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Turquie


Turquie à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Dubuisson

Ce palais de l'Empire Ottoman était, en fait, une vaste construction, ayant un front de 27 mètres sur le quai, avec une profondeur de plus de 37, et dressant la pointe de son campanile à 47 mètres de hauteur.
L'édification de ce palais a été confiée à un architecte français, M. Dubuisson, qui s'est attaché à nous représenter ici les types les plus purs de l'art turc, que l'on confond trop souvent avec l'art arabe qui en est bien distinct. C'est ainsi que y trouvions, très heureusement juxtaposés, les parties les plus intéressantes des principaux monuments de Constantinople. La grande arcade, qui formait la façade sur Seine et qui mesurait 20 mètres de hauteur sur 17 de largeur à la base, était empruntée à la superbe mosquée de Kaït-Bey, datant du dix-septième siècle; la tour carrée, qui formait l'angle du palias, reproduisait aussi certains détails du même monument. Sur les façades latérales nous trouvions, du côté des Invalides, des parties de la fameuses mosquée Souleïmanièh, et, du côté opposé, des détails de la mosquée de Bayazed; d'autres motifs avaient été pris dans les intérieurs des mosquées de Roustem, d'Ahmed-Pacha, de Sainte-Sophie, de Brousse, etc. Enfin la coupole centrale était la reproduction de celle de la mosquée du Sultan Mourad IV.
L'ensemble de l'édifice était d'une blancheur éclatante que faisaient ressortir des panneaux peints de couleurs délicates et des frises de faïence émaillée; les dômes, surmontés du croissant, étaient doré, tandis que les grandes baies et les fenêtres fermées de vitraux multicolores complètaient cet ensemble lumineux, qui évoquait les payasages enchanteurs des rives du Bosphore.
L'intérieur du palais comportait quatre étages. Le rez-de-chausée était consacré aux petites boutiques de bazar où s'étalait une clinquante pacotille de petits objets qui rappellaient un peu trop les produits trop connus de la rue de Rivoli. En revanche les vastes salles du premier étage renfremaient des vries merveilles de l'industrie turque. Sur le sol, le long des murs s'étalaient à profusion de splendides tapis de la manufacture impériale de Héréké, parmi lesquels on admirait surtout une répétition exacte de celui qui fut offert par le sultan à l'empereur d'Allemagne lors de sa visite à Constantinople; c'est une pièce d'une incomparable beauté et d'une énorme valeur, l'oeuvre de dix ouvriers y ayant travaillé sans interruption pendant quatre ans. Puis, dans cette salle et dans les galeries voisines, un délicieux fouillis de tissus précieux, de broderies anciennes, de vases de cuivre ciselé, d'aiguière, d'armes incrustées de bijoux, de flacons de parfums.
A l'étage supérieur on trouvait une reconstitution curieuse des parties les plus intéressantes de jérusalem, dans une rue de laquelle on avait installé une sorte de petit bazar indigène.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Libairie Hachette & Cie - 1901