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Vue Générale des Palais


Vue Générale des Palais à l'exposition de Paris 1900

Architecte(s) : Sortais, Hermant, Blavette, Varcollier

Les palais du Champ de Mars destinés à recevoir l'exposition industrielle devaient représenter une surface bien supérieure à celle de 1889 et ne pas rappeler les dispositions de cette époque. Dans ce but, tous les vides furent supprimés et l'ensemble des constructions présenta un fer à cheval rectangulaire, diminuant autant que possible l'espace laissé libre entre ses deux branches couvertes et prolongeant ces branches presque jusqu'à la tour Eiffel.

Les dimensions du Champ de Mars sont telles que le parc central paraissait encore assez vaste. Si les façades parallèles à la Seine étaient très rapprochées des constructions édifiées au pied de la tour, la véritable façon de les voir était de les regarder de profil, et les grands pavillons d'angle avaient été disposés dans cette intention. Les façades sur le parc intérieur se détachaient nettement, malgré leur extrême longueur, grâce à des décrochements successifs allant en s'évasant du fond du fer à cheval à ses extrémités.

Sauf la porte Rapp, à laquelle on avait conservé un caractère monumental, les façades des palais alignées sur les avenues de La Bourdonnais et de Suffren ne présentaient aucune décoration. Dans l'espace laissé libre entre elles et ces avenues étaient reléguées diverses annexes d'importance secondaire, tout au moins par leur ornementation extérieure, et qui demandaient à ne pas être trop en vue.

La surface couverte était augmentée de près d'un tiers par les galeries intérieures de premier étage établies partout à une même hauteur de 7 mètres, hauteur qui était celle des galeries extérieures régnant sur tout le pourtour. Chaque branche des palais se prolongeait sur une longueur totale de près d'un demi-kilomètre, avec une profondeur moyenne de 125 mètres, dépassant ainsi la largeur de l'ancienne Galerie des Machines et les dimensions de la cour des Tuileries.

L'ensemble des palais du Champ de Mars représentait une surface d'environ 20 hectares couverts et en partie à deux étages. Malgré cette immensité, chaque exposant disposait de moins de place qu'en 1889, tant leur nombre s'était accru.

Les dômes bleus de 1889 avaient fait parler de Ville Bleue, et l'Exposition de Chicago s'était appelée la Ville Blanche. Le blanc fut aussi la couleur dominante de 1900, non pas pur, mais un peu laiteux et rehaussé de décorations polychromes. A moins d'un badigeon général, le staff, partout employé pour les façades, imposait cette couleur.

Elle donnait un peu trop l'aspect d'une chose temporaire, ce qui était de la franchise; mais aussi d'une chose inachevée, ce qui était injuste. A regarder les façades de plus près, cette impression disparaissait , car leurs reliefs s'accentuaient en ombres fortes, et leurs peintures, assez discrètes pour être mal perçues de loin, apparaissaient dans leur abondance variée.

Et quel autre parti aurait-on pu prendre pour des constructions destinées à disparaître, pour lesquelles la pierre de taille eût été de la prodigalité? Une polychromie plus vive, ou des revêtements de briques vernissées n'auraient pas été dans les traditions de notre art architectural. Malgré l'internationalisme d'une exposition, il ne fallait pas oublier qu'on était en France.

Tout le pourtour des Palais était formé d'un double rang de galeries superposées, ouvrant sur le parc intérieur par de larges baies, suivant la disposition adoptée aussi à l'Esplanade des Invalides. Sauf les parties occupées par les restaurants, elles étaient généralement désertes. Comme rien n'y avait été exposé, le public, ménager de son temps et de sa fatigue, n'y circulait pas pour le seul plaisir de la promenade.

Cette disposition architecturale pourtant heureuse aurait dû être complétée par des exhibitions qui auraient amené un courant de foule... si la foule avait bien voulu s'y porter, car elle a des fantaisies qu'aucune expérience ne peut prévoir.

En regardant le Château d'Eau, se présentaient successivement : dans l'angle de droite, le Palais des Lettres, Sciences et Arts, dû à M. Sortais; puis celui du Génie civil, par M. Hermant ; enfin celui des Industries chimiques, rejoignant le Palais de l'Electricité. En revenant sur la gauche : le Palais de la Mécanique ; celui des Fils et Tissus, par M. Blavette ; et celui des Mines, dans l'angle de gauche, par M. Varcollier.

Ces palais étaient symétriques les uns aux autres, leurs angles et leurs porches se faisant face de chaque côté du parc central, mais chacun d'eux avait son architecture propre. Les grandes portes monumentales des Tissus et du Génie civil indiquaient majestueusement le centre de chaque rangée. Sans pouvoir entrer dans l'examen détaillé de chacun d'eux, nous renvoyons à nos gravures pour les notes caractéristiques de leur architecture. Le Palais du Génie civil de M. Hermant était des plus remarquables. Son porche en allure de forteresse, sa frise représentant les moyens de transport à travers les âges, ses originales statues en demi-relief figurant des ouvriers de tous les corps de métiers, lui donnaient un caractère d'une originalité artistique bien appropriée aux circonstances. Sur son Palais des Tissus, M. Blavette avait remplacé les ouvriers par les noms d'ingénieurs et de savants ; l'invention faisait ainsi face à l'exécution.

Les détails charmants abondaient partout, de belles statues ornaient les porches et les pavillons, les dômes bulbeux en forme de tiare silhouettaient des lignes nouvelles, et l'ensemble, plus sobre que sur l'Esplanade des Invalides, avait la qualité première demandée aux monuments, celle de bien définir leur destination. C'étaient bien des palais de fête, abritant temporairement des objets d'une variété extrême.

L'intérieur se présentait à souhait. L'air en liberté sous une haute toiture, la lumière répandue à flots, les rayons du soleil tamisés, la circulation librement assurée, tout concourait à créer une organisation pratique et confortable.

Quant à l'ossature de fer, elle variait dans ses détails suivant les palais, mais conservait pour tous le principe de diviser leur largeur en trois nefs, avec des galeries de premier étage au-dessus des bas côtés et des deux retombées de milieu. La portée des fermes de chaque nef était de 40 mètres en moyenne, alors qu'elle est de 120 mètres pour la voûte unique de la Galerie des Machines de 1889. Aussi les épaisseurs de fers avaient-elles été autant réduites que possible. C'était le triomphe de l'architecture du fer, qui veut être légère tout en paraissant solide.
Ces palais furent livrés vides aux jurys d'installation, qui eurent toute liberté pour l'agencement des expositions dans la limite des espaces concédés. Chaque classe française tint à honneur de présenter ses produits dans un décor artistique dont le souci avait été moindre aux Expositions précédentes. Les étrangers apportèrent en général un véritable luxe à l'arrangement de leurs sections.

Il fut dépensé de part et d'autre des sommes dont le total ne sera probablement jamais établi, mais qui s'élevèrent à un chiffre énorme. Ce ne fut pas inutilement. Si l'Exposition industrielle de 1900 fut un enseignement de premier ordre, elle fut aussi l'occasion de manifestations décoratives dont la fabrication courante tirera un large profit.

Nous allons pénétrer maintenant dans ces palais du Champ de Mars et essayer de faire tenir, dans le cadre de quelques pages, des impressions qui auraient besoin de volumes entiers pour être développées.