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Bosnie Herzégovine


Bosnie Herzégovine à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Paneck

Dans ce vaste pavillon qui était consacré aux provinces orientales de la Monarchie, la Bosnie et l’Herzégovine, tout nous rappelait que nous étions dans un pays naguère encore aux mains des Turcs et dont une partie de la population est encore musulmane. Aussi l’architecte a-t-il pris comme type une des anciennes résidences seigneuriales au temps de la domination ottomane. Une haute tour massive dominait la toiture de l’édifice qui était coupée de galeries et de terrasses superposées. C’était comme les postes d’observation d’un donjon qui faisait partie jadis de toutes les demeures seigneuriales de la Bosnie, alors qu’elle était en lutte constante contre le Turc et ses soldats pillards. Cette sorte de fortifications, avec ses postes supérieurs, permettait d’inspecter les environs et d’observer les mouvements de l’ennemi. Mais la tranquillité une fois acquise, les besoins se modernisèrent. Les murs de ces forteresses furent percés de larges baies. C’est ainsi que l’autre partie de l’édifices était d’un tout autre style. Elle se composait d’un corps de logis rustique avec des galeries extérieures formées d’arceaux qui soutenaient des colonnades en marbre rose. Les façades étaient décorées par des applications de bois merveilleusement sculptées ou par des mosaïques aux couleurs éclatantes, sur lesquelles se détachaient les tons verdoyants de plantes vivaces qui grimpaient jusqu’aux balcons faisant saillies aux étages supérieurs. »
On avait réuni dans l’intérieur de ce palais non seulement tous les produits des deux provinces de Bosnie et d’Herzégovine, mais aussi tout ce qui pouvait donner au public un aperçu de l’histoire et des mœurs de leurs habitants. C’est ainsi qu’en entrant sous le vestibule on trouvait, à droite, une très fidèle reproduction du haremlik ou appartement de famille d’un riche musulman bosniaque, animé par des personnages vêtus de costumes pittoresques, tandis que du côté opposé on nous présentait un salon disposé selon le goût moderne, mais avec des meubles et des tentures fabriqués dans le pays.
Dans le grand hall où l’on entrait ensuite, on avait groupé sous des vitrines les intéressants produits des écoles d’art décoratif des deux provinces : métaux incrusté, vases de cuivre gravé, cuirs frappés, etc. Le fond de cette vaste salle, luxueusement décorée, était rempli par un immense diorama de la ville de Séraïévo, avec sa place du marché grouillant de monde, ses rues étroites et la perspective de ses maisons et de ses mosquées s’étageant sur les flancs d’une pittoresque colline. Devant ce diorama, on voyait des ouvrières indigènes exécutant ces belles broderies si réputées en Orient, et dans d’autres parties du pavillon étaient installées des ateliers où orfèvres, ciseleurs, chaudronniers, vêtus d’élégants costumes, travaillaient sous les yeux du public. Une salle, à droite du hall central, renfermait une superbe collection archéologique d’armes, de bijoux et d’étoffes d’une incomparable richesse. Puis çà et là, on avait disposé des mannequins revêtus des riches costumes des femmes indigènes.
La partie technique de cette exposition était complétée par des galeries du premier étage où, à côté des échantillons des produits de ce riche territoire, grains, vins, tabacs, miels, etc., on trouvait les sections des travaux publics, de l’enseignement primaire, accompagnées de reproductions de mosquées, d ‘écoles, d’édifices publics.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Librairie Hachette & Cie – 1901