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Monaco


Monaco à l'exposition de Paris 1900

Ce n’était pas sans quelque surprise que l’on voyait figurer dans la Cité des Nations, au premier rang des puissances européennes, entre l’Allemagne et la Suède, la principauté de Monaco, ce minuscule état, le plus petit du globe et dont le territoire de 2200 hectares, enclavé sur notre littoral, atteint à peine les dimension d’un grand domaine. En lui accordant sur ce point privilégié et si vivement disputé un emplacement aussi considérable, hors de proportion avec son importance réelle, la commission d’organisation de l’Exposition avait voulu sans doute témoigner de son estime pour les remarquables services rendus à la science par un prince qui, d’autre part, a toujours témoigné un si vif dévouement à la France et dont le fils sert en ce moment sous nos drapeaux.

Le prince Albert a, du reste, très généreusement profité de ce privilège. Le pavillon qu’il a fait élever n’était pas un des moindre ornements du superbe décor qui bordait la Seine sur ce point. De vastes proportions, il nous représentait la reproduction de diverses parties de l’antique résidence monégasque des Grimaldi. Une haute tour féodale du XIIIe siècle, percée de créneaux, se dressait sur le bord même qu quai et dominait l’ensemble de l’édifice, dont la façade principale tournée vers l’est et de style Italie, portait au premier étage une élégante galerie à arceaux, décorée de fresques d’après des peintures du palais de Monaco.

Le centre du palais était occupé par une cour vitrée entourée de deux étages d’arcades et où l’on avait groupé de magnifiques plantes exotiques cultivées sous le ciel béni de la Côte d’Azur.

Au rez-de-chaussée, quelques spécimens de faïence, de ciments, de liqueurs représentaient la modeste industrie de la principauté. Tout le reste du palais était consacré à l’exposition des collections scientifiques réunies par le prince au cours de ses nombreuses croisières. Le prince Albert parcourrait, en effet, depuis plusieurs années l’océan sur son yacht Princesse-Alice, admirablement aménagé dans ce but, pour en explorer les profondeurs et en étudier les êtres, si peu connus jusqu’ici, qui les habitent.

Continuant les remarquables travaux de Milne-Edwards, il nous avait ainsi révélé une faune marine dont les nombreux échantillons rangés dans les vitrines nous faisaient apprécier la bizarrerie des formes et l’étrangeté de l’organisme.

A côté de poissons diaprés des plus vives couleurs du prisme, aux gueules énormes, au nageoires finement dentelées, nous pouvions voir des monstres aveugles, aux longs tentacules, d’extraordinaires crustacés, des actinies armées de ventouses, tout un monde mystérieux et redoutable qui s’agite et grouille dans ce fond de la mer où jamais ne parvient la lumière du jour et sur lequel pèsent des pression énormes allant jusqu’à 200 et 300 atmosphères qui aplatiraient notre organisme comme une feuille de papier.

Devant les vitrines, on avait disposé les filets de fine gaze de soie d’une grande résistance et les lourds chaluts qui servent à draguer ces abîmes. De nombreuses aquarelles garnissant les murs permettaient de suivre ces diverses opérations.

Enfin, dans le sous-sol, où fonctionnait un cinématographe, qui nous faisait assister aux principales scènes de la vie monégasque, un beau panorama nous présentait une vue d’ensemble du minuscule, mais admirable territoire de la principauté.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Librairie Hachette & Cie – 1901