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Perse


Perse à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Mériat

Le palais de la Perse était un très élégant édifice élevé par un architecte français, M. Mériat. Celui-ci avait choisi comme modèle la Médressé Mader-Chali, un des plus beaux monuments d'ispahan. Une porte monumentale, de 15 mètres de hauteur, dans laquelle s'enfoncait une profonde niche qu'encadrait des bandes de belles faïences émaillées, formait la façade principale.
La partie antérieure du vaste hall qui occupait toutle rez-de-chaussée avait été aménagée en une sorte de salle du trône. Avec ses divans, ses meubles, ses poteries antiques à reflets métalliques, ses vases précieux, ses riches tapis, ses armes anciennes damasquinées, ses pierreries, turquoises perles du golfe Persique, etc., ses broderies, ses étoffes tissées de soie et d'or, elle avait l'aspect d'un salon préparé pour recevoir quelque prince des mille et une nuits. Et en effet, cette salle avait été aménagée pour recevoir le Chah de Perse lui-même. On savait que le souverain, venu pour visiter l'exposition, avait passé à Paris une partie du mois d'aout.
En vue de cette éventualité, le commissaire général de la Perse, le général Kitabghi Khan, avait fait établir un divan impéral sur lequel le souverain a pris place lors ce sa visite au pavillon persan. Pour un tel hôte, rien ne devait être ménagé; aussi les ornements ont été pour ainsi dire prodigués par le commissaire général. Le divan impérial était surmonté d'une énorme courinne d'où se détachaient, pour tomber en plis harmonieux, de riches draperies.
Des tapis anciens d'un prix inestimable avaient été disposés et comme répandus sur les degrés qui conduisaient à ce siège oriental. le divan lui-même et les coussins étaient recouverts d'un velours de soie revêtu de broderies d'or d'une grande richesse. D'ailleurs, chacune des pièces qui concoraient à l'ornementation de ce salon impérial avait une grande valeur d'antiquité et d'art, et pour indiquer la magnificience de la décoration, nous dirions que ce que contenait ce salon était estimé à un chiffre de beaucoup supérieur à un million sans compter les objets d'art.
Deux grands vitraux éclairaient cette pièce magnifique et, la nuit, un soleil établi au plafond et des gerbes électriques disposées aux angles l'innondaient de lumière. Sur le vitrail qui faisait face au divan impérial, se détachait le lion persan; sur l'autre vitrail on lisait des vers composés par un poète persan et qui chantaient la gloire de la France et les merveilles de l'Exposition.
Le reste du hall était occupé par des produits des industries de luxe de la Perse, tapis de Kerman d'une admirable facture, vases incrustés, poteries et faïences émaillée, joyaux, turquoises gravées, etc. On y voyait aussi dans une vitrine les précieux manuscrits, enrichis d'enluminures, du grand poète national Ferdouçi.
Un escalier, à l'extrémité de la salle, conduit au premier étage où était installé un théatre persan, puis de là sur la terrasse supérieure que garnissait deux charmants kiosques aux colonnes incrustées de mosaïques faites, selon la mode orientale, d'une infinité de petis miroirs.
Tout ce palais avait été exécuté avec un soin infini et malgré ses proportions restreintes était un des plus remarquables de la rue des Nations. Il faut regretter qu'il ait été si fâcheusement masqué par les arbres qui empêchaient d'apprécier l'élégant ensemble de ses proportion et de sa délicate décoration.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Libairie Hachette & Cie - 1901