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Autriche


Autriche à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Baumann

Le quatrième édifice de la rue des Nations était, auprès des Etats-Unis, celui de l'Autriche, un ravissant château construit d'après le projet de l'architecte en chef, M. Baumann; l'ornementation architectonique, sculptures, ornements en fer forgé, etc., avaient été exécutés par des industriels autrichiens. Le choix du style, le barocco et l'approbation des plans avaient eu lieu d'après le vote unanime du conseil adjoint au commissaire général, M. Exner. L'espace, très favorable, avait été concédé grâce à une démarche de S. E. le ministre des Affaires étrangères et de la Maison Impériale, le comte Goluchowski. C'est dire que S. M. l'empereur François-Joseph avait donné tout son patronage à l'entreprise.

Au rez-de-chaussée du Palais, qui était situé sur la plate-forme, on pénétrait par une porte monumentale dans un grand hall qui conduisait, à gauche, dans une galerie et dans deux salons carrés. Dans ces trois dernières pièces, la ville de Vienne avait organisé son exposition.

Dans la galerie, se trouvait la statue équestre de l'Empereur Rodolphe de Habsbourg, du sculpteur Scèle. L'importance du rôle joué par Vienne dans l'histoire de la musique y était symbolisée par les statuettes en bronze des anciens maîtres : Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert et par les bustes, également en bronze, des maîtres modernes : Brahms, Bruckner, Jean Strauss, Hugo Wolf. Cette petite galerie d'honneur était l'œuvre des sculpteurs Kauffungen, Rathausky, Scherpe, Seyfert et Weigl. A l'entrée se trouvait une statuette équestre de Léopold Ier, de Costenoble.

Les deux salons étaient exécutés par MM. Portois et Fix, de Vienne.

L'un des salons, en acajou avec ornementations en bronze doré mat, renfermait une frise murale très précieuse pour laquelle on avait utilisé quelques esquisses originales du Cortège de Makart.

On y avait placé quelques anciens tableaux dont le sujet est relatif à la part qui revient à Vienne dans les progrès accomplis au cours du dernier siècle : une Soirée en l'honneur de Schubert dans une maison bourgeoise de Vienne, de Jules Schmid, le Salon du Conseiller aulique Dumba, où se trouvent réunis de célèbres artistes Viennois, par Temple. On y voyait aussi un buste en marbre de Grillparzer, du sculpteur Bitterlich, qui représente le poète jeune, à l'époque où il créa son œuvre immortelle.

L'autre salon, blanc et vert, contenait des tableaux qui représentent la ville de Vienne, elle-même : tout d'abord une grande Perspective à vol d'oiseau de Vienne en 1900, dessinée par Pendl, peinte par Darnaut, puis deux vues : la Place Saint-Etienne à l'époque de la Confirmation et la Place de l'Hôlel-de-Ville, le soir, à l'heure de la musique, peintes par Geller; enfin deux dessus de porte : le Corso de la Ringstrasse et le Corso au Prater, peints par Lenz. Les deux aquarelles de Rodolphe Alt, l'Ancien Hôtel de Ville et l'Atelier de Makart, étaient dressées sur chevalet.


MM. Mayreder, architecte, professeur, et M. Glossy, étaient les auteurs de cette partie de l'Exposition.

Du grand hall, on parvenait dans l'exposition collective des Bains et Villes d'eaux de l'Autriche située dans l'axe de l'édifice, en arrière du grand Palais. A droite se trouvait l'exposition de la Presse autrichienne, avec salon de lecture.

Un pavillon circulaire, situé sur la façade antérieure et à l'angle droit du bâtiment, formait un salon de réception exécuté aussi par la maison Portois et Fix et qui était un objet d'exposition. Le bois était de l'érable, les appliques et les incrustations étaient en argent. Les murs étaient tend us de salin blanc garni d'applications. L'ensemble paraissait très distingué. Le salon a servi pour la réception des membres de la Cour Impériale et Royale. La simplicité dans l'exécution correspondant aux matériaux employés, était particulièrement digne d'attention.

Un escalier en fer à cheval, supporté par de puissantes cariatides, conduisait au premier étage. Dans trois galeries ouvertes étaient exposés des tableaux de peintres de Bohême et de Pologne.

A ce premier étage se trouvait l'exposition de la «Société d'encouragement des intérêts dalmates » qui, par cette exposition, se proposait d'attirer l'attention du monde entier sur ce beau pays, si peu apprécié selon ses mérites, sur cette nature pittoresque, sur sa population aux costumes multicolores et sur ses monuments historiques.


Cette exposition, dans l'organisation de laquelle le président de la société, comte Jean Harrach, ainsi que le conservateur du Musée Impérial de Vienne, M. le Dr Haberrandt, s'étaient particulièrement distingués, captivait l'œil par le charme des costumes, les riches broderies, de style national, par les armes, les produits de l'industrie domestique et par la bijouterie indigène, et présentait ainsi un tableau des plus clairs du pays. Cette exposition aura sans doute pour résultat d'amener dans cette très intéressante contrée une recrudescence de visiteurs.

La faune du pays était représentée par quelques spécimens curieux (schakal, pélican), le sol par des roches, etc.

Les merveilleuses beautés naturelles de la Dalmatie étaient figurées par les tableaux comprenant les remarquables aquarelles de Ludwig Hans Fischer, de Rudolf Swoboda et par de nombreuses photographies parmi lesquelles les vues prises par S. A. I. et R. Mad. l'Archiduchesse Josepha.

Les richesses archéologiques si imposantes du pays étaient montrées dans les photographies de M. Joseph Wlha de Vienne, placées sur deux étagères tournantes. La configuration du sol se reconnaissait dans la carte en relief de
Freytag et Berndt de Vienne.

Sur le côté gauche étaient situés le bureau du commissaire général et l'exposition autrichienne des Postes et Télégraphes, celle-ci extrêmement importante en raison des perfectionnements et des inventions
nouvelles qui y figuraient.

Nous serions tout à fait injustes si nous ne mentionnions très particulièrement l'organisation du commissariat général d'Autriche, qui a été modèle. Les Autrichiens sont renommés pour leur grande courtoisie. Ils ont fait d'incroyables efforts pour justifier cette réputation et ils y sont parvenus : leur commissariat général, en outre de son bureau de la rue des Nations, occupait un hôtel particulier, avenue d'Antin, qui était admirablement installé.

Des artistes autrichiens demeurant à Paris avaient, avec beaucoup de prévenance, contribué à pourvoir le commissariat de tableaux et d'objets d'art.

Pendant la durée de l'Exposition, le commissaire général a organisé dans ses bureaux, à époques régulières, une série de réceptions qui réunirent les visiteurs autrichiens de l'Exposition.

L'emplacement du commissariat général était, d'ailleurs, extrêmement bien choisi, puisque, tout en étant situé dans un des quartiers les plus élégants de Paris, il se trouvait dans le voisinage immédiat, on pourrait même dire exactement à la périphérie de l'Exposition. On y recevait toujours le plus cordial et le plus obligeant accueil.

Et quel sens pratique de la mise en valeur de leur exposition ont montré les Autrichiens! Ils ont publié un catalogue officiel édité par les soins du commissariat général I.-R. qui contenait en douze petits volumes correspondant à la classification française de l'Exposition, les données officielles relatives à la participation de l'Autriche à l'Exposition.

Chaque volume était divisé en trois parties : la première avait pour but d'exposer dans quelle mesure l'Autriche a contribué aux progrès accomplis au xixe siècle dans le groupe dont s'occupait le volume ; la deuxième contenait l'exposé de la situation économique et la statistique de chaque industrie ; la troisième enfin comprenait la liste des industriels autrichiens qui exposaient dans la section contemporaine du groupe, et le catalogue des objets exposés.

Ce catalogue était publié sous la direction de M. Ign. Wottitz, ingénieur, ancien inspecteur en chef des chemins de fer; il comprenait un grand nombre d'études historiques et scientifiques, rédigées par des spécialistes, sur les découvertes, les inventions et les perfectionnements importants que peut revendiquer l'Autriche dans les divers domaines de l'activité humaine; enfin il était orné des portraits des Autrichiens qui ont le plus efficacement contribué au progrès au cours du xixe siècle, ainsi que de nombreuses gravures, et il était édité dans son ensemble avec un luxe particulier qui distingue les impressions viennoises.

Cet ouvrage était une merveille d'ordre, de clarté, et il a rendu bien des Français — et d'autres exposants — jaloux. La prévenance du commissaire général pour ses concitoyens avait été jusqu'à leur offrir, en allemand et en français, un Livret-guide à l'Exposition et à Paris qui demeure, pour des Parisiens même, un parfait cicérone.

L'Autriche, d'ailleurs, n'avait point que le Pavillon du quai d'Orsay. Son drapeau flottait encore sur deux autres constructions spéciales : un restaurant viennois à l'Esplanade des Invalides, et un chalet tyrolien au pied de la Tour Eiffel. Ce chalet composait comme une exposition minuscule du Tyrol qui y avait déposé ses produits les plus expressifs. Il était construit dans le style, original entre tous, des maisons des gentilshommes-paysans de la vallée d'Eppau.

Pour le reste de ses produits et de ses œuvres, l'Autriche était représentée dans les dix-huit groupes de l'Exposition.

Elle s'était même fait représenter au groupe d'Horticulture, où figuraient quelques-uns des plus précieux exemplaires de la flore des jardins impériaux de Schœnbrunn.?L'empereur d'Autriche, outre sa bienveillance officielle, avait pris une part directe à l'organisation de la section autrichienne. Au groupe de la Décoration et du Mobilier, les visiteurs admiraient une exposition spéciale de l'art décoratif autrichien depuis cent ans. Cette exposition était l'œuvre personnelle de François-Joseph, qui l'avait dotée de 50000 florins pris sur sa cassette particulière.

Cette sollicitude du souverain autrichien se retrouvait dans l'importance exceptionnelle qu'il avait donnée à la délégation spéciale choisie parmi les membres de la Commission impériale de l'Exposition de 1900. La présidence de cette délégation avait été confiée par le souverain à l'un des plus grands seigneurs de l'Empire, le prince Carlos Auersperg, aidé des plus grands seigneurs et des plus grands artistes, hommes de lettres ou industriels.

©Paul Gers - 1900