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Palais de l'Enseignement et du Matériel des sciences, lettres et arts


Palais de l'Enseignement et du Matériel des sciences, lettres et arts à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : M. Sortais

Le Palais situé à l'entré du Champ de Mars, à droite de la Tour Eiffel, vie-à-vis le Palais des Mines et de la Métallurgie, est consacré à l'exposition des objets variés, indiqués par le titre plus haut et qui est aussi long qu'un chapitre.
Il logera les six classes du groupe I, qui touchent à peu près à l'ensemble des connaissances humaines, et de plus les huit classes du groupe III; or ces dernières, seulement, comprennent : la horographie; la librairie, les journaux, les affiches; les cartes de géographie; les instruments des arts de précision (mathématiques, astronomie); le matériel de médecine et de la chirurgie; les instruments de musique et, enfin, le matériel de l'art théâtral. Ceci est un abrégé, mais prenez chaque classe à part, et vous la subdiviserez en chapitres bien différents, sauf le lien de relation. Le matériel de l'art théâtral comprend, par exemple : l'ameublement et l'installation des salles de théâtre; les appareils des protection contre l'incendie; l'éclairage; la machinerie fixe et mobile; les décors; les accessoires, les costumes, les postiches, les fards, etc., c'est-à-dire que la parfumerie, la cordonnerie et autres sont agréablement mêlés à la peinture et aux arts de la construction. C'est là une des nécessités de la classification adoptée, et dont les avantages sont considérables, car cette classification met sous les yeux du public l'ensemble complet d'une industrie. Lorsqu'une seule industrie présente une importance assez grande pour exiger un emplacement considérable, un palais tout entier lui a été attribué exemples : Mines et Métallurgie - Fils, tissus, vêtements, etc), mais, comme l'enseignement et les procédés des sciences, lettres et arts, constituent une foule d'industries d'un développement secondaire, on a du les réunir sous le même toit.

Or, un axiome de logique, en architecture, proclame qu'un édifice doit exprimer extérieurement l'usage auquel il est destiné; on conviendra qu'il est peu commode d'accuser nettement la destination du Palais en question, que l'on pourrait assimiler, sauf l'irrévérence du terme, à un bazar où l'on retrouve un peu de tout et même cent autres choses.

M. Sortais, l'architecte de ce Palais, 'avait pas à spécialiser plus particulièrement l'une des matières exposées; il a construit un édifice largement ouvert, à circulations abondantes; la porte principale est un monument à elle seule; c'est le gros morceau de la façade; elle est accueillante; elle invite à entrer. Quant aux formes architectoniques, elles relèvent de la pure fantaisie, avec une pointe de bizarrerie qui n'est pas autrement déplaisante.

L'entrée principal se trouve sur un pan coupé symétrique à l'entrée du Palais des Mines et de la Métallurgie; celle-ci est surmontés d'un dôme à silhouette bulbeuse; l'entrée du Palais de l'Enseignement, formant vestibule elliptique, et grande salle à l'étage, est recouverte d'une toiture, d'aspect insolite, et qui semble employée ici pour la première fois, elle est constituée par un demi-tore. Le tore est une surface de révolution engendrée par une sphère tournant dans le même plan, autour d'un centre. Prenez un pain en forme de couronne, et vous avez un tore, grossièrement façonné, il est vrai; coupé ce pain en deux, et voilà la toiture qui recouvre l'entrée du Palais de M. Sortais. Notre dessin en donne une figure exacte; ce tore, qui est métallique, est orné d'une crête très découpée, où prennent place des épis formés de lampes électriques; la superficie est décorée de godrons saillants, et le milieu se termine par un campanile élancé. Le porche, en plein cintre, se creuse en une voussure, à larges moulures, que coupe une console, formant clé, et supportant un Apollon, accosté de deux dames en tuniques, qui doivent être des Muses, C'est a peu près le seul sacrifice que M. Sortais ait fait au symbolisme vieilli, dont nous usons encore, dans nos monuments publics.

Cet Apollon est armé de sa lyre, selon la formule; d'ailleurs, c'est un dieu accommodant qui touche à tout, aux lettres, aux arts, et même aux sciences, par son fils le médecin Esculape; il convenait tout particulièrement en cet endroit, d'autant que sa présence anime et meuble le milieu du cintre qui eût été un peu vide sans le divin Musagète et ses deux compagnes.

Une clôture a jour ferme la gigantesque baie qui est recoupée d'un balcon, a l'étape. Le motif milieu est accosté de deux avant-corps en tourelle que coiffent des coupoles, en forme de gland allongé. Ces tourelles élargissent et étoffent le motif principal qui prend une grande importance et rejette en second plan les deux façades se retournant à droite et à gauche.

Quant à celles-ci, elles se composent de la répétition du motif figuré ci-contre ne faut pas oublier que le Palais, comme les autres constructions du Champ de Mars, comporte une double circulation, dans des portiques ouverts à l'extérieur, au rez-de-chaussée et à l'étage,M. Sortais a adopté une disposition assez peu fréquente, qui étonne l'œil, d'autant qu'elle comporte des porte à faux. Or c'est une règle sacro-sainte, dans l'architecture classique du moins, de superposer les vides aux vides, et les points d'appui aux points d'appui. Ici les points d'appui du premier étage portent sur les vides du rez-de-chaussée; l'effet produit pourrait se comparer avec les dissonances voulues qu'un musicien introduit dans une série d'accords. Les cinq baies de l'étage surmontent la double ouverture en anse de panier du rez-de-chaussée; ce dispositif est calé, à droite et à gauche, par des pylônes perrés de baies cintrées, couronnes d'un fronton circulaire, et surmontées d'une sorte de stèle timbrée du monogramme A.S.L (arts, sciences, lettres). Derrière la stèle se silhouette un baldaquin métallique à jour, supportant une forte lampe à arc. A droite et à gauche sont des mâts avec leurs flammes. Le grand motif est surmonté d'un pignon circulaire, avec antéfixe, qui rentre dans les lignes de la voussure d'entrée; le tympan au-dessus des archivoltes est occupé par une clôture ajourée, qui rappelle également l'ornementation de la grande
porte.
Les balcons saillissent largement au dehors; ils sont complétés par des appuis pleins et ventrus en corbeilles, qui font songer aux galeries de théâtre. Ces balcons, dont l'avancée est considérable, ont été établis en ciment armé, de même que toute l'ossature du rez-de-chaussée. M.Sortais a eu recours à ce mode de construction pour éviter d'employer des fers, à un moment où il craignait que la crise métallurgique n'occasionne un retard dans ses travaux. Ces balcons ont été éprouvés avec des charges quintuples de celles qu'ils auront à supporter et n'ont pas éprouvé le moindre fléchissement.

La façade entière, comme celle des autres Palais, sera d'une tonalité blanc crème avec des rechampie, mais toutes les parties de la grande entrée, surtout les toitures des dômes et du demi-tore, recevront des colorations brillantes, avec des rehauts d'or. Pour les petits dômes, M. Sortais a essayé des applications de poudre de mica, sur tons vifs à l'huile, dont les résultats curieux sont surtout appréciables lorsque les objets ainsi préparés ne sont pas trop éloignés de l'œil du spectateur.

Les intérieurs des portiques, plafonds et parois, seront recouverts d'ornementations en tons soutenus pour faire opposition aux tons très clairs des murailles extérieures.Pour l'intérieur, la distribution est la même que celle des autres palais du Champ de Mars. De longues nefs, dont les plus larges comptent 27 mètres, se poursuivent parallèlement au grand axe du Champ de Mars; elles sont bordées et recoupées par des galeries, dont le plancher est à 7 mètres au-dessus du sol.

L'entrée principale se fait par une diagonale à 45° eu égard à la direction générale des toitures, dont les faîtes sont orientés selon les axes du Champ de Mars. L'obliquité se répète nécessairement dans le hall qui fait suite aux vestibules d'entrée, ce qui ne laisse pas de présenter des intersections assez délicates à arranger. M. Sortais a donné a son hall, qui forme salon d'honneur, pour ainsi dire, un plan octogonal, avec, au premier étage, des balcons saillants en arc de cercle. Le côté de l'octogone opposé à l'entrée, forme le palier de repos d'un escalier monumental à double volée.

D'autres escaliers sont disposés à droite et à gauche du vestibule. Des chemins mobiles ou escaladeurs complètent le service de l'étage. La caractéristique de la structure métallique, points d'appui, solivage des galeries et charpente des combles, est une gracilité extrême. C'est l'acier d'ailleurs qui a été presque exclusivement employé. Avant que le voligeage et les vitrages ne fussent venus étoffer les fermes, si fines d'aspect, on eût juré une toile d'araignée se découpant sur le ciel. Au dessus du vestibule, est placée une grande salle dont le plafond est formé par le demi-tore de la façade. Cette salle qui sera ornée d'une décoration à grand effet, exécutée par les procédés de la peinture de théâtre, c'est-à-dire à la détrempe, est affectée aux auditions des instruments de musique (classe 16). Sa disposition donnera lieu à des effets d'acoustique assez curieux.

©Exposition de Paris 1900