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Beaux-Arts


Beaux-Arts à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Formigé

Ne pouvant, faute d'espace, procéder à l'examen des principales œuvres (sculptures, peintures, dessins, aquarelles, etc.) rassemblées dans le Palais des Beaux-Arts, nous voulons,pour la commodité du lecteur, et pour lui éviter d'inutiles recherches à travers les méandres du palais d'azur de M. Formigé, décrire aussi brièvement que possible la disposition intérieure de cet édifice.

Après avoir parcouru l'immense galerie Rapp qui recevra, en grande partie, la sculpture française, on pénètre à droite dans la portion du Palais réservée à notre exposition décennale. C'est, au rez-de-chaussée, une suite de petits salons latéraux dont la disposition particulière est des plus heureuses, car M. Antonin Proust, commissaire spécial des Beaux-Arts, a décidé que les œuvres de chaque artiste seraient réunies en un même panneau, et formeraient autant d'expositions particulières.

Cette disposition a été également adoptée pour le pastel, l'aquarelle, le dessin et la gravure, dans la galerie du premier étage.

Puis, nous arrivons sous la coupole du dôme central, où est installée cette merveilleuse exposition des chefs-d'œuvre de l'art français (peinture, sculpture, gravure, dessins) depuis 1789 jusqu'à 1878, dont nous reparlerons tout à l'heure. Toute la partie du Palais, située au delà de l'Exposition rétrospective, c'est-à-dire au delà du dôme et des salles adjacentes, qui seront également consacrées aux œuvres d'art appartenant à la période centennale, appartient aux sections étrangères.

L'Italie, l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne, la Russie, l'Autriche-Hongrie sont au rez-de-chaussée. La Belgique, la Suisse, la Grèce, les États-Unis, le Danemark, la Norwège, la Suède, la Hollande, la Serbie, la Roumanie et l'Internationale (section composée des envois des rares pays qui n'ont pas officiellement adhéré à l'Exposition), au premier étage.
Nous avons calculé que si l'on donnait à la glorieuse cimaise, sur laquelle reposeront les meilleures de toutes ces œuvres, une direction rectiligne, on arriverait à une longueur d'une lieue un quart environ. A elle seule, la France n'a pas moins de 2,820 mètres de cimaise. Les étrangers ont obtenu 2,123 mètres. La différence entre ces deux chiffres appartient à l'Exposition rétrospective. Cette indication suffît à donner une idée de la production artistique depuis dix ans. Nous espérons qu'à l'aide de cette rapide description, levisiteur pourra facilement s'orienter au milieu des milliers d'oeuvres d'art qui peuplent le Palais de M. Formigé.
Cette excursion principale une fois achevée, il aura encore une intéressante promenade à faire à travers les sculptures françaises et internationales et dont un certain nombre ont été, faute de place (car les sculpteurs ne sont pas moins féconds que les peintres), disséminées dans d'autres parties des jardins et des palais.

Nous appelons notamment l'attention du visiteur sur l'exposition rétrospective des Beaux-Arts, cette superbe exhibition de tous les chefs-d'œuvre de peinture, de sculpture, de gravure du siècle, vaste synthèse de l'histoire de l'art, des mœurs, des costumes, et d'une partie des événements politiques de toute une époque.

Qu'on nous permette ici d'exprimer le regret que le principe, qui a présidé à l'organisation de cette splendide fête de l'art français, n'ait pas été généralisé davantage. Intelligemment appliqué à toutes les branches du travail humain, il eût permis aux savants réunis en congrès au Champ de Mars de rédiger sur place, d'après les documents rassemblés autour d'eux, une vaste encyclopédie où les générations à venir eussent puisé de précieux enseignements et qui eût prolongé à travers les siècles le souvenir de cette splendide exposition de 1889.

L'organisation de l'exposition centennale des Beaux-Arts ne s'est probablement pas faite sans difficultés. Réunir environ seize cents œuvres de choix (peintures, dessins, sculptures, gravures, etc.) n'était pas chose aisée, sans dégarnir nos galeries nationales. Il n'a été cependant fait aux musées que de rares emprunts. C'est aux collections particulières que le commissaire spécial des Beaux-Arts s'est surtout adressé. Si tous les chefs-d'œuvre d'art du siècle ne figurent pas au Champ de Mars, c'est que certains collectionneurs n'ont pas cru devoir contribuer à l'éclat de cette grande fête d'art national. Mais tous ont été sollicités, et à quelques rares exceptions, tous se sont fait une sortede devoir patriotique de collaborer à l'organisation de l'exposition rétrospective des Beaux-Arts, qui ne contient pas moins de 650 toiles, 350 dessins, 200 sculptures, 400 gravures.

Sous peine d'altérer profondément le caractère de leur programme, les organisateurs de la Centennale ne pouvaient admettre les œuvres signées avant 1789. D'un autre côté, il était difficile de ne pas faire figurer sur le catalogue les noms de ces maîtres si français : Fragonard, Greuze, Moreau le jeune, qui ont encore signé quelques œuvres intéressantes après la grande date révolutionnaire. Aussi a-t-on décidé que ces artistes ne seraient représentés que par un nombre relativement restreint de toiles et dessins exécutés, la plupart du temps, par une main déjà affaiblie par l'âge.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, toute la partie du palais des Beaux-Arts, située entre le dôme et le large vestibule qui fait face à la Seine est occupée, aussi bien au rez-de-chaussée qu'au premier étage, par les sections étrangères.

Continuons notre promenade de la façon méthodique que nous l'avons commencée, en examinant d'abord les œuvres de peinture exposées au rez-de-chaussée par l'Autriche-Hongrie, l'Italie, l'Allemagne, (que les sinistres prophéties de M. Tisza n'ont décidément pas effrayées outre mesure), la Russie, l'Espagne et l'Angleterre.

Puis nous gravirons l'escalier de gauche (côté de la Seine), et nous visiterons successivement, en nous arrêtant devant les œuvres principales, les sections danoise, norvégienne, suédoise, hollandaise, serbe, et la petite section internationale. Après cet examen, nous reviendrons sur nos pas, et, après avoir parcouru la longue galerie transversale, occupée en grande partie par la section des États-Unis, nous visiterons les sections grecque, suisse et belge.
Malgré ses vastes dimensions, la galerie Rapp est impuissante à contenir les œuvres de sculpture contemporaine exécutées depuis dix ans. La plus grande partie de ce hall superbe a été consacrée à la sculpture française, l'autre à la sculpture étrangère. Mais néanmoins un véritable flot destatues s'est répandu, faute d'espace, sous les divers vestibules, dans les moindres recoins du Palais, et jusque dans les jardins.

Les œuvres remarquables qui ont fixé notre attention dans notre promenade à travers ce peuple de bronze et de marbre, sont nombreuses et, disons-le avec un orgueil bien légitime le génie artistique de la France s'y affirme d'une façon plus triomphante encore que dans la peinture.

Tout à côté du Palais des Beaux-Arts, dans la partie du jardin faisant face à la Seine, se trouvent les deux pavillons des pastellistes et des aquarellistes, que nous engageons fort les amateurs d'art à visiter.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889