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Finlande


Finlande à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Saarinen

C'était un élégant pavillon qui se dressait de l'autre côté de la Rue des Nations. La Tsar avait autorisé cette province russe à avoir son exposition particulière et elle avait très intelligemment profité de cette autorisation.
L'architecte finlandais, chargé de l'érection du pavillon, avit pris pour modèle une église finnoise de type archaïque et avait tiré de ce motif une constrution fort originale.
C'était un long bâtiment aux murs bas coiffés d'une toiture aiguë, terminé en abside et surmonté au centre d'un clocher octogonal couronné d'une sorte de tiare percée de mansardes à rayons flamboyants. Sur la face de la tour, dont la base s'appuyait sur quatre ours à la gueule grimaçante, s'étalait l'aigle d'or de Russie, tandis que le fronton triangulairede l'entrée principale était timbré des armes de Finlande. Les trois portes qui donnaient accès d'un cordon circulaire composé, sur deux des portes, de têtes de loups, et sur la troisième, d'écureuils gambadant. Pour compléter cette ornementation d'une saveur toute barbare, entre les consoles qui supportaient la saillie du toit étaient placées d'énormes grenouilles accroupies, et aux angles se détachaient des pommes de pins supportant de légers clochetons.
L'intérieur reproduisait de même la disposition ordinaire des églises de campagne : au milieu la nef, à chaque extrémité de choeur et le jubé; mais la toiture coupée de larges vitrages, les murs peints de couleur claire, inondaient de lumière le vaste hall et lui enlèvaient toute sévérité d'aspect. Les bas-cotés étaient divisés en petites travées, très coquettement décorées qui abritaient les diverses sections.
Quoique de proportions restrieintes, l'exposition était très intéressante. En entrant par la porte des Ecureuils, à l'extrémité occidentale, on pénètrait dans ce qui représentait le porche de l'église, petite pièce ornée de tapis, de couvertures aux couleurs vives sur lesquelles étaient disposés en panoplies les menus oblets fabriqués par les paysans finnois : jolies bourses de cuir, souliers et sandales tressées, couteaux de toutes dimensions, cuillères de bois. Au-dessus du porche était une petite tribune où conduisait un petit escalier et dont les murs étaient recouverts par un trophée de skis, ces patins de bois, longs parfois de 3 mètres, et qui servaient à courir sur la neige dans tous les pays de l'extrème Nord.
La nef claire et gaie, où l'on entrait ensuite, nous présentait les principaux produits de l'industrie et de l'agriculture du pays. Parmi ceux-ci on remarquait une vitrine occupée par les gerbes de seigle, d'orge et d'avoine, dont les tiges dépassaient la heuteur d'un homme; il y avait là un sujet de surprise pour ceux qui considèraient ce pays comme déshérités de la nature; le sol, il est vrai, y est rare, l'eau courante, les lacs et les marais couvrant les deux tiers de la Finlande, mais partout où il peut être cultivé il se montre singulièrement fécond. Des statistiques en français, mises à la disposition des visiteurs, démontraient que le rendement de l'orge et du seigle atteint, etdépasse même, celui des pays les plus favorisés; il fallait ajouter que la culture en Finlande, en général aux mains de grands propriétaires, était conduite selon les procédés les plus modernes. Un autre produit du sol finnois à signaler était le lin, dont on fabrique depuis le quizième siècle des toiles renommées dans tous les pays du Nord.
Au-dessus des vitrines courait une frise formée de toiles où étaient figurées des scènes de la vie finlandaise, des paysages.
De la nef nous passions dans le choeur dont la haute voùte en coupole était aussi décorées de fresques d'un art tout moderne représentant des scène de la légende finnoise Kalevala.
Au centre de la salle, dans un petit pavillon vitré élévé sur un soubassement de superbes granits polis de nuances variées, était disposée une énorme météorite tombée au village de Bjurböle en mars 1899.
L'abside, qui terminait le bâtiment, avait été réservée à l'exposition maritime. On y voyait des modèles de bateaux et aussi de nombreux engins emplyés par les pêcheurs, sur les murs, des cartes à grande échelle nous montraient l'extraordinaire ramification des grands lacs finlandais, entre autres du Saïma, découpé par un nombre infini d'îles. On remarquait aussi dans cette salle un curieux intérieur finnois, dont les massifs meubles de bois, le poêle en faïence vernie, les étagères garnies de vases de cuivre, les tentures de toile peinte raviront les amateurs d'ameublements éxotiques.
Il ressortait de lavisite de cette charmante exposition que le petit peuple finlandais était plein de vie et d'énergie et qu'il méritait que le colosse russe devenu son maitre, le traite avec douceur et lui conserve l'autonomie à laquelle il était si profondément attaché.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Libairie Hachette & Cie - 1901