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Panorama du Pétrole


Panorama du Pétrole à l'exposition de Paris 1889

Le pétrole est aujourd'hui l'objet d'un commerce très important, et l'histoire de son exploitation et de ses applications, qui se trouve représentée dans un pavillon panoramique édifié sur la berge, au niveau du pont d'Iéna, a attiré l'attention des visiteurs, qui ont pu s'initier aux diverses opérations de cette industrie en admirant les vues panoramiques peintes par M. Poilpot, et en passant en revue les cartes, dessins, photographies qui y sont exposés, ainsi que toutes les applications du pétrole à l'éclairage, au chauffage et à la force motrice, qui étaient groupées dans un pavillon annexé au panorama.

L'origine du pétrole est loin d'être complètement élucidée, et les diverses hypothèses que l'on a pu faire à ce sujet ne sont pas à l'abri de toute objection. Les uns pensent que la formation du pétrole au sein de la terre est due à un procédé analogue à la distillation de la houille, et des schistes bitumineux; d'autres ont supposé que le pétrole provenait de la décomposition de plantes et d'animaux marins; enfin Mendoléjeff a émis l'opinion que le pétrole était formé par l'action de l'eau sur certaines substances minérales. Quoi qu'il en soit, le pétrole est réparti d'une façon très irrégulière dans l'étendue du globe, et se montre, dans ses divers gisements, à des niveaux géologiques bien différents, tout en étant presque toujours associé, dans ces couches, d'une façon plus ou moins étroite, avec des combustibles minéraux.

Les principaux gisements appartiennent aux États-Unis, au Caucase, à la Galicie et à la Roumanie. On a trouvé également du pétrole à Coolbrookdale en Angleterre, à Gabian dans le Languedoc, à Neuchâtel en Suisse, dans plusieurs localités italiennes et dans divers autres points de l'Europe.

L'exploitation des sources de pétrole, qui pendant longtemps a été propre aux États-Unis, n'y a guère commencé qu'en 1855, et elle se concentra tout d'abord à Oil-City, à 960 kilomètres de New-York. Dans cette contrée, la richesse des sources et les facilités de l'exploitation sont telles que certaines sources ont pu donner jusqu'à 10 millions de francs pour une simple dépense d'une dizaine de milliers de francs.

La production du pétrole, en Amérique, augmente d'ailleurs, chaque année, d'une façon extraordinaire, et le nombre des puits forés au moyen desquels on extrait le pétrole brut des profondeurs de la terre, est aujourd'hui de 25000 environ.

En Pennsylvanie, la production, qui, en 1862, n'était que de 3 600 000 hectolitres, chiffre déjà fort respectable, dépasse actuellement 15 millions d'hectolitres.

Dans l'une des vues panoramiques de l'exposition du pétrole, on voit une des exploitations de la Pennsylvanie, celle du nouveau district de Washington.

L'autre vue du panorama de M. Poilpot représente le plateau de Balakhané, près de Bakou, dans la péninsule d'Apchéron, sur la mer Caspienne.

L'extraction s'y fait également au moyen de puits artésiens, qui se trouvent très rapprochés les uns des autres. Ces puits donnent de très grandes quantités de naphte, qui arrive à la surface du sol sous forme d'un liquide épais, brunâtre, avec des reflets verts.

Ici encore, tantôt le liquide est extrait par la pompe, tantôt il jaillit à une hauteur variable; on a mesuré des gerbes de pétrole qui atteignaient 90 mètres.

Pendant l'opération du forage du puits, les mineurs sont avertis par un bruit assourdissant de l'éruption qui va se produire, et ils s'empressent alors de fermer l'orifice avec un kalpak, sorte de calotte en fer munie d'un robinet. Le kalpak posé, on est maître de l'écoulement du liquide, que l'on peut régler à volonté. Mais il arrive assez fréquemment que le pétrole jaillit avec une telle violence qu'on doit renoncer à placer le kalpak, et laisser la source jaillissante s'écouler librement jusqu'à ce que l'éruption soit terminée; la pluie de pétrole est recueillie dans les canaux qui. tout autour, couvrent le sol, et qui amènent le liquide dans de grandes fosses, d'où on l'élève ensuite dans les réservoirs au moyen de machines.

A côté des procédés d'extraction et de raffinage, l'exposition de MM. Deutsch donne aux visiteurs d'intéressantes indications sur le transport du pétrole. Depuis que le commerce du pétrole a pris une extension prodigieuse, on ne le transporte plus seulement dans des barils, comme on le faisait dans les débuts de cette industrie, mais aussi dans des réservoirs ménagés à bord de navires spéciaux, qui forment aujourd'hui une flotte considérable.

Nous n'énumérerons pas toutes les applications du pétrole, relatives au chauffage et à l'éclairage, dont l'usage est aujourd'hui si répandu, et que les visiteurs reconnaissent au passage, sous leurs formes les plus perfectionnées, en parcourant la galerie annexe de l'exposition du pétrole ; les avantages multiples que présente le pétrole au point de vue économique, dans les usages domestiques surtout, ne sont plus à démontrer.

Dans la lutte à laquelle nous assistons aujourd'hui entre les différents modes d'éclairage, on peut déjà prévoir le règne triomphant de la lumière électrique, généralisée aux plus modestes intérieurs, et éclairant pour ainsi dire toute la surface du globe.

Mais, si le pétrole, en tant qu'éclairage, ne saurait avoir une grande ambition, il n'en est pas de même de son rôle comme combustible, et sous ce rapport il est permis de penser que le pétrole est appelé à prendre, concurremment avec la houille, une part considérable dans l'industrie de l'avenir.

© L'Exposition Universelle de 1889 - Louis Rousselet - 1890