Retour - Liste Pavillons

Palais de l'Electricité et le Château d'Eau


Palais de l'Electricité et le Château d'Eau à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Hénard, Paulin

Le Palais de l'Électricité est dû à M. Hénard et le Château d'Eau fut l'œuvre de M. Paulin, tous deux lauréats des premières primes du grand concours initial pour l'ensemble de l'Exposition.

C'est au fond du Champ de Mars que l'électricité a son Palais. La façade, légère et compliquée, semble l'architecture irréelle d'un palais des Mille et une Nuits; c'est une dentelle de verre et de métal, constellée de pierres précieuses.

Au sommet se dresse l'image même de la déesse, debout sur un char attelé d'hippogriphes et auréolée tout entière d'un soleil de cristal.

Devant le Palais, en avant-corps, s'élève un monumental Château-d'Eau; de son porche jaillissent des cascades qui roulent et s'étalent, de degré en degré, jusqu'aux pelouses du Champ de Mars.
L'eau jaillit d'une immense grotte, à laquelle est agrafée une série de vasques superposées, où se brise une nappe d'eau de 3o mètres de hauteur et de 10 mètres de largeur au milieu de laquelle émerge une allégorie un peu compliquée, représentant « l'Humanité conduite par le Progrès, s'avançant vers l'Avenir »; deux personnages étendus à terre et foulés aux pieds par le génie du motif représentent la routine. A droite et à gauche s'allongent deux galeries, que terminent des rotondes, surmontées de coupoles.

Derrière ce décor de rêve est bâtie une usine; le contraste est saisissant. De chaque côté de l'ancienne Galerie de Trente mètres s'étendent deux cours couvertes, de 117 mètres de long sur 40 mètres de large, où, entre les bases énormes de cheminées de 80 mètres de hauteur, s'aligne une armée de chaudières : ce sont les chambres de chauffe. Là, jour et nuit, dans un sourd bourdonnement, s'élabore la force mystérieuse que de minces fils métalliques répandent partout sous forme de mouvement et de lumière. Un chemin de fer spécial apporte constamment du combustible qu'on enfourne sous les chaudières où, chaque heure, 200,000 litres d'eau se transforment en vapeur. Cette vapeur conduite au rez-de-chaussée du Palais, y actionne des moteurs accouplés à de puissantes dynamos, qui produisent un courant d'une force de 40,000 chevaux.

Ce chiffre ne dit rien si on ne le rapproche de ceux des Expositions précédentes : la comparaison fournit un remarquable exemple du développement de l'utilisation électrique depuis cinquante ans :
En 1855 la force motrice électrique utilisée était de 35o chevaux; en 1867, de 525 chevaux; en 1878, de 2500 chevaux; en 1889, de 6500 chevaux; en 1900 elle est de 40,000 chevaux, dont 20,000 en service simultané.

L'ensemble des machines électrogènes comprend trente-huit groupes, dont dix-neuf appartiennent à la section française située du côté de l'avenue de La Bourdonnais, et dix-neuf aux sections étrangères rangées du côté de l'avenue de Suffren. Au point de vue de la production, les groupes français sont inférieurs aux groupes étrangers. Ils ne donnent que 8.000 kilowatts environ, tandis que leurs concurrents en donnent 12.000, sur lesquels plus de 4 000 sont fournis par l'Allemagne seulement.
Les plus forts moteurs de l'Exposition se trouvent, en effet, dans la section allemande; ce sont d'abord deux dynamos Siemens et Halske, actionnées par des machines Williams-Robinson et Borsig, de 2400 chevaux chacune; viennent ensuite les machines de la maison Schuckert (2000 chevaux) et de la Société électrique d'Augsbourg (1900 chevaux).

La section française renferme un certain nombre de moteurs d'une force supérieure à 1000 chevaux; le plus puissant est la machine Dujardin, de 1500 chevaux, actionnant les dynamos Schneider et Cie.

L'énergie produite par cet ensemble de groupes électrogènes est exclusivement employée à l'éclairage général, à la transmission de la force motrice et au service des ascenseurs et chemins élévateurs. Du Trocadéro à l'École Militaire, du pont d'Iéna au pont de là Concorde elle fait ronfler les machines, précipite la marche des trains, jaillit en gerbes de flamme, serpente en lignes de feu sur le fronton des monuments, embrase l'eau des bassins de lueurs colorées. Un seul homme, promenant ses doigts sur un clavier, suffit à distribuer en tous lieux le mouvement et la lumière. Le poste d'aiguillage se trouve sous le Château-d'Eau même; c'est une galerie dont la paroi porte deux tableaux, longs de 24 mètres, chargés d'appareils de direction, de contrôle et de sûreté. La nuit, à chaque changement dans la distribution des courants, de longues étincelles bleuâtres y claquent et crépitent, et le mécanicien, âme invisible de la fête qui se donne au dehors, d'une simple pression sur un ressort enfante des prodiges qui font pousser des cris d'admiration à la foule accourue des quatre points du monde.

Le Palais de l'électricité et le Château-d'Eau, bien qu'ils constituent deux édifices distincts, élevé chacun par un architecte différent, se confondent en une seule construction, formant, au fond du Champ de Mars, une sorte de gigantesque écran. Nous avons décrit précédemment le Palais de l'électricité nous dirons quelques mots ici du Château-d'Eau. Il s'étend sur un développement de 115 mètres et est constitué par une infinité de jets d'eau lumineux se réunissant en une prodigieuse cascade. La quantité d'eau débitée est de 1900 litres à la seconde, soit près de 4 millions et demi de litres par heure; elle est fournie par l'eau de la Seine refoulée au moyen de machines installées sur le quai d'Orsay.

Le Château-d'Eau est merveilleusement encadré par une architecture décorative de style Louis XV; le monument du bas, qui sert en quelque sorte de soubassement au motif central du Palais de l'électricité, est très sobre de lignes et d'une apparence massive. La matière employée à sa construction, qui est le staff et la pierre, en est cause. L'habile architecte du Château-d'Eau, M. Paulin, a su aménager sous l'édifice des grottes ouvrant des perspectives à travers les nappes des cascades; il en résulte des effets nouveaux et des plus curieux qui captivent chaque soir l'admiration de la foule réunie au Champ de Mars. Rien ne saurait, en effet, à qui ne l'a vu, donner une idée du spectacle féerique des eaux jaillissant des profondeurs d'une crypte embrasée et rebondissant d'une hauteur de 3o mètres sous les feux entrecroisés de 7.000 lampes électriques aux couleurs changeantes.