Retour - Liste Pavillons

Italie


Italie à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Carlo Ceppi et Salvadori

Avec son immense façade de 65 mètres de longueur, ses portiques sculptés, encadrés de mosaïques éclatantes, ses fenêtres en ogive et ses hautes coupoles dorées, le palais de l'Italie ouvreait magnifiquement la ligne des pavillons officiels étrangers. Il était le premier, en effet, que l'on rencontrait en abordant cette section de l'Exposition et l'une de ses façades latérales s'appuyait au pont des Invalides.
les architectes italiens chargés de la construction de ce superbe pavillon se sont inspirés de l'art vénitien du XVIe siècle, dont ils ont réuni ici quelques-uns des types les plus remarquables, mais sans chercher à reproduire servilement un des édifices de la Reine de l'Adriatique. C'est ainsi que le motif dominant était la copie de la célèbre porte du palais des Doges, dite dalla Carta - C'est à dire de la lettre- parce qu'elle était réservée à ceux qui étaient mandés par lettre spéciale devant le terrible Conseil des Dix.
Cette porte, édifiée en 1455 par Bartolomeo, était répétée quatre fois, au centre de chacune des façades. Elle se composait d'un grand cintre, s'appuyant sur de fortes piles; celle-ci se couronnait par des pinacles octogonaux et les faces des pile étaient décorées de moulures, de statues et de pinacles secondaires. Un grand pignon réunissait les deux piles et se terminait par un groupe de figures, tandis que l'arête de chaque pignon se couronnait d'une crête feuillagée. Le tympan du pignon était rempli par un champ de mosaïques ( imitées en peinture) sur lequel se détachait l'écusson de la maison royale de Savoie. Le plei cintre était rempli par des meneaux ajourés reposant sur des trèfles. Un balcon s'ouvrait au-dessus d'une porte à linteai droit. Les pinacles et leurs piles se répètaient deux fois, séparant trois baies à meneaux historiés. Au-dessus de ces baies se dressait une muraille des briques percée d'ouvertures en forme de trèfle. Ce motif se répètait à chaque angle et était surmonté d'un petit dôme en bronze doré. Au centre, couronnant l'édifice, une grande coupole également en bronze doré et terminée par un clocheton reproduisait la principale coupole de la cathédrale de Saint-Marc.
Tout cet ensemble chatoyant de couleurs et d'ors étincelants au soleil était d'une grande richesse. Le détail de l'ornementation avait été exécuté avec le plus grand soin et les nombreuses statues qui ornaient les façades étaient de très exacts moulages d'oeuvres célèbres. Mais, en somme, cen'était là qu'un décor éphémère et qui ne résisterait sans doute pas à un hivers de notre climat parisien. Ici, comme du reste pour tous les brillants édifices destinés à ne durer que le court espace de temps de l'Exposition, on ne s'était servi que de plâtre, de paille et de bois. Ce somptueux palais n'était qu'une carcasse de planches revêtues de souples paillassons de roseaux enduits de staff, et quelques coups de pioche l'auront, à l'instant voulu, mis par terre. Mais qu'importe si l'on obtenait ainsi ces superbes effets à peu de frais et en assurant, ce qui était l'essentiel, l'absolue sécurité des visiteurs.
L'intérieur du palais de l'Italie formait un énorme vaisseau autour duquel courrait une haute galerie soutenue par des arcatures légères. sa vaste coupole, décoré de guirlandes de feuilles peintes à fresque, et ses fenêtres ogivales, ornées de vitraux dont les couleurs scintillaient au soleil, lui donnaient un aspect de cathédrale.
On y avait réuni les sections d'industries d'art italiennes, et la nef était remplie du chatoiement des céramiques et des poteries de Pesaro, de Vicence et de Florence, des glaces et des verreries de Murano, des bronzes-copiés de l'antique-de Rome, des ferronneries d'art, des porcelaines, des biscuits, des terres cuites. Les dames y admiraient de belles broderies et d'admirables dentelles de Florence et de Venise.
Dans un angle du palais, on avait reconstitué un cabinet florentin de la fin du quizième siècle, qui était un parfait échantillon de la Renaissance italienne. Sous un superbe plafond à caissons on avait disposé le trône de Julien de Médicis, de superbes vitraux de la Chartreuse de Florence et de la bibliothèque de Laurent le Magnifique, des bas-reliefs toscans anciens, et, comme ameublement, des fauteuils de tapisserie en point de Hongrie, une cheminée en pierre sculptée de Florence, des torchères et des chenets en bronze finement ciselé, de beux plats décoratifs disposés sur des tentures en damas vieux vert. Au centre une reproduction d'un meuble de la bibliothèque de Florence supporte un album plei de document rares se rapportant à l'histoire de la Renaissance italienne.
Les galeries supérieures, entouirant la nef, étaient consacrées aux produits des écoles industrielles et agricoles du royaume.
En résumé, exposition très inétressante, mais où il était regretable que l'italie ne nous aie pas envoyé, comme l'on fait d'autres nations, un plus grand nombre de merveilles d'art ancien dont elle est si riche.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Libairie Hachette & Cie - 1901