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Guatémala


Guatémala à l'exposition de Paris 1900

Le gouvernement du Guatemala, en raison de la crise économique qui affectait le pays, avait décidé, d'abord, de ne pas figurer à l'Exposition.
Néanmoins, les agriculteurs guatémaliens, dont les cafés étaient jusqu'alors expédiés à Hambourg où ils se vendaient sous une autre désignation de provenance, résolurent de faire connaitre leurs excellents produits en les exposant à Paris et en y établissant une dégustation.


Chargé de recueillir les échantillons nécessaires, M. Mangel constitua un syndicat d'agriculteurs présidé par M. Salvador Herrera et qui obtint l'appui du gouvernement.

Le ministère, en présence de la faveur avec laquelle le public et la presse avaient accueilli ce projet, résolut de le compléter en y ajoutant une exposition de tous les produits agricoles et miniers qui constituent la richesse du Guatemala.

M. René Guérin, chimiste, directeur du laboratoire central du Guatemala depuis de longues années, fut chargé par M. le ministre des travaux publics de réunir et de classer tous les produits intéressants au point de vue commercial et industriel et reçut le titre de délégué du gouvernement à l'Exposition et de président de la commission d'organisation, dont faisaient partie MM. Dario Gonzalès, professeur à la Faculté, et Georges Garcia Salas, ingénieur agronome à la direction de l'agriculture. En moins de deux mois et demi, il parvint à réunir, à classer et à emballer toutes les collections.

En même temps, M. Mangel, après avoir assemblé les principaux échantillons des cafés et des cacaos du pays, partait pour Paris.

Dans les nouvelles conditions qui se présentaient, il devenait indispensable d'obtenir, de la France, l'admission officielle. Les délais, cependant, étaient passés, les terrains occupés. Il fallut tous les efforts de M. Fernando Cruz, ministre du Guatemala à Paris, et toute la gracieuseté du commissariat général français, pour que le Guatemala pût obtenir l'autorisation officielle et l'emplacement nécessaire.

Un pavillon s'éleva rapidement au Champ-de-Mars, avenue de Suffren. M. René Guérin, en sa qualité de commissaire général, procéda sans délai à l'installation des produits.

Le catalogue scientifique, dans lequel M. Guérin a écrit une étude botanique, agricole et industrielle des produits exposés, s'exprimait de la manière suivante au sujet du but poursuivi :

« Au milieu de tant de richesses accumulées de toutes parts dans les palais de l'Exposition universelle de Paris, l'exhibition du Guatemala paraîtra sans doute bien modeste.

« Pays essentiellement agricole, le Guatemala n'a eu d'autre désir, en participant à la grand»' manifestation du travail de la fin du siècle, que de montrer ce qu'il produit en l'actualité et surtout ce qu'il pourra produire dans l'avenir, ainsi que les transformations industrielles dont ses produits sont susceptibles. C'est dans ce but qu'à côté des collections de produits agricoles cultivés ou sylvestres et des substances minérales extraites de son sol, on trouvera tous les renseignements et documents concernant le pays.

« Par le nombre des produits exposés, nombre relativement grand, comparé à l'extension du territoire de la République et à sa population, le gouvernement du Guatemala voudrait convaincre le visiteur qu'il n'est pas douteux qu'en raison des conditions géographiques et climatologiques essentiellement favorables, le pays offre un champ immense, ouvert à tous ceux qui, animes du désir du travail, y voudront décupler les richesses existantes ou en créer de nouvelles. »

M. Guérin a pu voir son initiative récompensée, car le pavillon du Guatemala a été très visité. Il en était digne à tous égards.

Les produits organisés nous présentaient d'abord 240 échantillons de bois d'ébénisterie et de construction. Il y avait là des essences admirables par la beauté et la variété des nuances, depuis le bois très léger jusqu'aux bois durs et lourds. Beaucoup, complètement inconnus, n'ont pas même de nom scientifique. Propres à tous les usages, ces produits ont été justement récompensés par un grand prix.

Les plantes médicinales offraient une collection importante : toutes étaient classées, au nombre de 123, en herbier, en aquarelle, ou à l'état desséché. Très intéressante parle nombre et la qualité, cette section a reçu un grand prix et une médaille d'or.

Une vitrine renfermait des collections d'anciennes poteries très originales. Plus loin, c'étaient des échantillons de bière, le Guatemala en produit déjà, des céréales, parmi lesquelles une collection de haricots de toutes les couleurs et de toutes les formes. Les sacs de café et de cacao abondaient ; ici, gommes, baumes, résines, farines, huiles, graisses, cires végétales, avec les plantes qui les produisent ; là, un fruit du cacaoyer qui présente une conformation singulière : l'enveloppe a pris la dureté du bois ; ce n'est plus une gousse, mais une grosse noix, qui renferme les fèves de cacao. Aux murs s'étalaient des plantes ornementales, les fibres textiles; mais le sucre apparaissait, très varié avec les plantes qui le fournissent. Les produits de l'industrie des Indiens étaient d'une grande originalité.

Le café, article principal de cette exposition, se distinguait par le nombre de ses variétés et la finesse de ses baies. La production est en augmentation régulière dans le pays : de 552 000 sacs en 1889, elle a passé, en 1899, à plus de 700000 sacs. Ces fortes quantités d'un café de première qualité, les visiteurs de la dégustation, chaque jour plus nombreux, l'ont bien apprécié, étaient, jusqu'ici, absorbées par l'Allemagne.

La riche collection géologique et minéralogique n'était pas moins intéressante : elle avait été constituée par M. René Guérin, qui avait mis huit ans pour réunir les divers échantillons.

©Paul Gers - 1900