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Chemin de Fer Electrique


Chemin de Fer Electrique à l'exposition de Paris 1900

A la vérité, le chemin de fer est moins nouveau et surprenant que la plate-forme mobile, comme on appelle souvent aussi le trottoir en question, et cela tout simplement parce qu'il est basé sur les mômes principes, qui sont assez couramment employés aujourd'hui, sinon pour les chemins de fer proprement dits, du moins pour les tramways dont la propulsion est assurée par le courant électrique, et qui sont déjà légion sur notre territoire. Les chemins de fer électriques, il est vrai, exigent une plus grande que les tramways, mais cela s'obtient facilement avec un courant plus important et des moteurs plus puissants; de plus, comme la voie du chemin de fer est isolée, au contraire de ce qui se passe pour la voie de tramway posée au milieu de la chaussée des rues, on peut recourir à des dispositions pour la distribution du courant le long de la ligne. Non seulement le fil aérien, le « trolley », ainsi qu'on l'appelle un peu à tort, ne soulèvera pas d'objections, mais encore on a la possibilité, ce qui vaut mieux, d'établir le long de la voie, soit latéralement aux rails ordinaires, soit entre eux, un autre rail qui ne sert que de conducteur. Les voitures ou les locomotives du chemin de fer portent un trotteur, qui vient constamment glisser sur ce rail et y recueillir l'électricité nécessaire à la propulsion des convois, et cela sans que le frotteur puisse par trop facilement quitter le conducteur, comme cela se produit souvent avec les fils aériens.

C'est sur ce principe qu'est installé le chemin' de fer de l'Exposition, dont le tracé forme une courbe fermée desservant l'Esplanade des Invalides, les quais de la rive gauche de la Seine et le Champ-de-Mars, en revenant ensuite à son point de départ par l'avenue qui réunit l'extrémité du Champ-de-Mars à la partie de l'Esplanade la plus éloignée de la Seine. Ce tracé passe le long du Champ-de-Mars, du côté opposé à celui que desservait, en 1889, le fameux petit chemin de fer Decauville. Ce dernier ne pouvait faire qu'un service de navette, puisqu'il aboutissait à une gare terminus à l'extrémité de la Galerie des Machines, et par suite la circulation n'y pouvait pas être continue. Cette fois, les dispositions sont tout autres, et le train que l'on prend aux Invalides, une fois arrivé au bout de la Galerie des Machines, continue sa route sans autre perle de temps que l'arrêt nécessaire à un stationnement ordinaire. 11 file rapidement le long de l'avenue de La Motte-Piquet, où aucune station n'est prévue puisqu'on se trouve alors en dehors de l'Exposition, et où la voie court sur une sorte de viaduc en bois et en fer, qui soutient les rails à une hauteur de 7 mètres au-dessus du niveau des rues environnantes. Le voyageur rentre ensuite dans l'enceinte et se retrouve sur l'Esplanade des Invalides, en bordure de cette immense place et des palais qui l'occupent : en ce point, le viaduc sur lequel il roulait s'est abaissé peu à peu pour lui permettre de débarquer sur le sol ferme. Plusieurs fois d'ailleurs, la voie du chemin de fer électrique remonte sur un viaduc, puis redescend jusqu'au niveau du sol, suivant les exigences du tracé, et elle se trouve même sur certains points exactement en dessous de la plate-forme mobile, qui, elle, est toujours à une hauteur de 7 mètres.

Nous ajouterons encore que les trains de ce petit chemin de fer marchent en moyenne à une allure de 17 kilomètres à l'heure, ce qui ne fera pas oublier les rapides de nos grandes voies ferrées, mais ce qui suffit pour les besoins des visiteurs les plus pressés, étant donné surtout que les trains se succèdent de façon presque continue, et que par conséquent le visiteur n'a pour ainsi dire jamais à attendre. Il n'y a point de locomotives sur ce chemin de fer, mais des voitures motrices ; celles-ci, élégantes et offrant un grand nombre de places, portent sous leur caisse des moteurs électriques qui reçoivent le courant du troisième rail dont nous avons parlé tout à l'heure ; les moteurs sont, du reste, suffisamment puissants pour que les voitures automotrices jouent le rôle de locomotives vis-à-vis d'autres voitures plus légères qu'elles remorquent, ainsi que cela se passe pour bien des lignes de tramways.

Louis Rousselet - L'Exposition Universelle de 1900 - Libairie Hachette & Cie - 1901