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Algérie


Algérie à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Albert Ballu

L’exposition Algérienne était divisée en deux parties, l’une officielle, qui avait pour but de nous montrer les produits du sol et les richesses artistiques de ce beau territoire, l’autre due à l’entreprise privée et d’un caractère purement pittoresque.
Le palais officiel nous présentait, comme il convient, un résumé de l’architecture du Maghreb. La façade principale reproduit l’entrée de la mosquée du sultan Bacha à Oran ; un haut minaret, couvert de faïences et qui la flanque sur le côté droit, était la copie de la célèbre tour de Sidibou-Médine à Tlemcen. La coupole de la mosquée de la Pêcherie à Alger, domine la partie centrale dont les façades latérales reproduisent également des détails d’édifices algériens célèbres. Tout cet ensemble, sauf quelques revêtements en carreaux émaillés, était d’une éclatante blancheur.
En gravissons le large perron monumental qui conduisait à l’entrée principale ; le seuil franchi, nous nous trouvions dans une élégante galerie encadrant une cour carrée et qui, par la suite de la forte pente du terrain, se trouvait former ici le premier étage. De la galerie, nous plongions ainsi sur la cour qui s’enfonçait au-dessous de nous, et qui nous montrait l’intérieur d’une des plus jolies anciennes maisons arabes d’Alger. Autour de nous, étaient exposés les travaux des élèves des écoles indigènes de notre colonie, travaux d’une exécution parfois bien élémentaire, sur lesquels le public ne jette qu’un regard distrait, mais vraiment touchants dans leur simplicité, car ils témoignent de longs et patients efforts qu’ils ont dû coûter aux maîtres qui les ont fait exécuter par nos barbares petits sujets. Un peu plus loin, un très intéressant plan en relief de l’ensemble de notre colonie, à l’échelle du 200 000e ; on y embrassait de façon saisissante les diverses zones de notre Algérie, depuis le fertile Tell, que baignent les flots de la méditerranée, jusque, en franchissant les hautes chaînes de l’Atlas, l’immense étendue rousse et aplatie du désert, tout au fond duquel en ce moment même nos soldat plantent victorieusement notre drapeau.
Nous passions de là dans de belles salles, où étaient exposés les riches produits du sol. Ici, que de sujets d’instruction pour l’observateur attentif. Une des galeries était presque entièrement occupée par l’industrie du liège si spéciale à notre colonie ; on y voyait, sous toutes ses formes, l’écorce de ce précieux chêne, brute et venant d’être arrachée, puis rabotée en planches, découpée en bouchons, etc. Ce sont ensuite les longs alignements de vins, les huiles, les céréales, les modèles de fruits si variés, l’alfa, humble herbe du désert, qui nous fournit aujourd’hui nos meilleurs papiers. Du reste, par une ingénieuse idée, à côté de ces produits on nous montrait dans de lumineuses fresques les divers procédés de leur exploitation : la cueillette des fruits sous les orangers de Blidah, la décortication des chênes-liège, le pressurage des olives, la moisson, la vendange, la travail des mines de phosphates, qui sont la fortune de l’Algérie, etc. Et, après avoir vu ces tableaux, on retournait examiner les échantillons, dont l’aspect s’animait, devenait mois aride.
Revenant à la cour antérieure, un escalier nous conduisait au rez-de-chaussée, réservé au collections archéologiques. Et tout d’abord, au centre même du patio, une superbe reproduction en relief des ruines de l’antique cité romaine de timgad, que de récents travaux ont mise à jour et qui, avec ses longues colonnades, son forum, ses maisons, ses boutiques, son immense cirque, semblait un second Pompéi. Dans une petite salle voisine, on avait réuni une série de jolis tableaux exécuté à Timgad par les peintre Montenard et qui complétaient l’impression profonde produite par ce plan sur les spectateur qui, pour la plupart, ignoraient que notre colonie possédât une semblable merveille.
Pour terminer notre visite au rez-de-chaussée, il faut encore passer en revue des moulages de statues, et de monuments romains, puis de curieuses collections de poteries kabyles, des dessins, etc.
En sortant par la porte, qui s’ouvrait à l’un des angles de la cour, nous n’avions qu’à traverser l’avenue pour entrer dans la seconde section de l’exposition algérienne.
On nous présentait ici tout un quartier de la ville arabe, d’une réalité d’exécution vraiment frappante. Dans les étroites rues, où les maisons se rejoignaient presque au-dessus des nos têtes, grouillait une foule animée, pittoresque, d’indigènes qui se mélangeait aux flots noirs et monotones des visiteurs ; dans les sombres échoppes qui bordaient la chaussée et dont les devantures regorgeaient de tapis, d’étoffes brodées et de tout le clinquant de l’art mauresque, on voyait les ouvriers à leur établi, orfèvres ciselant des bijoux tisserand tramant leurs tapis, potiers tournant leur gargoulettes. Puis, de tous côtés, ce sont des cafés où résonnaient tambourins et cymbales, des pâtissiers faisant frire leurs appétissant beignets, des almées exécutant des danses mauresques. C’était bien la vie, le mouvement, le bruit, le vacarme d’un bazar algérien, un jour de fête publique, et ainsi ce pittoresque spectacle complétait heureusement l’enseignement un peu sévère du palais officiel.
Parmi les « attractions » de ce bazar il en est une qui méritait une mention toute particulière : c’est le Stéréorama installé à l’une des extrémités. On nous présentait sous ce titre un panorama composé de plans en relief mis en mouvement par un procédé ingénieux qui donnait au tableau toutes les apparences de la réalité. Le spectateur, placé dans une salle obscure, voyait défiler devant lui, comme s’il était à bord d’un navire, toute la côte algérienne de Bône à Oran. Au sortir du port, le soleil se levait et dorait les flots sur lesquels se balançait mollement quelques barques ; le jour montait, la mer devenait plus forte ; on passait devant Bougie, on longeait le rivage bordé d’abruptes montagnes ; puis voici Alger, couvrant de ces maisons blanches son haut promontoire, et pour terminer notre voyage, nous entrions à Oran au coucher de soleil. Sur la route, on rencontrait de temps à autre des navires de l’escadre dont la fumée était rendu avec une étonnante réalité, des torpilleurs, etc. Le spectacle était vraiment charmant.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Librairie Hachette & Cie – 1901