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Industries Chimiques


Industries Chimiques à l'exposition de Paris 1900

Les recherches de la pierre philosophale ou de l'élixir de longue vie des alchimistes du moyen âge n'ont pas toutes été perdues pour la science, mais la chimie n'a véritablement pris corps qu'avec Lavoisier. Depuis une vingtaine d'années, son développement est né surtout de l'union des savants et des industriels. Les applications ont toujours suivi de près les découvertes, et des usines se sont créées de toutes pièces pour la fabrication de tel ou tel produit.

Nous ne comptons pas cependant en France des établissements comme certaines maisons privées d'Allemagne où une vingtaine d'ingénieurs-chimistes, docteurs es sciences, forment une élite grassement rétribuée dont la mission consiste, à ne rien faire. Ils cherchent, ils cherchent pendant des années. Ceux qui ne trouvent pas ne sont point troublés de leur insuccès prolongé ; en un jour ils payeront au centuple les frais de l'attente.

Aussi l'exposition allemande, aménagée avec une entente de l'effet où triomphait « l'art du bocal », était-elle, au dire des spécialistes, d'une hauteur de science qui ne pouvait être comparée qu'à l'ampleur des applications. Une machine à liquéfier l'air, du système Linde, y fonctionnait sous les yeux du public, d'autant plus émerveillé que l'opération lui paraissait mystérieuse. La Russie avait également présenté de façon très pittoresque ses nombreux produits chimiques, ses cuirs au parfum spécial dû à l'écorce du bouleau, ses papiers d'Etat aux filigranes impeccables.

L'Autriche avait disposé trois salons, dans le style décoratif qu'elle n'abandonne jamais; de jolies peintures représentaient les pittoresques paysages agrestes entourant les principales usines, surtout les papeteries.

La Belgique relevait de tableaux symbolisant le verre, le papier, la teinture, les applications de la soude, une exposition très fournie de ses industries chimiques, qui doivent leur grand développement au voisinage des usines de charbon.

La chimie a commencé d'entrer dans le domaine pharmaceutique, et les simples sont remplacés par leurs principes actifs, glucosides ou alcaloïdes, créés de toutes pièces dans les laboratoires. Si l'on a quelque hésitation à accorder aux préparations chimiques la même douceur de guérison qu'aux plantes de la nature, au moins faut-il reconnaître que les antiseptiques et les appareils de stérilisation ont permis d'économiser bien des vies humaines. L'exposition de ces substances aux couleurs irisées de tous les tons du prisme était présentée dans des vitrines d'un style imprévu, où des fers légers se contournaient en spirales délicates, pour soutenir coupes et bocaux aux formes gracieuses. Remèdes ou poisons ne sauraient être offerts de plus galante façon que ne l'avait fait l'architecte Benouville.
La parfumerie aurait pu autrefois revendiquer un emplacement au milieu des produits de l'agriculture; elle ressort bien aujourd'hui du domaine de la chimie.
La vaniline a remplacé la gousse odorante des tropiques, et plus n'est besoin de tuer des chamois pour se procurer du musc. A en juger par la lourdeur de certains parfums, la délicatesse de l'odorat n'y a point gagné. Ils se sont aussi démocratisés au point de vue des prix, et à en user pour un demi-million par an, ainsi que la légende le rapporte de Mme de Pompadour, il faudrait mettre beaucoup de volonté.

Peut-être par reconnaissance posthume envers une semblable cliente, la classe de la parfumerie s'était inspirée du style Louis XV, modernisé toutefois par des artistes tels que Mucha, pour la très riche décoration de son salon, qui n'avait pas pu trouver place dans son véritable palais et s'était installé dans celui des Fils et Tissus.

Son musée rétrospectif, composé presque exclusivement par la collection Klotz, était bien amusant par ses bijoux frivoles et ses futilités élégantes. Tous les accessoires de la toilette et les estampes qui les entouraient témoignaient du caractère sérieux de notre époque; les femmes, le croirait-on, consacrent beaucoup moins de temps qu'autrefois aux soins de leur personne!

La supériorité de la parfumerie française se démontre par ce chiffre: sur les 30 millions de la production annuelle, les deux tiers sont exportés.

L'industrie allemande, toutefois, nous serre de près. Elle avait organisé un petit pavillon collectif vraiment délicieux. Sa gravité habituelle s'était amusée en imaginant un petit théâtre-miniature où les spectateurs étaient remplacés par des boîtes et des flacons du plus coquet effet.

De jolies peintures que nous reproduisons en partie, représentaient dans l'exposition rétrospective les ateliers d'une papeterie au siècle dernier. Comme la guerre, l'industrie s'y faisait en dentelles. Le maître papetier, propriétaire du cours d'eau et des prairies voisines, s'y promenait tranquillement au milieu d'ouvriers placides, tout au moins en apparence, car ils avaient déjà leurs prétentions et leurs grèves. Le travail s'y faisait en famille ; toutes les cuves à papier du royaume n'auraient pas fourni à la consommation d'un journal quotidien de notre époque.

L'introduction des pâtes de bois et la fabrication des machines à papier continu ont transformé cette industrie. Le besoin a créé l'outil. En 1900, la France consomme près de 1 million et demi de kilogrammes de papier par jour pour les multiples usages auxquels il se prête et qui vont sans cesse en croissant. De ce train, les forêts de la surface du globe pourront être épuisées en même temps que les forêts souterraines par l'extraction de la houille.
Il est peu de machines aussi captivantes que les machines à papier, parce que les transformations de la pâte peuvent s'y suivre de façon compréhensible.

On en construit aujourd'hui qui produisent, sur une largeur qui va bientôt atteindre 4 mètres, 1.000 à 1.500 kilogrammes de papier à l'heure, suivant son épaisseur. Le public en admirait plusieurs à l'Exposition, entre autres celle de la maison Darblay, fabriquant le papier du Petit Journal, et une machine de construction allemande, dont les énormes rouages paraissaient montés avec le soin d'une pièce d'horlogerie.
Dernier cadeau fait par les bêtes aux hommes, les peaux préparées offraient toutes les variétés des cuirs dans une exposition très artistiquement présentée.

Le rapporteur du jury de 1889 estimait à 3 milliards le mouvement des affaires des industries se rattachant
aux cuirs, et le personnel employé à quatre cent mille ouvriers. L'importance de la tannerie française s'est encore accrue, et ses produits, recherchés partout pour le fini de leur préparation, sont exportés en quantités considérables.

Malgré le développement de certains établissements et la substitution de procédés chimiques au long tannage à l'écorce de chêne, l'industrie est en général restée familiale. Elle est répartie sur toute la surface de la France, dont les troupeaux l'alimentent presque complètement pour les bœufs et les vaches et environ par moitié pour le reste.

Sans entrer dans le détail des nombreuses préparations des peaux, rappelons que les bœufs et les vaches fournissent les cuirs des semelles et des grosses chaussures, de la bourrellerie forte, des courroies de transmission; les porcs et les chevaux également, mais pour une qualité bien inférieure; les veaux servent surtout à la chaussure fine et à la carrosserie; les maroquins et les basanes proviennent du mouton; les chèvres servent'à la ganterie. Suivant la façon dont il est préparé, le cuir est susceptible de se prêter à une infinité d'usages.

©L'Exposition du Siècle - 1900