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Roumanie


Roumanie à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Formigé

Le palais de la Roumanie était situé, non pas sur le quai, sur la Rue des Nations où, resserré entre un haut rideau d’arbres et le trottoir roulant, il était difficile de juger de son ensemble vraiment monumental. Les types d’architecture roumaine des seizième et dix-septième siècles qui ont le plus contribué à inspirer M. Formigé l’auteur de ce palais, sont les églises d’Argesu et les trois hiérarques de Iassy et d’Horezu.
Sur les façades étaient reproduits divers motifs inspirés par l’architecture et la décorations des monuments religieux de la Roumanie. La porte principale n’était autre que le porche de l’église d’Horezu. Les fenêtres imitaient celles de l’église de Stavropoleos, les colonnades des extrémités tenaient à la fois du pronaos d’Horezu et de celui d’Argesu ; enfin, sur la façade principale, l’arc de grand tympan, dont la courbe était d’un effet puissant, avait été emprunté à l’église d’Argesu et il avait été encore enrichi de la corniche à consoles de l’église des trois hiérarques de Iassy. C’est également cette dernière église qui avait fourni le dessin de la frise qui formait une riche ceinture à tout le monument.
Dans le hall, surmonté d’une coupole mesurant 30 mètres de hauteur, était aménagé un escalier conduisant aux galeries du premier étage, qui se terminait par deux élégant pavillons, couronnés de deux clochetons.
Une partie du rez-de-chaussée du pavillon était réservée à l’exposition du sel gemme, dont les gisements constituent une des richesses de la Roumanie. Les diverses variétés de sels étaient représentées par des blocs de grosseurs différentes, parmi lesquels on admirait un globe de 2 mètres de diamètre reposant sur un piédestal de 1m,50 également en sel.
C’était aussi au rez-de-chaussée qu’étaient exposés les instruments et procédés des lettres, des sciences et des arts, la mécanique et la métallurgie, et les minerais avec leurs dérivés industriels, depuis le pétrole, la paraffine, l’ozokérite, jusqu’à la cire fossile, le bel ambre noir de Valaquie, l’albâtre, le charbon de terre, les lignites, etc…
Dans les galeries du premier étage se trouvaient les expositions des industries diverses, du génie militaire, de l’économie sociale, de l’éducation et de l’enseignement où l’on admirait une collection de remarquables publications de l’Académie roumaine qui comprenait plus de 110 volumes dont un, richement relié, était destiné au président de la République. Une exposition rétrospective complète la série des collections du pavillon. On remarquait aussi des étoffes et des broderies religieuses appartenant au musée de Bucarest et provenant de divers couvents de Roumanie, des produits de l’art typographique roumain du commencement du quinzième siècle ( psautiers, évangiles, livres de liturgie, en langues slave et roumaine) ; enfin un magnifique évangile manuscrit, avec enluminures, par la reine de Roumanie (Carmen Sylva), dont l’exécution est une merveille d’art, et que sa Majesté a offert à la cathédrale d’Argesh.
Le gouvernement roumain avait aussi envoyé, pour être joint à ces collections, le célèbre trésor de Petroassa. Ce trésor en or massif, enrichi de pierreries, est l’un des rares spécimens que l’on possède en Europe de l’orfèvrerie barbare et a appartenu, selon toute vraisemblance, à Athalaric, roi des Visigoths. Vu la valeur considérable de ce trésor, il a paru préférable de ne pas le laisser dans ce pavillon, d’une surveillance difficile, et on l’a placé au Louvre dans la galerie des Bijoux anciens pour la durée de l’Exposition.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Librairie Hachette & Cie – 1901