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Belgique


Belgique à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Acker et Mankels

Au seizième siècle, après avoir chassé leurs seigneurs, les bourgeois des Flandres se hâtèrent de construire dans chacune de leurs villes, devenues autant de républiques indépendantes, de vastes maisons communes où les citoyens se réunissaient pour discuter les affaires d’état et dont le fier beffroi se dressait haut au-dessus de la cité comme un emblème de la liberté conquise. On voulut que ces palais du peuple effaçassent par leur grandeur et leur magnificence ceux des tyrans vaincus, et architectes, sculpteurs, décorateurs, peintres, furent convié à rivaliser de recherches artistiques dans l’érection de ces édifices. De là surgirent ces monuments admirables qui sont aujourd’hui l’orgueil de la Belgique. Aussi le commissariat général belge a-t-il été bien inspiré en choisissant parmi eux un modèle pour son palais de la Rue des Nations.
Le choix des commissaires s’était porté sur l’hôtel de ville d’Audenarde, construit en 1530 par le célèbre architecte bruxellois Van Pede et dont on avait reconstitué au quai d’Orsay, avec une scrupuleuse exactitude, au moyen de moulages soigneusement exécutés sur les sculptures et les statues originales, tout le pavillon central, en supprimant les parties latérales moins intéressantes. Tel qu’on nous le présentait, c’était un édifice d’une élégance admirable tant par sa simplicité de son ordonnance, où tout était symétrique pondéré, que par la richesse de son ornementation dont la légèreté et la délicatesse faisait de l’ensemble un joyau ciselé dans la pierre.
La façade principale s’étendait sur la large esplanade qui séparait ce palais de celui de la Grande Bretagne. Elle présentait un portique saillant à sept arcades supportant un large balcon au-dessus duquel se dressaient deux étages percés de fenêtres ogivales à meneaux et couronnés par une corniche découpée à jour, dont chaque pilastre porte une statue de guerrier du moyen âge. Au-dessus de l’arcade centrale du portique s’élevait, en saillie sur la façade, le beffroi, carré jusqu’à hauteur de la corniche, puis s’épanouissant au –dessus en un campanile octogone, véritable dentelle de pierre dont la couronne aux volutes ajourées porte à 40 mètres de hauteur au-dessus du sol l’effigie dorée d’un guerrier flamand armé de pied en cap. La toiture de l’édifice, très haute et à pente raide, était décorée de deux grandes lucarnes ornées de clochetons, de sculptures, de statues.
Les autres façades du palais étaient plus simples, mais appartenaient à la même ordonnance. Sur le quai, un joli perron profilait sa haute balustrade couronnée de lions héraldiques, tandis que vers la Rue des Nations s’avançait une large terrasse où les visiteurs dégustaient les produits d’une brasserie belge.
L’intérieur de l’édifice était, comme l’extérieur, une reproduction de l’hôtel de ville d’Audenarde. Le rez-de-chaussée, sorte de salle des pas perdus dont la voûte basse, à nervures, était supportée par de nombreux piliers, a été partagé en trois grandes pièces. Deux étaient réservées à l’exposition des ville belges. Elles étaient décorées de toiles fixées aux murs et qui représentaient les principales cités de la Belgique. On y voyait Dinant avec ses curiosités les plus célèbres ; la grotte de Han, et le château de Walsin, sur la Lesse ; la ville d’Audenarde, avec son hôtel de ville ; Bruxelles, avec Sainte-Gudule et l’hôtel de ville ; Namur, avec la vallée de la Meuse ; Gand, Bruges, Anvers, Spa, ce dernier avec un site ravissant des environs de la fontaine du Pouhon. Sur les tables, des livres, des albums de photographies complétaient cet aperçu des curiosités de la Belgique.
La troisième salle du rez-de-chaussée, à gauche du passage central, était affectée à la Presse. Elle était décorée de superbes tableaux exécutés par les maîtres les plus réputés de l’école flamande.
Un escalier monumental conduisait au premier étage où la principale pièce, occupant toute la largeur de la façade, reproduisait la grande salle de l’hôtel de ville d’Audenarde avec sa haute cheminée au manteau polychrome orné de sculptures et de statuettes gothiques. Là les murs étaient décorés de peintures représentant les écussons aux armes des différents corps de métiers. De magnifiques et très anciennes tapisseries flamandes, qu’avait prêtées pour la durée de l’Exposition le collectionneur belge bien connu, M. de Somzée, couvraient une partie des parois. Parmi ces tapisseries, d’une valeur incomparable, les plus belles étaient celles qui représentaient la vie de Roland et la glorification de Dieu et de l’Eglise. Au centre de la salle étaient disposés dans des vitrines quelques objets d’art, entre autres une belle châsse de Saint Antoine de Padoue et de Saint Nicolas avec fines peintures qui représentaient des scènes de la vie de ces deux saints.
La pièce voisine, donnant sur le quai, était une salle échevinale de l’hôtel de ville d’Audenarde . Elle était également décorée de très anciennes tapisseries flamandes de la collection Somzée, parmi lesquelles une très belle Ascension et un Christ au Golgotha, et de divers tableaux parmi lesquels les portraits du roi Léopold II par le peintre Leempoels, et du prince Albert, héritier du trône, par le peintre Mast. On y voyait également les bustes du roi et de la reine de Belgique exécutés par le sculpteur Vincotte.
L’étage supérieur du palais était réservé au commissariat général et aux chambres de commerce belges.
En résumé, cet immense édifice était un peu vide, et désappointait les visiteurs qui sortant des pavillons de la Grande-Bretagne et de la Hongrie venaient de contempler tant de merveilles accumulées. Il était regrettable que la Belgique, si riche en collection artistique, n’ait pas imité ces deux pays et n’ait pas profité des vastes dimensions de son pavillon officiel pour nous présenter une exposition rétrospective plus complète.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Libairie Hachette & Cie - 1901