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Serbie


Serbie à l'exposition de Paris 1889

Architecte(s) : Lafanège

La Serbie a été la première nation qui ait accepté de prendre part officiellement à l'Exposition universelle de Paris. Aussitôt que le gouvernement français eut fait connaître son intention de faire une exposition universelle, le gouvernement du roi Milan demanda aux Chambres un crédit de 100,000 francs qui fut immédiatement voté.

Ce crédit ne suffit du reste pas, car le comité central de Belgrade, présidé par M. Goudovitch, a dépensé en Serbie 160,000 francs et l'installation au Champ de Mars en a coûté 60,000.

La section serbe, qui couvre une étendue de 560 mètres carrés et qui se trouve entre les expositions de la Grèce et du Japon a, sur l'avenue de Suffren, une façade monumentale qui est une des plus réussies de l'Exposition. Elle a été faite sur les plans de M. Lafanège, architecte, et est du style serbo-byzantin le plus pur. Elle se compose de mosaïques émaillées, encadrées de plaques de marbre blanc et donne absolument l'impression de l'architecture nationale serbe dont on ne trouve plus, en Serbie même, que des traces très rares, l'occupation turque ayant détruit presque tous les monuments. Cette façade est donc plus qu'une ornementation ordinaire, c'est une reconstruction de nature à intéresser les archéologues aussi bien que les promeneurs.

L'intérieur de la section serbe est tendue en son entier de tapis dus aux fabriques du pays. Ils ont été choisis, comme tous les objets qui se trouvent dans la section serbe, par le comité central de Belgrade qui a recueilli dans toutes les parties du royaume ce qui lui paraissait le plus propre à faire connaître à l'étranger les industries si diverses de la Serbie.

A côté de ces tapis qui sont d'une couleur très riche, ce qui ne les empêche pas d'être très bon marché, on remarque tout d'abord des expositions très nombreuses de prunes sèches : c'est là une des branches les plus importantes de l'industrie serbe. On en expédie de très grandes quantités jusqu'en Amérique. Un peu plus loin, l'exposition de M. George Weifert, le grand brasseur de Belgrade, dont les produits sont fort connus dans toute la région du bas Danube. On voit aussi les premiers échantillons des draps que la Serbie fabrique depuis quelques années. Toutes ces marchandises bon marché sont fabriquées sur le modèle des marchandises analogues anglaises. De nombreux échantillons de minerais prouvent la richesse minérale de la Serbie et expliquent, avec les grains qu'on retrouve dans la section alimentaire, les nombreuses créations financières faites en Serbie depuis dix ans avec des capitaux venus de l'Europe centrale.

Un peu plus loin, l'exposition officielle de l'arsenal de Kragougevatz montre les efforts faits par le gouvernement serbe pour maintenir l'armement de l'armée à la hauteur des progrès de la science moderne.

Mais ce qui intéresse le plus vivement les visiteurs, ce sont les produits nationaux de la Serbie. D'abord les étoffes brodées rappelant beaucoup les broderies turques. Puis les vestes de paysans dont quelques-unes sont brodées avec un art et un goût auquel on ne s'attend pas. Les ornements sont d'une sobriété rare chez les Orientaux; il y a des vestes de paysans en drap noir et soutachées de noir qui ne seraient certainement pas déplacées chez un des couturiers élégants de Paris. Dans la même collection il y a des ceintures d'un dessin très intéressant et des tissus légers à raies voyantes qui servent à la toilette des femmes et qui sont d'un effet gracieux.

L'exposition des objets en filigrane est, elle aussi, fort intéressante. Les objets exposés, quoique ressemblant aux objets du même. genre qui arrivent de Russie, ont cependant un caractère particulier ; on voit à certains détails que les artisans serbes ont été plus ou moins directement soumis à l'influence orientale. Ce caractère ou plutôt ce cachet spécial donne de l'intérêt aux objets du culte, ostensoirs, ciboires, dans lesquels on est tout étonné de trouver des motifs empruntés à l'ornementation des mosquées. Lés boucles de ceintures, les agrafes de vestes, des crosses de pistolets montrent aussi que l'industrie du filigrane serbe produit des objets moins importants et tout aussi intéressants.

C'est là du reste le jugement que l'on peut porter sur toute l'exposition serbe; elle est intéressante : car il est toujours curieux de voir un peuple essayer de se débarrasser des formules surannées qui le gênent pour essayer d'entrer en plein courant de civilisation moderne.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889