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Vieux Paris


Vieux Paris à l'exposition de Paris 1900

C’était, assurément, une idée charmante que d’évoquer, pour le plaisir des yeux, le Paris des Temps passés que nous devinons par quelques monuments, des églises, des hôtels particuliers, quelques tronçons de rues, mais qui est bien disparu néanmoins. Les rares spécimens d’architecture conservés sont par trop éparpillés et surtout trop dépaysés au milieu des construction modernes qui les entourent pour qu’on puisse, même avec beaucoup de bonne volonté, se représenter ce que fut la capitale aux diverses époques dont on a encore des échantillons. A plus forte raison, ne pet-on guère se la figurer telle qu’elle était antérieurement, si ce qui reste ne suffit pas à faire revivre mentalement les siècles écoulés.
C’est que les édifices ne sont pas tout dans une ville ; ils sont comme de pur diamants qui représentent à eux seuls une valeur intrinsèque, mais dont le prix se double lorsqu’il sont enchâssés, entourés, montés avec leur cortège de métaux précieux, de pierres fines, de perles. Nous avons encore Notre-Dame, par exemple, mais la célèbre basilique, qui est à elle seule tout le monde, n’est plus comme autrefois environnée de ces maison à pignon pointus dont les gouttières finissaient par s’entrecroiser à travers les rues étroites et tortueuses ; elle n’émerge plus du chaos grouillant à ses pieds, et quoiqu’elle ait conservé la prestigieuse grandeur des œuvres surhumaines, elle n’impressionne peut-être plus autant que lorsqu’elle dominait de toute sa hauteur imposante et superbe le fouillis de masures tapi à l’ombre de ses tours. La maison qui avait, elle aussi, son caractère, s’est écroulée ; on l’a abattue. Le marchand, le bourgeois, l’artisan ont changé de physionomie en changeant de milieu ; le costume s’est modifié avec les habitudes et les mœurs. La grande voie égalitaire et froide a emporté avec sa ligne de tramway le pittoresque et l’imprévu, l’individualité de l’habitation en même temps que celle de l’habitant : nos maisons se ressemblent toutes et nous avons fait, semble t-il, un effort considérable et méritoire quand nous nous sommes décidés pour un pardessus plus ou moins foncé.
Paris a eu d’autres aspects ! Et ce sont ces aspects variés que nous revoyons à l’exposition, sur les bords de la Seine. Rien que la situation en encorbellement au-dessus de l’eau est une trouvaille, et les millions de visiteurs qui ont suivi la voie du fleuve n’ont pu retenir un cri de réelle admiration au coup d’œil incomparable présenté par la suite ininterrompue de constructions que forment sur la rive gauche la Cité des Nations, le palais des Armées de terre et de mer, avec, en pendant sur la rive droite, l’extraordinaire et saisissant Vieux Paris de Robida, le maître dessinateur, mirant ses tourelles, ses clochers, ses mille fenêtres dans l’eau scintillante.
Ce n’est pas le première fois qu’on se livre à es reconstitutions du même genre ; mais il faut bien dire que jusqu’ici rien d’aussi parfait, d’aussi complètement vrai n’avait été fait. Souvent, il ne s’agissait que d’une sorte de décor avec, au rez-de-chaussée, quelques intérieurs praticables, tout le reste n’étant que du trompe l’œil. Ici les maisons sont des maisons du haut en bas, et les édifices, de véritables édifices, contenant des salles pleines de monde, où tout est vie, activité mouvement. Ce Paris, ou plutôt ces Paris anciens, car il y a plusieurs époques se juxtaposant pour former un ensemble homogène, varié mais non point disparate, sont des Paris recrées, avec leurs rues, leurs places, leurs carrefours : il a fallu, sans doute, dépenser beaucoup de talent, d’ingéniosité… et d’argent pour arriver à un pareil résultat.
Tout d’abord l’emplacement adopté, très favorable d’une part à cause de la Seine et des Champs-Elysées qui en sont à deux pas, maquait de largeur : on en a trouvé, mais au prix de quels travaux !
Le Vieux Paris est en grande partie construit sur pilotis, la berge étant loin de suffire à son développement. Durant des mois on a préparé la plate-forme où s’élèveraient, bizarre et gracieuses, les constructions du bon vieux temps. Cette plate-forme ayant plus de 300 mètres de façade sur le Seine représente une surface de 6500 mètres. Elle a été établie au-dessus du niveau des hautes crues au moyen d’un millier de pieux, variant de 10 à 15 mètres de longueur et de 1 mètres de diamètre, enfoncés jusqu’à refus, de 2,5 à 6 mètres, suivant les couches géologiques rencontrées, par un mouton de 1000 kilos, retombant jusqu’à cinq cents fois, pour faire pénétrer les plus récalcitrants à peine d’un millimètre à chaque coup. Rien que ce travail préparatoire, mais combien important, constitua une curiosité. Aujourd’hui l’œil va tout de suite à ce qui s’est élevé comme par enchantement sur le sol conquis par la force, en oubliant cette forêt de pieux battus, provenant des sapinières renommée de l’Orne et de l’Eure, et à cette façade unique dans son genre, composée d’une infinité de types d’architecture groupé en trois divisions, du moyen âge au dix-huitième siècle, en passant par la Renaissance.
Le Vieux Paris joue un rôle de premier ordre dans le décor général de l’Exposition ; il tranche, par la diversité de ses bâtiments, sur la masse des palais qui lui font face, et il présente en outre l’avantage, lui qui forme un si joli tableau, de permettre, lorsqu’on y a pénétré, d’admirer à son aise les merveilles se déroulant à perte de vue.
L’entrée principale du Vieux Paris est au pont de l’Alma. On est là en plein moyen âge, c’est à dire en présence d’une architecture massive, militaire, et comme cette architecture paraît remonter réellement à l’époque lointaine qu’elle représente, comme les pierres portent sur leurs parois usées la marque des ans, comme les ferrures, les toits ont un air de vétusté tout à fait vénérable, le visiteur est aussitôt amené à se demander par quel procédé on a obtenu un résultat aussi intéressant. Voici comment les architectes et les artiste ont opéré : après maintes recherches pour réunir une documentation sérieuse sur chaque édifice à reproduire, des fermes en charpente ont été recouvertes de staf moulé d’après les empreintes prises sur des motifs modelés pour les sculptures. Les pierres plus ou moins grandes, et différemment disposées suivant les époques, ont été imitées à s’y méprendre grâce au soin qu’ont eu les maçons d’ajouter certains oxydes à leur plâtre. Les peintres sont venus ensuite ; ils ont donné aux boiseries, aux parties sculptées, aux murailles la teinte qui convenait. De plus, comme on était en avance, l’extérieur de toutes ces constructions a subi l’action de la chaleur, du froid, de la pluie ; il en résulte une patine inimitable, heureux complément des dispositions prises pour procurer l’illusion la plus complète de la réalité. L’entrée, ainsi que nous venons de la dire, nous met en plein moyen âge ; le visiteur a, en face de lui, le rempart et le bâtiment à tourelles de la Porte Saint-Michel, une des portes de l’enceinte de Philippe Auguste, sur la rive gauche, refaites sous Charles V, lorsque Paris, se développant, nécessitait l’établissement de la quatrième muraille construite depuis que Lutèce, voyant survenir les Romains, dut être fortifiée.
L’enceinte, au temps de Charles V, se composait, sur la rive gauche, d’une courtine flanquée de tours semi-circulaires et très rapprochées ; sur la rive droite, les tours carrées étaient plus espacées ; il y avait deux châteaux forts, la Bastille et le Louvre. L’enceinte était naturellement percée de portes présentant un caractère défensif très accentué. Elles se composaient d’une grosse bâtisse, flanquée de tours ou de tourelles, avec une barbacane de l’autre côté du fossé, ou un boulevard en terre sans revêtement.
La Porte Saint-Michel s’appuie au rempart, débris de fortification, morceaux de courtines, gros murs, comme en laissait de place en place la continuelle extension de Paris qui conservait longtemps des vestiges de ses précédentes enceintes, vestiges auxquels s’accrochaient les maisons, qu’on transformait en couvents, en bâtiment militaires, ou que l’on affectait à des services publics.
Après avoir franchi la voûte de la porte Saint-Michel, on rencontre la place du Pré-aux-Clercs encadrée par le pignon de la maison aux Piliers et la Tour du Louvre. Le revers même de la porte Saint-Michel est figuré par le portail d’entrée de la Chartreuse du Luxembourg. La maison aux Piliers, qui fut le premier hôtel de la ville de Paris, se composait de trois pignons semblables à celui du Vieux Paris qui s’appuyaient à l’hospice des Orphelins du Saint-Esprit. La tour du Louvre est de type des hautes tours parisiennes flanquées de la tourelle où se déroule l’escalier à vis, avec plate-forme à créneaux et comble en poivrière.
Sous le pignon de la Maison aux Piliers, débouche la rue des vieilles Ecoles où se trouvent réunies un certain nombre de maisons parisiennes intéressantes à la fois par leur architecture et par les personnages qui les habitèrent. La première est la Maison natale de Molière ou Pavillon des singes, rue des Etuves. Ce nom de Pavillon des singes lui venait du poteau d’angle ou cornier, sculpté de haut en bas, avec des singes grimpant. Le dernier de ce poteaux d’angle, un marbre de Jessé, a été retiré tout dernièrement d’une Maison de Nicolas Flamel, qui existe encore rue de Montmorency, 45, mais complètement abîmée ; la restitution en a été faite avec tant de scrupule, d’après un dessin du temps, que son ancien propriétaire, l’enlumineur, y rentrerait les yeux fermés. Il pourrait reprendre dans son échoppe la plume patiente et le pinceau minutieux avec lequel il calligraphiait et coloriait pour le compte des riches bourgeois, des nobles, du roi même, les missels quel es musées se disputent aujourd’hui à prix d’or. Nicolas Flamel était un artiste en son genre; il avait plus de talent à lui seul que tous ses confrères réunis autour de lui dans des échoppes semblables à la sienne ; aussi gagnait-il gros, et comme dame Pernelle, sa digne compagne, était une sage ménagère, le couple pouvait se donner le luxe de ce montrer généreux avec la paroisse et compatissant aux pauvres ; il n’en fallut pas davantage pour que la superstition s’attachât au nom de Nicolas Flamel : le vulgaire le fit alchimiste, lui attribua le secret de la pierre philosophale et le don de vie éternelle. La pierre philosophale de Nicolas Flamel était le travail, et son alchimie une prudente gestion de ses biens : il n‘était si riche que parce qu’il faisait passer les besoins des malheureux avant la satisfaction de ses désirs, et tout le monde peut être riche à ce compte-là.
Viennent ensuite la maison de Théophraste Renaudot, fondateur de la Gazette, notre ancêtre, le journal à sa naissance, s’apprêtant à remplir dans le monde, grâce à la typographie, son rôle de propagateur ; la maison du maître imprimeur Robert Estienne, la Tour du Collège Fortet, visible encore près du Panthéon, et enfin le fameux Cabaret de la Pomme de Pin, qu’on fait entrer dans la composition des tableaux du temps, dont on parle dans les vaudevilles à couplets, prototype enfin de la taverne littéraire, où la rouge maritorne fait pendant au patron empressé près des clients abordant son perron de pierre, quand ces clients s’appelaient au grand siècle Boileau, Molière, Racine, La Fontaine, Chapelle, Lully ou Mignard.
Après la rue des Vieilles-Ecoles et la pittoresque rue des Remparts, avec ses curieux logis et ses échoppes où pullulent les petits marchands, viennent le carrefour et l’église Saint-Julien-des-Ménestriers dont le portail, sur le rue Saint-Martin, contient une légion de petits anges jouant de tous les instruments connus. A droite, statue de Saint Genest, patron des jongleurs ; à gauche, Saint Julien. Saint-Julien-des-Ménestriers était, parmi les cent églises dont les clochers aigus perçaient le ciel, la chapelle corporative des musiciens, ménestrels, jongleurs de Paris et de toute la France. Devant son porche, se faisaient la loue des musiciens, et le chef des ménestrels de Saint-Julien étendait son pouvoir sur toutes les corporations des provinces.
Saint-Julien, avec son pignon en charpente, son chevet encadré de maisons et d’échoppes, produit sur la petite place le meilleur effet ; la jolie chapelle et le Pilori de Saint-Germain-des-Prés marquent la limite du style gothique. On passe avec les vieille Halles dans le quartier du dix-huitième siècle. La place comprend la Tourelle du Château Gaillard les vieux pignons qui se suivaient le long des rues formant la bordure des piliers des Halles, et la Grille de Lully, provenant de la maison du célèbre musicien, située rue des Petits-Champs, à l’angle de la rue Saint-Anne. Cette grille est authentique.
Voici le Grand-Châtelet, dans l’état où il se trouvait restauré sous le règne de Louis XII, d’après une eau-forte de 1650. Le bâtiment au-dessus de la voûte est flanqué de deux tourelles, on voit une grosse horloge décorée, sous un auvent très avancé. Le clocheton d’une petite chapelle, disparue sous Louis XIV, s’élance au-dessus de la porte fortifiée. Passons la voûte, elle conduit, comme jadis dans la réalité, au Pont-au-Change, qui donne une idée exacte de ces vieux ponts à maisons d’autrefois, formant sur l’eau des rues à constructions irrégulière plantées en encorbellement sur les poutres ou sur les pierres du pont, au-dessus des moulins. Comme les ponts étaient rares, comme les maisons qui avaient toutes des boutiques laissaient peu de place aux cavaliers, aux chariots, aux piétons, on conçoit que les ponts furent toujours des endroits où l’on était fortement bousculé, ce qui faisait la joie des tire-laine et autres malandrins.
Le pignon qu’on aperçoit ensuite, avec ses deux verrières, sa rosace, en façade sur la Seine, appartient au Palais de la Cité. C’en est la grande salle, salle des solennités, des festins royaux ; plus tard grande salle du Palais reconstruit par Saint Louis et Philippe le Bel après la disparition du Palais Roman, il y avait de magnifiques morceaux que nous pouvons apprécier, puisqu’ils existent encore : la Tour de l’Horloge, la Conciergerie, la Sainte-Chapelle.
La grande salle fut détruite par un incendie. Elle datait des dernières années du quatorzième siècle et avait été terminée par Enguerrand de Marigny. C’est cette salle qu’on a réédifiée exactement avec ses fenestrages, ses roses dans les pignons, envoyant la lumière sous les voûtes lambrissées, peinte couleur d’azur et fleurdelisées d’or, ses statues de rois fixées aux piliers, statues légendaires, histoire de France figurée par ces portraits et les inscriptions les accompagnant. Rois bons et mauvais, ayant bien ou mal régné sont là, l’épée haute ou basse, suivant que la tradition leur accordait des mérites ou les accusait d’incapacité. On reverra dans la grande salle du Palais : Pharamond, Clotaire, Clovis, Chilpéric, Dagobert, Hugues Capet, Pépin le Bref, Saint-Louis et Philippe Auguste, non pas seulement sculptés dans la pierre ou dans le bois, mais diversement peints en couleurs franches, le bleu vif tranchant sur le rouge éclatant, avec du jaune pour représenter les broderies d’or. Au fond de la salle se trouvait la table de marbre, réputée d’un seul morceau, où s’asseyaient le roi et les plus hauts personnages de la cour. On la revoit à la salle actuelle, mais avec une tout autre destination, puisqu’elle sert d’estrade à des conférenciers, diseurs et artistes divers, rois dans leur genre si l’on veut, mais qui ne sont plus tout de même de la même race que ceux des statues qui les contemplent un peu étonnées.
Suivant toujours le même itinéraire, dans le sens du cours du fleuve, on parvient aux Grands Degré de la Saint-Chapelle par lesquelles le roi Louis XII, qui était goutteux, pouvait se faire monter en litière. Ces degré construits en hors-d’œuvre, parallèlement à ceux de la chambre des comptes, passaient sous quatre arcades ogivales, soutenues par des piliers semés de fleurs de lis terminés par des pinacles fleuris encadrant un réseau de courbes flamboyantes.
Pour accompagner l’escalier fameux de la Sainte-Chapelle, on a emprunté des détails d’architecture à différentes époques, tels que les fenêtres du Trésor des Chartes, la Bretèche de l’Hôtel de Bourbon, balcon fermé que possédaient les logis seigneuriaux, et la Tour de l’Archevêché qui subsista jusqu’en 1831 entre le flanc sud de Notre-Dame et la Seine.
A l’opposé des Grands Degrés s’élève d’Harcourt, situé autrefois à proximité du Collège de la rive gauche. Enfin la rampe conduisant à la passerelle jetée sur la Seine devant le palais des Armées de terre et de mer est ornée d’une bretèche en bois à trois étages, de la Renaissance, et de maisons du onzième siècle ; puis une réduction de la Foire Saint-Laurent célèbre au dix-huitième siècle.
Cette description de la partie construite du Vieux Paris ne donnerait q’une faible idée de ce qu’est réellement cette artistique reconstitution. C’est presque une résurrection qu’on devrait dire, car le Vieux Paris est essentiellement vivant. Du matin jusqu’au milieu de la nuit, l’animation ne cesse pas, justifiée par les innombrables marchands installés dans les échoppes, dans les magasins, les cabarets, les auberges, hostelleries, théâtres, où la foule s’entasse avec un bruissement de rires joyeux. Le Grand Théâtre, situé au-dessus des Vieilles Halles, donne l’hospitalité aux concerts Colonne. La salle si vaste et si caractéristique est une sorte de halle en bois dont les travées ont plus de vingt-six mètres de portée. Les lustres ou lampadaire habituels sont remplacés par des lanternes suspendues à leurs poulies, et les sièges, de plain-pied, sont en vieux chêne. Au fond, la scène est fermée par de magnifiques tapisseries du dix-septième siècle représentant des batailles de Lebrun, d’une conservation parfaite.
La population de cette véritable petite ville porte le costume des quatre époques : moyen âge, Renaissance, dix-septième et dix-huitième siècles jusqu’à la Révolution. Les enseignes pittoresques battent le vent ; on court des trois Ecritoires à la Roue de la Fortune ; à la Chèvre qui harpe ou aux Trois Visages ; on s’arrête à l’étalage de la marchande de frivolités comme à celui de l’antiquaire ; on passe des médailles de Saint-Julien aux bibelots du Chat qui pêche, et le temps passe si vite, si vite, que l’on ne songe plus au léger anachronisme qui peut résulter de la foule moderne circulant à travers les vestiges des époques anciennes, coudoyant hommes d’armes, mousquetaires et bourgeois pittoresquement costumés : Le public, c’est tout simplement un siècle, qui s’ajoute aux siècles écoulés !

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Librairie Hachette & Cie – 1901