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Village Breton


Village Breton à l'exposition de Paris 1900

Des artistes, hommes de lettres, peintres,, musiciens, composaient le comité qui organisa l'Exposition bretonne. Nous citerons parmi eux le compositeur Bourgault-Ducoudray, les poètes Olivier de Gourcuff, Eugène le Mouël, Léon Durocher, l'inspecteur des Beaux-Arts,. Armand Dayot, etc.. Le projet que leur soumit l'architecte Félix Ollivier, un Breton de Guingamp, futunanimement approuvé. M. Ollivier y manifestait son intention de créer un village breton dont tous les éléments, judicieusement choisis, concourraient à une synthèse de l'art armoricain. Plus particulièrement, il voulait, après avoir rappelé l'époque mégalithique, faire connaître l'architecture bretonne du XVIe siècle, telle qu'elle a fleuri, en mille délicatesses de pierre, dans la région finistérienne. C'est en effet dans le Finistère, aussi bien dans le grave Léon que parmi les riantes campagnes de Quimper, qu'ont été élevés les plus fins, les plus hardis, les plus caractéristiques de ces monuments dont s'émerveille le touriste.


Programme réalisé avec un rare succès. Voici, tout d'abord, une imposante manifestation mégalithique : le menhir de Locmariaker, énorme monolithe dont l'obélisque de Louqsor pourrait à la rigueur être jaloux, et la Table de César, qu'on voit également à Locmariaker. A côté se dresse une auberge; chaumière plutôt que maison, cette auberge qui, par ses murs formés d'étroites et longues pierres levées, marque la transition entre les rudimentaires édifices druidiques et les premiers essais de construction moins fruste de l'âge qui suivit.

Çà et là le regard s'arrête à des reconstitutions pittoresques : fontaine de Sainte-Barbe du Faouët, calvaire de Lannion, colonnade du cloître de La Forêt, pylône de Pencran, porte du cimetière de la Martyre, édicule de Saint-Jean-du-Doigt... Ces divers monuments s'éparpillent, selon un goût parfait, dans l'enclos de l'Exposition bretonne. On va, on revient de l'un à l'autre; on se penche sur la mignonne sainte Barbe qui, du fond de sa niche, protège la fontaine renommée; on va causer de Saint-Jean-du-Doigt avec le brodeur qui tient boutique sous Pédicule dédié au saint ou regarder le Briochin Lecomte forger sur place des limes à ongle. Comme un boulevardier, l'autre jour, remarquait que les Bretons n'ont pas coutume de soigner leurs ongles, Lecomte répliqua vivement : « Je veux qu'ils s'en occupent désormais, ne fût-ce que pour se défendre! » Puis on s'attarde à contempler la pietà du calvaire de Lannion, fidèlement reproduite par le sculpteur Hernot, ainsi que les quatre figurines de la Vierge et des saints Brieuc, Fiacre, Yves, de bout sur les bras de la croix, et enfin on entre boire une « bolée » de cidre « goulevant » dans l'Hostellerie de la Duchesse-Anne

Figurez-vous, occupant le milieu de l'Exposition bretonne, une noble demeure d'architecture Renaissance, telle qu'on en voit encore dans les vieilles villes de Bretagne, avec des pignons en bois et pierre, et quantité de jolis motifs ornementaux imités notamment des maisons morlaisiennes. A un angle voisin de la porte d'entrée, un joueur de biniou apparaît dans le relief d'une sculpture expressive. Et l'on ne saurait admirer plus exacte reproduction d'un de ces authentiques logis bretons tout en granit
Où l'on rêve de faire une suprême halte,
que cette « Hostellerie » édifiée par M. Ollivier au centre d'un ensemble où tout est harmonieux et significatif. L'architecte a atteint son but : c'est toute une Bretagne en raccourci qui s'offre là au visiteur.

Au premier étage de l'Hostellerie de la Duchesse-Anne, une vaste salle accueille, tous les dimanches, le public désireux d'applaudir poètes, chansonniers et musiciens bretons. Là, tandis qu'au dehors bombardes et binious font rage, orchestre composé des « Sonneurs » Alain Guéguen, de Pont-Labbé, et François Laleson, de Quimper, en musique et en vers, on célèbre la Bretagne, sous la très artistique direction de Léon Durocher et de Pierre Laurent. On y entend des strophes de Louis Tiercelin, Charles Le Goffic, Eugène Le Moue!, Emile Michelet, Olivier de Gourcuff, Fleuriot-Kérinou, Charles Bernard, Yves Berthou, et des mélodies de Bourgault-Ducoudray, Emile Durand, etc.. C'est le Cabaret breton. Ces réunions dominicales, dans l'hostellerie de la « bonne duchesse en sabots », sont le rendez-vous de tous les Bretons de Paris, et, entre deux chansons, ils vont pieusement contempler la frise intérieure où le peintre Fouqueray a fait l'histoire du costume breton.
Le 17 mai dernier, la Fédération bretonne de Paris a donné, à 1' « Hostellerie », un banquet sous la présidence d'honneur de M. Tarte, ministre du Canada, commissaire général à l'Exposition. A ce banquet, qui sera suivi de beaucoup d'autres « assemblées » du même-genre, le mot est breton ! on a fêté la mémoire du Malouin Jacques Cartier qui découvrit le Canada.

©Illustré Soleil du Dimanche