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Vue Générale des Palais


Vue Générale des Palais à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Toudoire, Pradelle, Esquié, Larche, Nachon, Tropey-Bailly

Au sortir du Palais des Arts, l'avenue et le pont maintenaient dans une atmosphère de beauté pour conduire aux autres palais des arts appliqués à la décoration qui se développaient sur l'Esplanade. De la pierre de taille destinée à demeurer, on passait au royaume éphémère du staff.
Ces façades tapageuses, ces tours ajourées, cette floraison de miradors et de clochetons, cet assemblage de styles rococo, barocco, toutes et autres dénominations de la fantaisie architecturale, donnaient une note qui leur faisait pardonner le cauchemar de leurs lignes, celle de ne devoir durer qu'un moment.
A bien prendre, ce n'étaient point des palais, mais des maquettes de palais à grandeur d'exécution. Les audaces y étaient permises, s'y présentant à l'état d'essais.
Tout devant disparaître, on perdrait le souvenir des fautes et les parties réussies serviraient d'indication pour des constructions futures. Or les heureuses trouvailles étaient nombreuses, surtout dans les détails d'ornementation.

Un défaut cependant demeurera impardonnable: l'étroitesse de la rue du milieu, qui rendait impossible une perception générale des façades des palais et qui ne permettait même pas d'avoir une vision complète du dôme des Invalides. Il semblait rapetissé et confiné au fond d'une impasse, alors que ses lignes altières auraient dû se profiler librement.

Il est certain que les ormes des quinconces étaient sacrés et qu'ils empêchaient de planter les palais plus près des rues Fabert et de Constantine. Mais ces palais avaient 50 mètres de profondeur. Il fallait prendre une douzaine de mètres à chacun d'eux et la rue eût été ainsi portée de ses 27 mètres de largeur aux 50 qui lui étaient nécessaires. On verra plus loin que la place n'aurait pas fait défaut pour les expositions intérieures, qui auraient pu être mieux réparties.

Cette rue manquée a joué de malheur. Son sol fut nivelé en retard, incomplètement et comme à regret ; nulle part les odieux petits cailloux qui sévissaient dans toute l'Exposition, et qui mirent au début tout le monde de mauvaise humeur, ne furent plus agressifs que dans cette voie qui aurait dû être entièrement semée d'un sable doux et fin.

Était-ce pour conseiller aux gens de ne point poursuivre jusqu'à la grille même des Invalides? Ce serait une excuse, car là une déconvenue les attendait. Nous avons vu maintes fois, parce qu'ils arrivaient quelques minutes avant midi ou après quatre heures, et encore les jours d'entrée qui sont des jours de grâce, des groupes d'étrangers vertement rabroués par des invalides à cheval sur une consigne aussi mystérieuse qu'impitoyable. Les pauvres gens s'en retournaient sans avoir vu le tombeau de l'Empereur que ses gardiens honoraient ainsi à leur façon. Mais revenons aux palais.

Ils s'ouvraient sur le quai autour d'une vaste demi-lune dont le sol était formé de dalles transparentes. Elles recouvraient les voies du chemin de fer de l'Ouest et contournaient des massifs de rosiers à tige faisant partie de l'exposition horticole et très heureusement disposés là pour le plaisir des yeux. Il s'y donnait en plein air des auditions musicales très suivies.

Face au quai, contournant la place et pénétrant dans la rue centrale, les premières façades aperçues appartenaient au double Palais des Manufactures nationales de MM. Toudoire et Pradelle. Leurs lignes brisées, tant par la disposition des lieux que par la volonté des architectes, les décrochements des façades, la profusion des sculptures et la variété des motifs décoratifs, tout marquait le parti pris d'un air de fête et il ne manquait que des cloches dans les nombreux campaniles pour en sonner le joyeux carillon.

A la hauteur du premier étage, trois grandes peintures à fresque ornaient chaque côté de la demi-lune, et deux autres, plus importantes encore, surmontaient les portes sur la rue. Cette décoration peinte, en usage dans l'antiquité, au moyen âge, et encore de nos jours en Suisse et en Allemagne, était complètement sortie de nos habitudes. Elle semblait là d'un effet plutôt heureux, toujours dans la donnée d'une chose temporaire. Au définitif, elle ne semble pas appropriée à nos climats et même, sous des galeries couvertes, la grande cour voisine des Invalides donne un triste exemple de ce qu'elle peut devenir avec le temps.

Sur 220 mètres de longueur dans le boyau que nous appellerons l'avenue des Invalides, faute d'une dénomination consacrée, se poursuivaient, à gauche le Palais des Industries françaises, par M. Esquié, et à droite celui des Industries étrangères, par MM. Larche et Nachon. Nous en donnons des vues perspectives. Ils étaient symétriques, mais d'architecture différente.

Le palais de M. Larche méritait qu'on s'y arrêtât, car sa décoration était tout à fait remarquable par son originalité et sa fraîcheur.

La flore en faisait tous les frais, abondante et pleine de sève. La trop classique acanthe, même les fleurs symboliques de l'art gothique, faisaient place aux marguerites et aux liserons, aux pommes et aux raisins, au pavot surtout, qui s'est révélé comme la plante ornementale par excellence, génératrice de chapiteaux exquis.

Il est vrai que l'artiste, tout en respectant la Nature observée de près, avait su donner à ses formes, pour les fixer en pierre (ou en staff la remplaçant), la robustesse nécessaire à leur solidité. Rien de grêle, mais quelque chose de plantureux et d'accentué, n'ayant rien à voir avec le modem style où tout s'efface dans l'indécision. C'était là une rénovation bien française de la décoration monumentale et un véritable pas en avant. C'est de semblables efforts que reste un accroissement nouveau pour l'art.

L'architecte avait trouvé dans son frère, M. Raoul Larche, un précieux collaborateur pour les figures féminines qui complétaient le charme des fleurs par leur grâce vivante, et il est juste de rappeler le nom de M. Ch. Jullien, qui a su vaincre toutes les difficultés d'exécution de cette ornementation touffue.

Un dernier palais, double comme celui de l'entrée, terminait l'avenue des Invalides et repliait à angle droit sur la rue de Grenelle deux façades de 50 mètres chacune. Sur ces façades, deux grandes frises en plâtre coloré imitant la terre cuite, par MM. Damé et Frère, représentaient les arts de la terre, céramique et verrerie, auxquels ce palais était primitivement destiné.

Pour ne pas être d'invention moderne, ces frises, conçues et exécutées avec art, présentaient un aspect décoratif nouveau, méritant d'être retenu pour des monuments définitifs.

Tout ce Palais, dû à M. Tropey-Bailly, était traité avec un soin minutieux du détail.
Ses petites tours carrées aux clochetons pyramidaux, son ornementation guillochée lui donnaient bien le vague aspect d'une pièce de pâtisserie monstre, mais ce n'est pas une critique : il convenait, pour cette entrée fréquentée de l'Exposition, d'opposer quelque chose de pimpant à la sévérité du Palais des Invalides, qui lui faisait face.

L'intérieur des palais de l'Esplanade des Invalides n'était pas disposé d'une manière aussi simple et aussi pratique que celui des palais du Champ de Mars ; la lumière y semblait moins bonne.

Par contre, les installations empruntaient à la forme des locaux de plus fréquentes occasions de variété. On avait dû construire perpendiculairement aux palais, surtout du côté français de la rue de Constantine, d'assez nombreuses annexes pour augmenter l'emplacement de diverses classes. Ces annexes s'ouvraient sur les palais principaux par de petites portes qui n'étaient pas indiquées de' façon assez apparente. Enfin la jolie gare de l'Ouest était comme encastrée dans les palais et ainsi dissimulée. C'était une nécessité, mais on aurait dû ménager ostensiblement de larges portes de communication.

Quant aux quinconces des arbres respectés, ils contenaient du côté Constantine des restitutions de la vieille France et, de l'autre, des restaurants étrangers que nous retrouverons dans d'autres chapitres. D'un côté comme de l'autre on n'y pénétrait que par des entrées insuffisantes. Au milieu de la rue des Invalides deux grands porches auraient dû traverser de part en part les deux palais et ouvrir ainsi de larges accès sur les quinconces.

©L'Exposition du Siècle - 1900