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Suède


Suède à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : F. Boberg

Au sortir de Monaco, nous trouvions le palais de la Suède, qui était certes une des constructions les plus originales de la Cité des Nations. C’était un étrange assemblage de tourelles, de clochetons, de pavillons, de mâts, reliés ensemble par de légères passerelles, le tout entièrement en bois de sapin et recouvert, façade, piliers et toitures, d’une carapace en écailles formée de latte découpées et superposées comme les ardoises de nos toits. L’architecte avait voulu nous donner une idée des coquettes maisonnettes que le touriste rencontre fréquemment dans les campagnes suèdoises ; mais l’ensemble avait quelque chose de maritime et, avec les haubans qui le garnissaient et dont les drapeaux multicolores flottaient gaiement au vent, donnait l’impression de la superbe structure d’un cuirassé paré pour un jour de fête. L’aspect était, en somme, chatoyant et gracieux.

Un vaste porche, enjambant le quai, donnait entrée dans l’intérieur, qui se composait d’un hall octogone coiffé d’une coupole de bois, claire, lumineuse. Une frise de broderies suédoises, aux vives nuances, encadrait la salle sur laquelle s’ouvraient de charmantes pièces où étaient exposées les industries des diverses parties de la Suède. Ici se trouvaient les plus fins tissus de la Scanie et de la Dalécarlie, si réputées pour leurs manufactures de produits textiles ; là, l’Ostrogolthie exposait ses dentelles, à côté de très curieuses parures en or martelé, auxquelles travaillaient des orfèvres lapons, un homme et une femme vêtus d’un costume très original. Plus loin, c’étaient des ouvrières vêtues du costume nationale, qui, devant le métier, tissaient des tapis sous les yeux du public. Dans une autre pièce, des photographies et de nombreux albums mettaient sous nos yeux les sites les plus intéressants de ce superbe pays qu’est la Suède. Enfin, au fond du hall, s’ouvrait un salon de réception, d’une décoration charmante et qui faisait grand honneur au goût suédois ; c’était comme partout maintenant, du « modern style », mais très sobre et fort bien compris. Mais il ne fallait pas quitter le rez-de-chaussée sans voir les deux dioramas qui y étaient installés et dont l’étroite entrée s’ouvrait de chaque côté de la salle centrale ; c’étaient deux véritables bijoux, et il nous semblait qu’on n’avait jamais rien fait de plus joli, de plus saisissant, dans ce genre.

Le premier de ces dioramas (à droite) nous montrait le port de Stockohlm, pendant une nuit d’été, la nuit de la Saint-Jean (24 juin), une des plus courtes de ces régions puisque le soleil n’y quitte l’horizon que pour quelques instants. Il était minuit. La ville était endormie, les quais étaient déserts, baignés dans une eau limpide, à laquelle des moteurs électriques imprimaient un courant que connaissant bien tous ceux qui ont visité la capitale de la Suède ; au premier plan se balançait une bouée. L’illusion était complète. Au fond une rangée de navires étaient ancrée devant le château royal dont la masse imposante barrait l’horizon, et sur tout ce ravissant tableau se reflétait cette teinte de lumière grisâtre qui n’est ni le crépuscule, ni l’aurore et qui caractérise les nuits d’été sous ces latitudes.

Le second diorama représentait la plaine glacée de Gellivare, à 110 kilomètres au nord du Cercle polaire, pendant la longue nuit d’hiver. AU premier plan, dormant au pied d’arbuste couverts de neige, on voyait un troupeau de rennes domestiques que gardait un Lapon. Les étoiles scintillaient d’un éclat étrange à l’horizon, tandis qu’au loin une aurore boréale projetait son éclatant feu d’artifice. C’était d’un charme profond et impressionnant.

En quittant le hall, deux escaliers ouvrant sous le vestibule d’entrée conduisaient à une petite pièce du premier étage qui donnait sur la large terrasse couverte dominant la Seine. On avait garni les murs et les voûtes de l’escalier, ainsi que la pièce qui les réunissait, de tous les objets employés aux sport d’hivers en Suède. On y voyait une collection complète des raquettes que l’on emploie pour marcher sur la neige, de skis, ces immenses patins de bois, longs parfois de plus de 3 mètres, avec lesquels les soldats de l’armée suédoise, aussi bien que les sportsmen, franchissent sur le sol glacé d’ énormes distances à une vitesse vertigineuse. Nous trouvions là aussi des séries de patins, des traîneaux à voile, des tobogans.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Librairie Hachette & Cie – 1901