés ; et cette exposition est ornée de fleurs de chanvre, de lin et de coton, guirlandes peintes qui courent sur la muraille, encadrent le nom des fabricants.

Voici les cocons de soie variant de nuance, de grosseur, selon l'espèce de l'insecte et le pays d'origine ; voici même la chenille précieuse, déjà languissante qui se traîne sur les feuilles du mûrier.

Voici la laine à l'état brut, puis triée, dessuintée, lavée, séchée, graissée, cardée, filée, tissée en une étoffe que d'autres opérations dégraissent, épincettent, foulent, tondent, pressent et rendent enfin propre à être employée pour notre habillement ou notre ameublement.

Si nous voulons nous instruire, nous trouverons à deux pas cet outillage si ingénieux, ces puissantes machines qui aident à la préparation et à la confection de nos tissus.

L'industrie cotonnière occupe en France plus de 500000 ouvriers; Rouen, Lille, Roubaix, Amiens, Saint-Quentin, Tarare, etc., etc, qui travaillent le colon, nous ont envoyé leurs plus beaux produits. Les mousselines de Tarare, tout en gardant le genre qui leur est propre, rivalisent avec ce que l'étranger fait de plus beau. Nos cotonnades sont à la place d'honneur, ce qui ne nous empêche pas d'admirer les fabrications anglaises et américaines, de nous incliner avec respect devant les vitrines du Piémont et de la Lombardie, devant la Russie pour ses indiennes si charmantes. On dirait de la soie, ces belles indiennes rouges de Vladimir et de Moscou.

Les étoffes de laine qui comprennent les tissus ras, mérinos, popeline, serge, damas, tartan, velours d'Utrecht, et les tissus feutrés, drap, Casimir, satin de laine, nous viennent principalement des provinces où prospère la race ovine. Roubaix et Tourcoing exposent donc des lainages de toutes sortes; Saint-Quentin et Reims des tissus légers; Amiens ses velours d'Utrecht; Elbeuf, Lisieux, Sedan des draps incomparables.

Le lin n'est pas moins intéressant que le coton, au palais du Fil : avec Lille, Valenciennes, Cambrai, Flers, Voiron, des toiles de tout grain et de tout prix, des toiles pour linge et des draps de lit éblouissants de blancheur et de finesse, qui valent certainement les plus belles toiles de Hollande.

Et quel enchantement si de la toile nous allons aux services de table, à la batiste de fil, à la dentelle! On s'arrête à toutes les vitrines, on s'attarde; celle-ci n'a point de rivale : c'est Alençon, notre point de France. Mais Venise n'est pas loin, mais Bruxelles, mais Bruges, Barcelone et ses blondes, le point d'Angleterre avec ses trois fleurs symboliques mêlées aux guirlandes les plus gracieuses. Après les reines de la dentelle, il nous reste de l'admiration et de l'enthousiasme pour notre superbe chantilly, notre bayeux, pour Calais, Mirecourt et le Puy, pour nos ravissantes guipures.

Et de toutes parts, dans chacune et chacune des vitrines, qu'elles portent un nom français ou un nom étranger, des robes sur mannequins tout en dentelle noire ou blanche, luxe inouï qui transporte en rêve dans le pays des fées.

Autre enchantement en visitant les soieries. Lyon, Saint-Etienne, Paris, au premier rang comme toujours.

Paris s'est réservé un pavillon central. Son exposition est d'une richesse sans égale et d'un parfait bon goût. Lyon, qui ne le cède point à Paris, l'a emporté depuis longtemps sur le Piémont et la Lombardie pour ses soiries, ses failles, ses satins; sur Gênes, Sienne et Venise, pour ses draps d'or et d'argent, ses velours, ses lampas, ses brocarts. Saint-Etienne n'a pas de rivaux pour la rubanerie, rubans de velours, de gaze, de soie, de salin, aux nuances les plus fraîches et les plus délicates.

Lyon et Saint-Etienne, par une nouvelle et gracieuse inspiration, jettent des fleurs de velours, des motifs de velours sur leurs plus riches tissus, dit aussi velours artistique. C'est d'un effet ravissant. La chasublerie de Lyon avec sa bannière angélique, sa chasuble Salvatoris, ses mitres dont l'une est destinée à Mgr de Tarbes, est plus brillante que jamais.

La Suisse a aussi une jolie exposition, des mousselines de soie de toute beauté. Une robe de chambre en soie de Vienne (Autriche) toute confectionnée et bien chaude ne pèse que 500 grammes ; elle est sur sa balance. La broderie se mêle à la soie, à la mousseline, à la dentelle.

Lyon et Paris présentent de riches étoffes d'ameublement brodées avec un art exquis, des robes brodées sur soie, salin, gaze, mousseline, à côté des robes en dentelle, des tulles brodés en soies de diverses couleurs, des crêpelines parsemées de paillettes.

Lunéville jette sur ses tulles des fleurs d'or et d'argent. Saint-Quentin emploie 140 nuances pour broder les rideaux d'une chambre à coucher. Et quel jeté de lit ! Il faudrait nommer toutes nos villes…

Les stores et les rideaux de la France et de l'étranger sont d'une beauté sans égale.

Une broderie fort curieuse et fort belle dans la galerie du Vêtement, et qui n'a point rapport au vêtement : le Christ devant Pilate, "sur la place aux Dalles", dit la légende, grandeur naturelle, travail en soir et à l'aiguille. Le fond du tableau est en velours rouge foncé. La broderie, qui va du blanc au noir par un nombre infini de nuances, a demandé vingt ans. Une seule personne, une dame, a accompli ce travail. Du même point, des portraits : le Saint-Père, l'empereur de Russie et le président Carnot, la reine Victoria, Pasteur, Christophe Colomb.

Le Japon a des tentures, des paravents, des écrans, des éventails, des tableaux en broderie sur satin d'une beauté merveilleuse. Ici des hérons, et là des hiboux, des paysages, forêts et cascades, la porte du célèbre temple de Nikko un jour de fête.

Nos éventails de Paris, en plumes, en paillettes, brodés sur soie ou décorés d'artistiques peintures, valent, à eux seuls, une fortune, et rivalisent avec ce que l'Espagne a jamais fait de plus beau.

Autre objet de luxe, de grand luxe, la fourrure. La Suède, la Russie, la Sibérie ont la plus belle exposition du monde: animaux empaillés, peaux préparées et confectionnées. Là aussi il faudrait des heures pour une complète étude. Mais il est impossible de tout dire, de tout peindre, peut-être de tout voir.

Les vêtements, France et étranger, occupent une large place dans le palais des Fils et Tissus, mannequins élégamment disposés, La Hongrie, la Hollande, la Suisse, la Roumanie nous font aussi connaître les costumes de leur pays. Paris a ses salons. On vient voir la mode de 1900 pour la comparer à la mode du siècle qui s'achève, Grand Empire et Restauration, 1830 et Louis-Philippe, NapoléonlII et l'impératrice Eugénie, Avons-nous des regrets ?

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Libairie Hachette & Cie - 1901