Retour - Liste Pavillons

Arts Libéraux


Arts Libéraux à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Formigé

L'Exposition dite de l'Histoire du Travail occupe, dans le plan général de l'Exposition du Champ de Mars, le bras qui fait pendant au pavillon des Beaux-Arts, c'est-à-dire la partie qui vient en saillie sur les jardins, à droite en regardant le Pavillon central. La perspective ci-jointe, avec ses indications correspondantes à notre description, en facilitera la visite aux étrangers.

Disons d'abord le but de cette Exposition qui, au point de vue des idées générales est peut-être celle qui offrira le plus d'intérêt au visiteur, à condition qu'il y regarde de près. Il s'agit, dans un but d'instruction, de montrer les produits du travail humain depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours ; de les disposer de manière à montrer les progrès réalisés et les transformations subies, dans leur ordre chronologique ; et en même temps d'initier le public aux procédés du travail manuel et du travail mécanique qui à travers les siècles, aboutirent à l'outillage industriel moderne des Arts et Métiers. On comprendra aisément qu'il est impossible de mettre sous les yeux du public les objets eux-mêmes, dont quelques-uns sont uniques. — Prenons pour exemple la première machine à vapeur de Stephenson, qu'on voudrait opposer à la dernière, celle sortie des ateliers Cail ou du Creuzot, ou le premier télescope de Galilée, qu'on devrait pouvoir comparer à la dernière lunette de l'observatoire, de Nice.

L'une figure au musée du South Kensington de Londres, l'autre appartient à Venise; et on conçoit qu'ils soient tous deux considérés comme des monuments nationaux qu'on conserve avec un soin jaloux. — C'est donc, la plupart du temps, par des représentations des modèles, des fac-similés d'objets, des gravures anciennes, dessins et photographies, qu'on a établi la série chronologique ; aussi, dans quelques-unes de ces sections, l'aspect décoratif est-il moins frappant qu'ailleurs. Cependant si on ne possède point la première machine à traction, on possède du moins la seconde, prêtée par les Anglais, et à côté des luxueux wagons-salons des riches et puissants du jour, on verra à la section des transports le premier wagon-salon fait pour le duc de Wellington. On constatera aussi qu'à la section de l'anthropologie, à l'histoire du théâtre, aux arts et métiers et aux arts libéraux, le décor est saisissant et que le côté plastique s'ajoute à l'intérêt de l'enseignement qui en ressort. Ce sera une compensation à quelques-unes des autres sections où on a peut-être un peu trop compté sur l'attention d'un public qui ne peut être que distrait au milieu d'une aussi vaste exhibition.

Cette exposition de l'Histoire du Travail, dans son ensemble, comprend cinq sections:
I. — Les sciences anthropologiques et ethnographiques.II. — Les arts libéraux.
III. — Les arts et métiers.
IV. — tes moyens de transport.
V. — Les arts militaires.

Jules Simon, à la fois homme politique et philosophe, a eu la présidence de la Commission supérieure. L'amiral Jurien de la Gravière, membre de l'Académie française et historien de la marine dans tous les temps, en est vice-président, avec M. de Quatrefages, un savant dont le nom est européen. M. Paul Sédille est l'architecte spécial de cette partie de l'Exposition. Nous ne pouvons point citer ici les noms de chacun des membres qui composent les commissions de ces cinq sections, mais il va sans dire que ceux qui ont conçu le programme en ont confié la réalisation aux plus illustres spécialistes et aux hommes les plus pratiques. Les quatre premières sections seules sont installées dans le Palais dit des Arts libéraux ; la cinquième, les arts militaires, détachée de l'ensemble, occupe un emplacement spécial sur l'Esplanade des Invalides.

Nous allons, à l'aide du plan, indiquer la place qu'occupe chaque section et en caractériser la nature et l'aspect. Nous entrerons par la porte du dôme des Arts libéraux, au centre même de la façade donnant sur les jardins. La disposition d'ensemble est très particulière; l'architecte a imaginé d'enfermer un monument dans un monument ; l'exposition des quatre sections forme là un long parallélogramme avec quatre cours entourées de galeries en portiques à jour butés aux angles par des pavillons, le tout abrité à une hauteur considérable par le Palais même avec son dôme central formant le pendant de celui du Palais des Beaux-Arts. Au centre du parallélogramme, sous la voûte même du dôme, s'élève un portique circulaire relié aux autres cloîtres par des escaliers qui permettent l'accès aux terrasses et galeries supérieures. En entrant par la porte du milieu A, le visiteur accède sous le dôme qui est le centre même de la section II, les Arts libéraux. Ce portique circulaire est réservé au Théâtre et à son histoire ; dans une autre exhibition annexe à celle-ci (qui est faite par l'Etat), le Bibliothécaire de l'Opéra complète la leçon et nous montre les décors, leur mode d'exécution, les procédés employés pour les réaliser, les maquettes des peintres décorateurs, leurs outils, leur atelier, les esquisses des maîtres du genre conservées dans des musées spéciaux ou empruntées aux collections privées, avec la machinerie compliquée d'aujourd'hui, celle beaucoup plus simple d'autrefois, et les affiches, les programmes, les costumes, les portraits des virtuoses, l'architecture du théâtre, en un mot toute la partie historique et surtout les transformations successives qui complètent l'étude de ce qui fut par la comparaison de ce qui est.

Si, sortant de ce pavillon central par la droite et nous engageant sous l'escalier, nous visitons les galeries du rez-de-chaussée qui entourent la première cour ; nous avons à notre gauche : Le Travail de la Peinture, représenté par tous les modes d'expression employés par le peintre dans tous les temps; la matière d'abord, et un exemple du résultat de son travail, c'est-à-dire une ou plusieurs œuvres exécutées : la Fresque, la Cire, l'Encaustique, la Détrempe, l'Huile, la Peinture à l'eau, le Pastel, etc., etc.

De là, nous passons au Travail de la Sculpture, c'est-à-dire l'énumération de toutes les matières mises en œuvre par le sculpteur, depuis les temps anciens jusqu'à nos jours; le Bois, le Marbre, la Pierre, le Bronze, la Cire, l'Ivoire, les Matières dures, etc., avec les divers états et transitions de chacune de ces matières, et de beaux exemples de la plupart des pays et des époques dus à de grands artistes. Tout près de là on a pu consacrer un pavillon à l'histoire de la gravure et du livre au Japon, et cette subdivision sera très appréciée par les amateurs. Si on veut suivre la série des arts libéraux par la gravure, la musique, les manuscrits, l'histoire des Coins, de la Monnaie et de la Médaille, il faut monter à la partie supérieure; mais il vaut mieux rester au rez-de-chaussée et poursuivre. La cour autour de laquelle se déroulent les diverses expositions est consacrée à l'Histoire du Travail de la Musique, c'est-à-dire à la fabrication des instruments, à leur reconstitution, depuis la harpe égyptienne conservée au Louvre, et le rebec copié sur une statue du musée de Chartres, jusqu'au piano vulgaire. Nous n'oublierons pas l'Histoire de l'Affiche, soit typographique, soit illustrée, représentée par des spécimens disposés chronologiquement, qui nous montre la naissance de l'affiche illustrée, puis la Réclame coloriée, ses transformations, et les originaux de quelques-unes des dernières compositions en lithochromie qui ornent nos murs parisiens. L'Astronomie et la Chimie ressortissent aussi à cette section, ainsi que les instruments d'optique. On avait rêvé la reconstruction des modèles des observatoires chinois et la glorification de Ticho Brahé et de Copernic ; il a fallu en rabattre, mais on a réuni quelques instruments historiques du plus haut intérêt ; le Laboratoire de Lavoisier reconstitué est un des attraits de cette section ; le public, dans toute cette partie, devra prêter son attention aux étiquettes qui, dans leur ensemble, font un catalogue du plus haut intérêt.

Nous passons de la première cour dans la seconde, et nous trouvons la section I, consacrée à l'Histoire de l'Homme.

L'anthropologie, les types, les pièces anatomiques, les reconstitutions des scènes préhistoriques, des moulages des races et personnalités physiques, des ateliers de fabrication des silex, forment là une série de pittoresques représentations figurées par des personnages grandeur nature, et il n'y a pas à douter que la foule naïve ne se porte de préférence vers cette section.

Tout autour, sous les portiques, un sinologue distingué, le marquis d'Hervey de Saint-Denis, a restitué, avec personnages, les ateliers de fabrication de céramique et de cloisonnés chinois, à toutes les phases du travail. A l'appui, figurent de beaux spécimens pris dans des collections. L'extrémité du parallélogramme forme une exposition officielle, celle de l'Enseignement technique, qui a son prix mais qui ne passionnera que les personnes vouées à l'enseignement.

Si, après avoir parcouru ces deux parallélogrammes à?droite, nous revenons sur nos pas par les portiques extérieurs, où le Ministère de l'Intérieur expose sur toutes les parois les cartes de Géographie et la Cosmographie, tandis que derrière les mêmes parois ont trouvé place les Instruments de précision et la Chirurgie, nous retrouvons le pavillon central le Théâtre, et, en suivant droit devant nous, nous arrivons à la Section IV, qui comprend les Collections des Ponts et Chaussées, des Arts et Métiers, les Phares, l'École centrale, les ponts, les barrages, les modèles de véhicules, en un mot l'exposition des Moyens de transport. Là, on a suppléé à l'absence des types par plus de 5,000 clichés photographiques montrant les représentations de vingt siècles avant Jésus-Christ jusqu'au xvIIIe siècle, et il est certain que c'est la première fois qu'on aura rassemblé une collection de documents aussi précieux ; mais, nous le répétons, il faut suivre pas à pas le développement du progrès par la lecture attentive des étiquettes qui donnent à chaque représentation leur signification spéciale. Les modèles de petite dimension jouent un grand rôle dans cette partie de l'exposition de l'Histoire du Travail, tant pour la Navigation et les Ponts et Chaussées que pour les Transports.

La section III, les Arts et Métiers, occupe dans son ensemble tous les portiques et la dernière enceinte qu'ils enferment ; elle nous montre par des exemples ou des représentations tout ce qui peut intéresser l'ingénieur et l'artiste de l'industrie, le verrier, le photographe, le coutelier d'art, avec leurs outils et leurs produits, les progrès réalisés, et des types de tous les temps; on verra là, avec intérêt, des ateliers reconstitués avec l'outillage d'autrefois. Il va sans dire que la Photographie, d'où dérivent tant d'inventions si précieuses, tient une large place dans cette exhibition. Le fameux Musée Plantin, d'Anvers, l'orgueil des typographes et imprimeurs belges, figure dans cette partie de l'édifice, représenté par quelques rares spécimens dont la ville d'Anvers a eu beaucoup de peine à se séparer.

Nous pourrons, à notre gré, revenir au portique central et monter aux galeries supérieures, ou y accéder par les escaliers du fond. Ces galeries ouvertes, qui ont pour ciel la nef immense avec son dôme en faïence rappelant les mosquées d'Orient, qui s'élève à 56 mètres, ne sont que le complément de l'Exposition, et chaque section du rez-de-chaussée se continue à sa partie supérieure, de sorte que nous n'avons pas à y revenir dans notre description. Celle qui correspond au portique circulaire occupé au rez-de-chaussée par les théâtres, est réservée, sur la terrasse, aux progrès de l'aérostation, depuis la montgolfière timide jusqu'à l'ambitieux aérostat qui vise à l'idéal, la direction des appareils d'aérostation.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889