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Industries Diverses


Industries Diverses à l'exposition de Paris 1889

CLASSE 60.
— Carrosserie et charronnage; bourrellerie et sellerie. — Nous aurons entièrement terminé tout ce qui concerne le groupe VI en examinant la dernière classe qu'il contient, la classe 60, consacrée à la carrosserie, au charronnage, à la bourrellerie et à la sellerie. Cette classe, qui n'exige pas de force motrice, car elle ne montre pas de machines en mouvement à l'Exposition, a été mise à sa place parmi les expositions des Industries de luxe dans le Palais des industries diverses (voir le plan). Nous y trouvons les spécimens les plus variés de roues, de bandages d'essieux, de ressorts et des systèmes de suspension. Puis, tous les produits de la carrosserie: voitures publiques, voitures d'apparat, vélocipèdes, tricycles, etc. Enfin tous les articles et les accessoires de harnachement et d'éperonnerie : bâts, selles, cacolets, brides et harnais pour les montures, les bêtes de somme et de trait, étriers, éperons, fouets, cravaches, etc.

Notre carrosserie parisienne, industrie de luxe et de goût, par excellence, se présente, dans cette classe, avec un éclat qui lui renouvellera, d'une façon certaine, les succès qu'elle à toujours obtenus dans les Expositions universelles en France et à l'étranger ; nous croyons, sur ce point, pouvoir être bon prophète, — en dépit du proverbe, — même en notre pays.


Les Industries de l'Ameublement.

CLASSE 17. — Les Meubles. — L'industrie française est incomparable dans cette branche de la production nationale. A l'invention des belles formes, au goût délicat dans le choix de la matière, se joint une prestigieuse habileté d'exécution. Nos ébénistes sont hors de pair. L'impression caractéristique que produit cette classe est la variété inépuisable des œuvres. Depuis la chayère de chêne, aux fines dentelures gothiques, et la cacquetoire dont Henry Estienne disait si plaisamment, à propos des Parisiennes de son temps : « Il n'y a pas d'apparence qu'elles aient le bec gelé, pour le moins j'en réponds pour celles de Paris, qui ne se sont pu tenir d'appeler des cacquetoires leurs sièges, jusqu'aux bonheurs-du-jour, faits de bois précieux et travaillés comme des pièces de joaillerie, à l'intention des belles marquises du XVIIIe siècle, on trouve tous les meubles imaginables, dans les styles les plus divers, sévères, gracieux et galants.

L'imitation servile des types du passé a fait place à une recherche ingénieuse d'élégances, de fantaisies et de confort modernes. On assiste, en outre, à un gai réveil du génie provincial. Le faubourg Saint-Antoine, le Marais sont concurrencés par des ateliers de Lyon, de Marseille, etc., dont les travaux ont une haute saveur d'originalité et un grand mérite artistique.

CLASSES 18 ET 21.
— Ouvrages du tapissier et du décorateur. — Tapis et tapisseries. — Dans cette classe se manifeste, d'une façon éclatante, le génie décoratif des artistes parisiens. Si la petite ouvrière, d'un bout de ruban et d'une fleur chiffonnés par ses mains mignonnes, fait un chef-d'œuvre de grâce spirituelle, nos tapissiers, avec quelques lés de velours et de satin, construisent, dans le temps d'un rêve, des intérieurs qui évoquent les féeries les plus luxueuses. L'imagination la plus féconde, la plus ingénieuse, se donne libre carrière à draper et à assortir pittoresquement les étoffes d'ameublement, à les marier avec originalité aux marbres, aux bois, aux stucs et aux papiers de tentures. Nulle part, on ne pourrait trouver plus de goût, de fantaisie, charmante et de science du coloris. Nos fabricants de tapisseries et de tapis, instruits par les vieux maîtres des Gobelins et de Beauvais, par les Orientaux, nous montrent là des œuvres nouvelles, d'une grande allure décorative, toutes truculentes et vibrantes.

CLASSES 19 ET 20.
— Céramique, Verrerie, Cristaux et Mosaïques. — La classe de la céramique, en raison du progrès de cette industrie, présente un intérêt qu'elle n'a point eu aux Expositions précédentes. Cette classe comprend quatre catégories de produits : 1o les porcelaines blanches et décorées ; 2° les faïences blanches et décorées ; 3° les grès ; 4° les terres cuites.

Dans la première catégorie, on trouvera un produit nou-veau, dont l'invention a fait une véritable révolution technique dans la céramique : la Porcelaine nouvelle.

Depuis plusieurs années, on poursuivait à la Manufacture, nationale de Sèvres la découverte de la formule de la porcelaine chinoise, qui présente au point de vue de la pâte et de la décoration, des qualités qu'on ne trouve réunies, ni dans la porcelaine dure, ni dans la porcelaine tendre,et qui; donnent aux œuvres des céramistes du Céleste Empire une si grande originalité et tant de valeur. En 1873, Salvetat, chimiste de la Manufacture, obtenait une première pâte dure modifiée, pouvant recevoir sur couverte les émaux de la pâte tendre, et, deux ans après, il réussissait à faire de la porcelaine dure, conforme aux formules empiriques que contiennent les manuels des porcelaines de la Chine.

Malheureusement, la maladie vint s'abattre sur ce savant, qui ne put poursuivre ses études. Lorsque M. Lauth fut nommé directeur de Sèvres, il se préoccupa de résoudre complètement le problème posé par la commission de perfectionnement de la Manufacture en 1875 : 1° créer une porcelaine propre à recevoir des couvertes colorées de grand feu et à être décorée de fonds et de peintures en émaux de demi-grand feu ; 2° trouver la composition et le mode de cuisson des céladons et des rouges flambés des Chinois. Il s'adjoignit comme collaborateur M. Vogt, chef des travaux chimiques et deux ans après, M. Lauth mettait sous les yeux des membres de la commission de perfectionnement plusieurs spécimens d'une matière à laquelle on donna le nom de Porcelaine nouvelle. Essentiellement kaolinique, elle résiste à l'acier; sa pâte, d'une grande plasticité, remplit toutes les conditions désirables pour le moulage et le modelage. La cuisson se fait régulièrement et s'opère complète, à une température qu'il faut développer pour cuire la porcelaine dure. Sa couverte, blanche, bien glacée et d'une transparence parfaite, adhère en couche plus épaisse que la couverte de la porcelaine dure, ce qui lui donne la douceur des pâtes tendres et multiplie les reflets et les jeux de lumière sous les couleurs et les émaux.

L'Exposition des Manufactures nationales de France contient les prototypes de cette porcelaine qui, sans devoir cependant faire disparaître les deux autres, la porcelaine dure et la porcelaine tendre, est appelée à un très grand développement de production.

Limoges, au contraire, continue la fabrication de la porcelaine dure : Voyez plutôt dans la galerie d'honneur de 30 mètres, la superbe exposition d'Hâviland, qui, par la variété de ses modèles et par ses procédés nouveaux de fabrication, établit aujourd'hui la porcelaine dure presqu'au même prix que la faïence; après 70 l'Allemagne avait pu nous enlever l'exportation en Amérique, en Angleterre, en Russie, etc.

Aujourd'hui, on peut dire que grâce à la manufacture d'Hâviland à Limoges, la France est dignement représentée sur les marchés étrangers. Il en résulte que nos céramistes en possession de procédés absolument sûrs, peuvent faire une concurrence sérieuse aux potiers chinois et japonais dans les grandes pièces de décoration et pour les colorations les plus vibrantes et les plus profondes. La classe de la Céramique montre le parti qui a été tiré de cette découverte par les manufactures privées.

A voir aussi une collection considérable de flambés, d'une variété inouïe de nuances dans toutes les couleurs imaginables, comparables aux meilleures productions de la Chine et du Japon.
Enfin, jusqu'en ces derniers temps, la France était tributaire de l'Italie pour la mosaïque ; aujourd'hui nos artistes peuvent lutter avec succès contre ceux de Florence, du Vatican et de Pétersbourg. Et les verriers! à quelle production originale et nouvelle ne sont-ils pas arrivés aujourd'hui, grâce aux recherches et aux travaux des érudits, qui ont mis en lumière les trésors de l'art ancien.

CLASSE 22.
— Papiers peints. — En entrant là, on pourrait se croire dans la classe des soieries et dans celle des tapisseries: les parois ne sont garnies que de velours de Gênes, de brocards, de lampas, de satin lyonnais, de verdures des Flandres, et l'imitation a atteint une telle perfection que le toucher seul peut faire tomber l'illusion.

L'industrie du papier peint a réalisé des progrès immenses; on imprime aujourd'hui jusqu'en vingt-six couleurs, et les étoffes les plus compliquées de dessins peuvent être reproduites. Quant à la question artistique, il est indiscutable que le goût des belles décorations s'est fort développé. La production étrangère, a bon marché, avait, il y a quelques années, provoqué une sorte de crise dans cette industrie; mais la réaction en faveur des créations françaises n'a pas tardé à se faire ; aujourd'hui, l'importation des papiers peints d'Angleterre et d'Allemagne a décru de 50 0/0.

CLASSE 26.
— Horlogerie. — On est accueilli là fort joyeusement; aux carillons des horloges, qui éclatent de toutes, parts, se mêlent les trilles de nombreux rossignols mécaniques. Le spectacle n'est pas d'une moindre fantaisie. L'imagination exubérante des fabricants de caisses d'horloges et de boites de montres a créé des inventions extraordinaires.

Mais à côté de ces excentricités plaisantes, il y a la production sérieuse de l'industrie nationale, qui témoigne de progrès incessants. Paris et Besançon nous offrent leurs chronomètres si précieux, leurs montres d'une décoration si élégante. Le pays de Montbéliard, Morez du Jura, Cluses et Saint-Nicolas-d'Aliermont, leurs pendules, leurs huitaines, leurs réveils, leurs régulateurs, des séries de vitrines emplies de matériaux, ébauches de montres, pignons, fraises, roues, barillets, d'un travail irréprochable. En 1878, les rapports des jurys avaient constaté que l'horlogerie était une de nos meilleures industries. Ce n'est pas l'Exposition de 1889 qui modifiera ce jugement.


Les tissus, vêtements et accessoires.

CLASSE 37.
— Joaillerie-Bijouterie. — C'est ici le pays d'Ophir des rêves féeriques, où la calotte du ciel est un. immense lapis, où les fleurs sont des rubis et des topazes, avec des corolles d'émeraudes, où les agathes forment les rochers et dont les rivières roulent des diamants. Aucune Exposition n'avait encore montré un tel amoncellement de ; richesses et d'oeuvres d'art. Dans cette galerie, ouverte à toutes les convoitises féminines, il y a pour des millions de pierreries et de joyaux. Au centre, une vitrine spéciale contient un des plus gros diamants qui existent, une pierre pesant 180 carats. Cinq diamants historiques seuls le dépassent en dimensions : le diamant du Rajah de Matan, le Grand Mogol, le Ko hi Noor et l'Orloff. Non loin est exposée une perle phénoménale de 162 grains, Çà et là, se retrouvent quelques riches épaves du trésor de la Couronne, des diamants, des pierres précieuses diverses. Ils ont servi à former de nouvelles parures ou des restitutions historiques ; ainsi, on peut voir dans une vitrine le collier en rubis de Marie Leczinska, entièrement reconstitué d'après le portrait de Van Loo, du Musée du Louvre. La joaillerie parisienne maintient hautement sa réputation séculaire et ne redoute aucune rivale.

L'Exposition de la bijouterie d'or et d'argent est la plus brillante qui ait été organisée depuis longtemps. Dans la fabrication artistique, à titre élevé, des œuvres importantes très nombreuses témoignent d'une efflorescence éclatante; on s'ingénie à trouver des formes nouvelles, à faire des alliages de métaux pour donner aux bijoux des coloris nouveaux. La renaissance de l'émail translucide, dit des orfèvres, dont les premiers essais avaient été vus à l'Exposition de 1878, a produit des pièces qui rivalisent avec tout ce que les anciens maîtres ont créé de plus beau dans ce genre de travail ; on doit voir notamment un triptyque dont le sujet est tiré de la célèbre tapisserie des Triomphes de la cathédrale de Sens; un vase de cristal, avec un dragon émaillé; une statuette d'argent représentant une jeune fille portant à son oreille un coquillage en or émaillé; un vase, de style sassanide, en cristal de roche taillé, avec monture d'or fin, orné de cabochons, et qui porte sur la panse deux médaillons d'émail où se trouvent figurées des scènes de l'histoire du roi de Khobad et dans l'intérieur une bande circulaire d'émail, du travail le plus délicat; un ostensoir d'après un dessin de Raphaël.

La bijouterie d'argent, délaissée jusqu'ici, semble devoir reprendre faveur, en raison des nouveaux procédés de travail qui permettent de tirer de ce métal un parti merveilleux, imprévu.

Quant à l'industrie d'exportation à bas titre, elle se montre armée aujourd'hui de puissantes ressources techniques et d'excellents modèles ; et elle peut lutter avec succès contre la concurrence étrangère, tout en conservant intact le renom universel de loyauté de la fabrique française.

CLASSES 30 ET 31.
— Tissus de coton, de lin et de chanvre. — Les industries dont les produits sont exposés ici constituent une des branche les plus importantes de la production nationale. Le coton occupe environ 500,000 ouvriers, le lin et le chanvre plus de 300,000. On évalue approximativement à 6,700,000 le nombre des broches employées pour la filature et à 330,000 le nombre des métiers de tissage, mécanique ou à la main. Les grands centres de production sont : Rouen et Lille, qui possèdent toutes les grandes filatures de coton;?Rouen fabrique, en outre, des indiennes communes, de la rouennerie et des mouchoirs imprimés; Roubaix, où l'on?fait des articles coton et laine pour robes, pantalons et gilets; Amiens, des velours de coton pour vêtements et meubles; Saint-Quentin, des mousselines et gazes pour ameublement, des finettes, des jaconas, des calicots, des basins, des tulles, etc.; Tarare, célèbre par ses mousselines, unies et brochées, ses gazes, ses tarlatanes, etc.; Thizy et Roanne, dont les cotonnades sont appréciées.

D'autres centres moins importants sont disséminés un peu partout en France. Le lin est filé et tissé particulièrement dans le Nord et la Normandie, le chanvre dans l'Anjou et le jute en Picardie.

Au milieu de cet amoncellement de tissus multiples et variés, dont le mérite consiste spécialement dans la solution du grand problème industriel moderne, la production à bon marché, il y a des pièces nombreuses qu'on doit voir avec intérêt, en raison de leur perfection technique et où l'art joue un rôle important, des toiles qui, par leur finesse, auraient même satisfait Anne d'Autriche, à qui Mazarin disait plaisamment un jour que, si elle allait en enfer, elle n'aurait pas d'autre supplice que de coucher dans des draps de Hollande.

Classe 32. — Tissus de laine. — En suivant avec méthode la galerie qui contient les produits de l'industrie de la laine, il est aisé de se rendre compte des intéressantes transformations successives que subit la matière première, venue de toutes les parties du monde dans nos manufactures pour arriver à être un drap parfait, prêt à être mis en œuvre par le tailleur et par la couturière : la laine triée, dessuintée, lavée, séchée, graissée, cardée, filée, tissée en une étoffe que des opérations nouvelles dégraissent, épincettent, foulent, tondent, pressent et rendent définitivement propre à la consommation. Aussi est-il peu d'industries qui occupent autant d'ouvriers ; on évalue en France leur nombre à plus de 500,000, qui transforment environ 200 millions de kilos de matière première, représentant 400 millions de francs. Les grands centres de production sont : Elbeuf, Louviers, Sedan, Roubaix, Mazamet, Vienne, Châteauroux, Lodève, Lisieux, Vire, La Bastide, etc. La plupart ont une origine très ancienne, quatre et cinq siècles; quelques-uns môme, Vienne entre autres, remontent à l'époque gallo-romaine. L'importance des premiers est extraordinaire; Reims, par exemple, tisse annuellement près de 20 millions de mètres d'étoffe. Au XIIIe siècle, le métier de drapier, dans plusieurs documents officiels, est qualifié de « mestier hautain ». Au XVIe, il avait la préséance sur les cinq autres corps de la ville de Paris. Aujourd'hui, il n'est pas déchu de sa haute renommée. Par son chiffre d'affaires annuelles, 'par la population à laquelle elle donne du travail, l'industrie de la laine est la première des industries nationales.

Classé 33. — Soies et tissus de soie.
Cette classe comprend deux grandes divisions générales : l'exposition collective de la Chambre de Commerce de Lyon et celle de la Chambre de Commerce de Saint-Etienne. Ici, l'industrie française brille d'un éclat incomparable et affirme son génie immortel par une production qui n'existe dans aucun autre pays du monde. Les siècles, loin de l'épuiser, lui donnent une jeunesse nouvelle plus radieuse et plus féconde. Il y aura bientôt cinq cents ans que le premier métier à tisser la soie était monté à Lyon par un Italien ; un demi-siècle après, Lyon faisait concurrence à Gênes, Lucques, Sienne et Venise, par ses draps d'or et d'argent, par ses brocarts et par ses velours. En 1789 on y comptait 12,000 métiers ; aujourd'hui, au centenaire de la Révolution, la fabrication lyonnaise en occupe 125,000 et la valeur des étoiles tissées dépasse 400 millions de francs.

La rubanerie dont Saint-Etienne a conservé depuis six siècles environ le monopole, occupe une vaste galerie remplie de merveilles, auxquelles la concurrence étrangère de Bâle, de Zurich, de Crefeld et de Patterson ne peut opposer aucune production équivalente en bon goût et en originalité. Et par une singulière fantaisie ethnographique, ces satins aux nuances si tendres, ces façonnés sur lesquels sont jetées des fleurs si fraîches et si fines, ces velours si délicats de duveté, ont été fabriqués dans le noir pays du charbon et du fer.

18,000 métiers tissent ces chefs-d'œuvre, dont; la consommation annuelle se chiffre par environ 100 millions de francs. L'art et l'habileté technique jouent un grand rôle dans cette industrie qui constitue par là un des agents les plus puissants de la prospérité nationale, par le développement de son commerce d'exportation.

Le jour de la signature du traité de paix de Francfort, le général Grant recevait à la Maison-Blanche.

L'indemnité de cinq milliards imposée par l'Allemagne à la France faisait l'objet de conversation. Les Français ne pourront jamais la payer, disait-on unanimement. Le Président de la République des Etats-Unis seul se taisait ; on lui demanda son opinion : « Les cinq milliards, répondit-il, mate c'est nous qui les paierons. Il suffira à la France de nous envoyer quelques bateaux chargés de rubans et de fleurs.

CLASSE 34.
— Dentelles, Passementeries, Broderies. — La dentelle, au point de vue technique, se divise en deux grandes familles : la dentelle à la main et la dentelle mécanique.

La première, qui se fabrique à l'aiguille ou au carreau, a quatre principaux centres de fabrication, d'où elle tire un nom générique : Auvergne, dentelles du Puy; Lorraine, dentelles de Mirecourt; Normandie, dentelles de Bayeux; Alençon, points d'Alençon. La production d'Auvergne consiste en dentelles de laine, coton et soie, de toutes couleurs; celle de Normandie, analogue au vieux Chantilly, en grandes pièces, châles, volants, robes confectionnées au moyen de bandes réunies par le point de raccroc... Alençon cultive exclusivement le point de France, créé sous Colbert, et Mirecourt, sans caractère technique bien déterminé, fait de la fantaisie de luxe. 200,000 ouvrières vivent en France de cette industrie, qui remonte au commencement du XVe siècle.

La dentelle mécanique, importée d'Angleterre en France en 1817, est concentrée pour la plus grande partie de sa production à Calais et à Saint-Pierre-les-Calais ; elle à rayonné de là à Lille, Saint-Quentin, Roubaix, Douai, Caudry, etc. Lyon s'est créé une spécialité exclusive fabriquée sur métiers Jacquard.

L'industrie de la dentelle, comme la rubanerie, subit les fluctuations de la mode; mais la faveur en est toujours, heureusement, de plus longue durée que l'abandon, car les élégantes du XIXe siècle ne contrediront jamais la coquette d'Abraham Basse.

Quoique j'ai assez de beauté
Pour assurer sans vanité
Qu'il n'est point de femme plus belle,
Il semble pourtant à mes yeux
Qu'avec de l'or et de la dentelle
Je m'ajuste encore bien mieux.

Des pièces importantes et d'un grand mérite artistique sont à signaler dans cette classe :
La Broderie comprend trois branches de travail :
1° la broderie blanche au plumetis et au crochet, à la main ou à la mécanique, employée pour la lingerie, la confection et l'ameublement;
2° la broderie de couleur, d'or et d'argent, faite à la main et à la mécanique, employée pour les uniformes et les ornements d'église ;
3° la broderie de tapisserie faite à la main. La principale de ces industries est la première, qui n'occupe pas moins de 200,000 ouvrières et dont les centres de production sont Tarare, l'Aisne et les Vosges. L'emploi de la machine à broder, qui fait plus de 500,000 points par jour et remplace ainsi 50 brodeuses, celui de la machine à coudre, lui ont donné un grand développement.

La broderie pour ameublement se fait particulièrement à Lyon et à Parte et se distingue par des produits d'une haute valeur artistique. Dans cette industrie, une innovation fort intéressante est à signaler. Un fabricant a imaginé, pour servir de tenture d'appartement, un tissu de jersey sans fin, sur lequel il exécute des broderies mécaniques; on peut espérer voir renaître par là les travaux considérables de la Renaissance, dont les chroniques et les livres de. comptes nous ont transmis les descriptions, œuvres étonnantes des Gautier de Poulligny, des Nicolas Vacquier, des Bernard, des Castels et des Vallet.

Quant à la passementerie, sa fabrication et ses applications sont d'une variété inouïe; elle emploie tous les métiers, et elle entre comme éléments de décoration dans toutes les parures, celles de l'homme, de la femme et de la maison. C'est une des industries françaises les plus anciennes : sous le nom d'industrie des Crépiniers, Etienne Boileau lui a donné une place importante dans son livre des Metiers du XIIIe siècle.

CLASSE 36.
— Vêtements des deux sexes. — Dans ses Dialogues du Language françoys italianisé, Henry Estienne dit : « Il y a longtemps qu'on faict compte d'un painctre, lequel ayant peint l'italien habillé à l'italienne, l'hespagnol à l'hespagnolle, l'allemand à l'allemande et ayant faict la mesure quant à ceulx des autres nations, venant aux Françoys fist autrement ; car prévoyant le changement de façon d'habits que le Françoys pourrait faire le lendemain suivant sa coutume, luy fict cet honneur de le peindre aussi nu qu'il était sorti du ventre de sa mère, lui mettant toutefois une pièce de drap et des ciseaux entre les bras. » Cette satire spirituelle ne serait plus d'actualité aujourd'hui. Le vêtement masculin moderne est d'une monotonie désespérante et d'une pérennité cruelle. Quant à celui de la femme, si à l'exemple des Beaux-Arts l'exposition de cette classe était décennale, on y trouverait tous les éléments d'un musée rétrospectif de l'histoire du costume aussi complet que brillant.

CLASSE 25.
— Bronzes et Fontes d'art. — Cette classe est une des plus importantes et des plus utiles à visiter, en raison du nombre, de la variété et du mérite artistique des œuvres qu'elle contient. Jamais aucune exposition n'a été plus complète et plus brillante. Par des procédés de reproduction d'une fidélité absolue, elle multiplie et popularise les œuvres des maîtres anciens et modernes ; elle donne aux artistes les plus délicats comme les plus audacieux une matière souple et vigoureuse qui peut réaliser tous leurs rêves de créateur. Aussi la vaste galerie qu'elle occupe ressemble-t-elle à un véritable musée.

11 y a là, à très peu d'exceptions, toutes les plus belles pièces de statuaire de l'école française contemporaine. A côté d'elles, sans souffrir du voisinage, sont les travaux de nos ornemanistes, qui comptent dans leurs, rangs des hommes de génie, comme le tant regretté Constant Sévin, dont on nous montre réuni l'œuvre colossal.
Une industrie, que cette fin de siècle voit refleurir dans une renaissance éclatante, le Fer forgé, nous montre là, aussi, des pièces de maîtrise qu'auraient signé avec joie les Mathurin Jousse, les du Monceau et les Lamour. Quintin Matsys trouverait lui-même que la fontaine superbe, adossée à l'horloge de Sévin, ferait très fière figure à côté du puits du Parvis Notre-Dame d'Anvers.

CLASSE 24.
— Orfèvrerie. — Cette grande et glorieuse industrie maintient fermement sa vieille renommée. La galerie qu'elle occupe est remplie d'oeuvres d'une haute originalité d'invention et d'une exécution irréprochable. On y trouve des séries de services de table qui ne craignent point la comparaison avec les plus belles productions des ateliers du passé, des pièces d'ameublement du plus grand caractère décoratif, de la fort belle statuaire, prix de courses, de concours agricoles, dont les modèles ont été demandés aux premiers sculpteurs de ce temps. Les pièces de pure curiosité, aussi précieuses par le travail que par la matière, les objets de parure féminine sont fort nombreux.

L'orfèvrerie religieuse paraît actuellement sous l'influence féconde d'une véritable Renaissance du goût; elle a créé des autels qui sont des monuments d'art, des tabernacles, des reliquaires d'un très grand style. Et Paris, en ce genre, ne compte point seul des maîtres ; la province peut revendiquer sa part de gloire et non la moindre dans cette exposition qui, certainement, éclipse toutes les précédentes.


Les industries extractives.

Le groupe V embrasse les produits bruts et ouvrés des industries extractives, qui puisent dans le sol les matières premières de tout ordre, et les transforment en produits manufacturés prêts à prendre leur place dans la vie industrielle. A ce titre, il s'étend sur un des éléments les plus considérables de la richesse publique, et cette caractéristique s'applique surtout aux classes 41 et 42 qui comprennent : l'une, les produits minéraux, l'autre, les bois, l'un des plus importants des produits végétaux du sol.

CLASSE 41.
— Produits minéraux. — A cheval sur la grande nef transversale qui va du dôme central à la galerie des machines, elle contient les minerais les plus divers et les produits métalliques qui en sont extraits, depuis le fer et les métaux communs (cuivre, plomb, zinc, etc.) jusqu'à l'or et à l'argent, avec les houilles et les combustibles qui sont les agents de cette transformation. Le fer et ses dérivés, allant des blocs de fonte brute jusqu'aux outils les plus ouvrés et les plus délicats occupe la travée qui s'ouvre à gauche de la grande nef; les autres métaux lui font face dans la travée opposée.

Les deux travées s'ouvrent d'ailleurs, l'une et l'autre, sur la nef centrale par les deux portes monumentales qui ont été décrites à propos de cette nef, et dont celle de droite groupe dans un ensemble aussi artistique que décoratif les produits industriels des forges de Pompey, tandis que celle de gauche offre, sous forme de panoplies appliquées contre des portails massifs, les spécimens les plus variés des produits du groupe industriel de la Loire. C'est ce groupe, c'est-à-dire l'ensemble des grands établissements construits sur le bassin houiller de Saint-Etienne et utilisant outre les minerais indigènes ceux qui proviennent des grandes mines de l'Algérie, de l'Espagne et de la Sardaigne que l'on rencontre en premier dans la galerie du fer.

Il faudrait tout citer dans cette première salle remplie de pièces de forges magnifiques, de canons, de plaques de blindage dont les dimensions énormes évoquent le souvenir des travaux des Titans plutôt qu'elles ne font penser à un ouvrage sorti de la main de l'homme.

Voici tout d'abord des projectiles en acier chromé et des cuirasses de navires ; cet acier chromé, invention récente de M. Brustlein, offre des qualités exceptionnelles de résistance qui en font un produit des plus utiles pour les munitions de guerre. Voyez ces deux projectiles de pièces marines : l'un sort de l'usine, l'autre a déjà été tiré, et c'est à grand peine si vous pouvez les distinguer l'un de l'autre.

Il faut les mesurer minutieusement pour se rendre compte de la petite différence de dimension qu'ils présentent, de l'imperceptible tassement produit en l'un d'eux par la colossale pression éprouvée dans l'âme de la pièce. Encore des engins de guerre ! Voici, exposés par les usines de Marrel, des arbres soudés pour la marine, d'énormes plaques de blindage, des canons de fort calibre, merveilles de la métallurgie moderne. L'aciérie de Saint - Etienne nous montre ces colossales frettes pour pièces de gros calibre et un gouvernail en acier coulé d'une seule pièce, ayant 5 mètres de haut sur 4 mètres de large, travail d'une extrême difficulté et d'une rare perfection d'exécution. Un coup d'oeil à la jolie exposition de faux et faucilles du port Salomon et nous voilà devant les usines de Firminy qui ont joint à leurs machines marines en acier coulé également des spécimens de leurs fils d'acier, une industrie créée par elles, dont autrefois l'Angleterre avait le monopole.

Et voici de nouveau les produits superbes et effrayants de l'art de la destruction : les célèbres forges de Châtillon-Com-mentry exposent un filet pare-torpilles et des hélices de torpilleurs du plus haut intérêt; les forges de Saint-Chamond, des plaques de tourelles de cuirassés pesant 27,250 kilogrammes, des plaques de pont, et enfin, un fac-similé d'un bloc de fonte de 110 tonnes sorti de leurs hauts fourneaux. Pour nous reposer un peu, arrêtons-nous un moment devant les gracieux produits envoyés par les usines du Val-d'Osne, et devant le beau portique des Forges de Rimaucourt.
Nous entrons ici dans un domaine tout voisin de celui de l'art: les reproductions en fonte coulée des statues en marbre ou en bronze. Sur un portail d'un joli effet décoratif voici un bas-relief de Clodion de la plus délicate exécution, puis des statues moulées d'après les marbres de Versailles.

Plus loin, dans la galerie, le pavillon Lyon-Alemand montre au public ses lingots d'or et d'argent et de matières précieuses, puis la Société des laminoirs de Hautmont, les forges de Pont-à-Mousson qui nous font admirer une conduite d'eau d'une dimension extraordinaire.

Cette travée contient encore une porte monumentale de Hemerdinger en laiton, une vitrine garnie des produits de la Société du Nickel, une jolie décoration monumentale en marbre griotte des Pyrénées; enfin, deux édifices minuscules en craie dans le style de l'Alhambra de Grenade, et qui, exposés par la Société du blanc du Bary, montrent quel parti l'on peut tirer de cette substance modeste dont les environs de Paris ont le monopole à peu près exclusif.

La Société de la Vieille-Montagne résume dans un joli pavillon tous les types pratiques d'application du zinc à un édifice. Par contre, la Société royale asturienne qui termine la classe 41 dans cette travée a voulu prouver qu'on pouvait appliquer également le zinc à des travaux d'art, et a édifié, en zinc repoussé et estampé, une porte, style Renaissance, d'une architecture superbe.
Nous avons réservé pour la dernière place, bien qu'elle soit à l'extrémité de la travée de gauche, l'exposition des minerais d'or de M. de La Bouglise qui comprend les spécimens les plus merveilleux d'agglomérations cristallines d'or natif et de pépites gigantesques. La valeur intrinsèque de ces spécimens, encore rehaussée par la rareté de leurs formes minéralogiques, fait de cet ensemble une collection unique au monde, en même temps qu'elle est une des curiosités les plus accessibles à tous de l'exposition des mines et de la métallurgie.

CLASSE 42.
— Industrie forestière. — Cette exposition offre deux points saillants. Le premier, le pavillon de l'Administration des eaux et forêts, situé au Trocadéro, nous initie aux procédés scientifiques et à la technique de cette industrie dont la majeure partie est forcément entre les mains de l'État; nous l'avons signalé précédemment.

Le second est l'œuvre personnelle d'un ingénieur distingué, M. de Chambrelent qui a consacré sa vie à la réalisation de cette tâche aujourd'hui parachevée, la régénérations des Landes et la transformation de leurs marais incultes en de belles forêts de pins et de chênes qui, dans un avenir peu éloigné, affranchiront complètement la France du lourd tribut qu'elle payait à la Norvège et à l'Amérique du Nord, auxquelles elle fait déjà concurrence sur les deux continents. Nos lecteurs se souviennent sans doute de l'intéressante étude, faite d'après un article de la Revue scientifique, que le Figaro a publiée au mois de février dernier sur ce sujet d'une si grande importance au point de vue de l'avenir industriel de la France.

Nous y relations avec la plus grande admiration les résultats vraiment merveilleux obtenus par M. de Chambrelent dans ces pays, il y a trente ans presque aussi désolés que le Sahara, aujourd'hui prospères et productifs, grâce à l'énergie persévérante de l'homme de bien qui a consacré sa vie à cette tâche. Les produits exposés par lui sont des bois de chêne et de pin, provenant des premiers semis faits en 1850 et années, suivantes dans les parties les plus incultes et les plus insalubres des landes de Gascogne. Ils présentent la plus forte végétation forestière obtenue en France.

Les pins qui ornent la façade de la classe 42 ont été semés de 1850 à 1856. Ils ont 19 mètres de hauteur et lm,20 de circonférence à la base.

Ces bois donnent aujourd'hui des poteaux de mine, dont l'Angleterre seule consomme 200,000 tonnes par an, des poteaux télégraphiques qu'on envoie par centaines de mille dans toutes les parties du monde, des traverses de chemins de fer, des pavés employés par la ville de Paris et expédiés en masse en Amérique. La ville de Buenos-Ayres seule en a fait cette année une commande de 37,000 mètres cubes.

A mentionner dans la même galerie : 16 panneaux décoratifs tout en bois des îles et de France de l'effet le plus artistique et du travail le plus fini; des meubles en pichpin pour l'usage courant; enfin tout ce qui concerne la fabrication du charbon de bois et représente l'art du vannier.

Nos élégantes parisiennes regretteront peut-être que cette classe curieuse ait pris le pas sur sa voisine (classe 43) les produits de la chasse et de la pêche (fourrures et pelleteries) qui se trouvent ainsi reléguées un peu loin de la nef centrale. Qu'elles aillent cependant jusque-là : elles y verront les plus curieux produits des industries des apprêteurs, lustreurs et coupeurs de poils les trois sous-divisions du travail de la pelleterie. Il serait trop long de noter toutes les maisons de Paris et de province qui étalent à nos yeux leurs richesses. C'est l'essence même du goût parisien que nous retrouvons dans ce superbe défilé de l'industrie de la fourrure, une des sources vives de la richesse de la France, qui depuis quelques années s'accroît d'une façon considérable et continue, luttant victorieusement déjà avec les centres principaux de même nature de la Russie et de l'Allemagne.

Puis toute une série d'exhibitions intéressantes : de superbes crins naturels, des éponges aux dimensions colossales, des imitations extraordinaires de castor en peau de lapin, des brosses en soie de porc, des gommes importées directement du Sénégal — une industrie exclusivement française qui se développe depuis quelques années avec une fabuleuse rapidité ; — enfin des nacres qui par une heureuse disposition de couleurs multiples et chatoyantes composent une des plus jolies devantures de cette classe.
Tout autour de la salle sont des représentants des industries suivantes : perles, éponges, coraux, écailles, soies, herboristerie. Enfin des trophées de chasse et un produit qui étonne un peu dans ce milieu, la truffe, viennent légitimer l'étiquette générale de : chasse, cueillette et pêche.

CLASSE 45.
— Produits chimiques. — Moins accessible à tous, exigeant plus de connaissances, mais non moins intéressante dans ses détails est la classe 45 des produits chimiques, qui fait suite à celle que nous venons de parcourir.

Elle comprend sept divisions principales, qui sont les produits chimiques proprement dits, les matières colorantes, le pétrole et ses dérivés, la pharmacie, les savons et les corps gras, les couleurs et vernis, les caoutchoucs et les encres d'imprimerie.

Les cuirs et peaux font suite aux produits chimiques. Il serait difficile d'intéresser nos lecteurs avec la description assez ingrate des matières très spéciales de ces deux classes. S'ils désirent voir cependant de belles peaux tannées... à l'électricité, et notamment des cuirs de mouton sciés en trois dans l'épaisseur, c'est dans ce coin de l'Exposition qu'ils les trouveront.

Le groupe V se complète par les expositions des classes 44 et 46, qui comprennent les Produits agricoles non alimentaires et les Teintures.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889