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Saint-Marin


Saint-Marin à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Marius Toudoire

Pour être un petit pays, Saint-Marin, qui est une République administrée le plus sagement du monde, a su tenir un bon rang au Champ-de-Mars où elle avait élevé son pavillon, non loin de la tour Eiffel. Elle doit son succès à l'activité, au goût, au zèle de ses représentants officiels, M. le baron Jean de Bellet, commissaire général, et M. Maurice Bucquet, commissaire général adjoint. M. de Bellet ne pouvait
avoir d'aide plus compétent et plus utile que M. Bucquet qui, comme président du Photo-Club de Paris, a fait ses preuves de discernement artistique et qui est très aimé dans le monde des lettres et des arts. A ces commissaires étaient adjoints le duc Amédée Astraudo; Audoynaud aîné, Alfred Bellard, ingénieur, René Fouquier d'Hérouël, membres du commissariat ; P. Bourgeois, L. Dalsème, membres adjoints; Marius Toudoire, architecte.

L'exposition entière de Saint-Marin attestait la vitalité de ce petit Etat qui a su traverser victorieusement les périodes les plus mouvementées de l'histoire de l'Italie. Son territoire, enclavé dans ce royaume, comprend 62 kilomètres carrés, et est situé entre la province de Forli au nord, à l'est et au sud, et celle de Dessaro à l'ouest. On cultive beaucoup, dans les campagnes du territoire de Saint-Marin, il n'y a pas de doute à cet égard, et cette industrie de la première heure a conservé tout le charme que lui prête la nature; en outre, les machines agricoles et les systèmes de culture à l'engrais, découvertes de nos savants en quête de redonner aux entrailles de la terre un peu de la vitalité perdue, y sont très en honneur; aussi, avec l'aide du merveilleux ciel d'Italie, toujours bleu, et sous les rayons d'un soleil éternellement régénérateur, tout pousse à souhait, l'on pourrait dire tout seul, et les échantillons montraient, à l'Exposition, qu'on ne peut trouver ailleurs plus beaux blé, riz, orge, avoine, maïs, etc.

L'art de la broderie était largement représenté, notamment par quelques très beaux spécimens provenant du monastère de Santa-Chiara, ainsi que par un certain nombre de travaux à l'aiguille délicatement ouvrés : plus loin, tout un lot de fleurs artificielles, dont la perfection de l'imitation atteignait presque le naturel.

Si ensuite on jetait un coup d'œil sur les productions artistiques: sculptures, bas-reliefs, céramiques, peintures, tapisseries, etc., on constatait qu'il suffisait de très peu d'œuvres pour affirmer l'existence de l'art à Saint-Marin et surtout de son élévation ; c'était d'abord un Bacchus en pied, par Reffi et un buste en marbre représentant la Paix, par Pochini ; tout à côté, grandeur nature, un buste en bronze de M. Emile Réaux, ancien consul général de Saint-Marin, à Paris ; plus loin, un fort joli bas-relief en plâtre: M. Antonio Onofri, ambassadeur de la République auprès du général Bonaparte ; le futur empereur des Français offre à la République de Saint-Marin une extension de territoire, celle-ci ne demande que la vie sauve. Au-dessus de tout cela, un très beau portrait à l'huile de San Marino, par Lefranco (1581-1647), s'imposait à l'admiration par son austérité et l'élévation de son style.

Les localités les plus importantes, après la capitale, San-Marino, sont: Serravalle, Faetano et Montegiardino.

Le gouvernement est entre les mains de deux régents choisis dans un conseil souverain de soixante membres élus à vie; l'un des régents administre les villes, l'autre la campagne ; et ce petit peuple de près de 10000 habitants peut fournir une milice de 2000 soldats parfaitement entretenus et équipés.

Le pavillon de Saint-Marin, très élégant d'aspect, un vrai bijou architectural, ne comprenait qu'une seule salle presque carrée, mais dans laquelle les objets avaient été rangés avec infiniment d'habileté et un goût artistique très affirmé. On remarquait d'abord une très jolie reproduction, maquette en bois, en réduction, du palais du Conseil souverain, œuvre de M. le commandeur Azzuri, puis, au centre de la pièce, dans un grand cadre en bois doré, se trouvait un panneau de satin blanc brodé or et rehaussé de pierreries avec motif religieux au milieu représentant la vierge Marie et saint Joseph adorant l'enfant Jésus.

Un peu à gauche, le long du mur, quelques spécimens intéressants de pierre et de grès provenant du territoire de Saint-Marin.

En continuant la visite sur la droite, on rencontrait une vitrine installée perpendiculairement le long du mur et contenant les photographies des principaux quartiers de la ville de Saint-Marin. Cette collection présentait d'autant plus d'intérêt que les habitants et les fonctionnaires ont gardé les costumes et les usages du XVIIe siècle, et que cette vaillante petite cité, flottant comme une épave au milieu des flots bouillonnants de la civilisation moderne, se pose devant nous comme un témoin vivant des âges disparus.

©Paul Gers - 1900