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République de Saint-Marin


République de Saint-Marin à l'exposition de Paris 1889

Un des signes particuliers de l'Exposition est la part qui y est prise par les petits États. 11 y en a dont l'effort visible est véritablement touchant. La république de San-Marin se trouve dans cette catégorie. Cette petite république aristocratique, (elle tient beaucoup à ce titre), est absolument indépendante ; elle se trouve située au centre de l'Italie, sur le versant des Apennins, entre Bologne et Ancône. La capitale, San-Marino, est certainement la capitale la plus élevée de l'Europe : elle est à 738 mètres d'altitude. Cette toute petite république est du reste très heureuse ; elle n'a pas de dette publique, et il ne se trouve pas un seul illettré dans toute l'étendue de son territoire. Ce sont là des résultats qu'il est bon de constater.

Voilà enfin quinze siècles que la petite république n'a annexé aucun territoire, et, chose plus curieuse encore, qu'elle a su éviter qu'on l'annexât elle-même.

Et c'est grâce à la sagesse des San-Marinois que l'on peut admirer à l'Exposition universelle la façade monumentale de la section de la république de San-Marin qui fait face à l'avenue de Suffren. Cette façade se compose d'une porte Renaissance, encadrée de faïences et portant les armes de la république de San-Marin, que nous donnons ici à titre de curiosité, car elles sont probablement peu connues : d'azur aux trois monts de sinople supportant trois tours d'argent couronnées de panaches de même. A droite et à gauche de la porte, sont deux remarquables verrières du maître verrier Ch. Champigneulle. Ces verrières seront, après l'Exposition, transportées à San-Marin, où elles serviront à orner le nouveau palais que le gouvernement y fait construire. L'intérieur de la section est fort original, car les organisateurs ont su lui donner l'aspect d'un salon. Ils ont eu l'excellente idée de tendre les murs de tapisseries anciennes dont l'une, représentant le triomphe de Bélisaire, est d'une conservation véritable-ment remarquable.

Quelques trophées d'armes anciennes sont également intéressants ainsi que des mosaïques du troisième siècle. Une des curiosités de la section est une reproduction en relief de la ville de San-Marin et de ses environs. Cette reproduction peut véritablement être mise en parallèle avec les plans du même genre qui font au Louvre l'ornement du Musée de la marine. Au fond de la salle, une très belle cheminée sculptée. La sculpture est, du reste, l'industrie nationale des San-Marinois. Il y a des familles entières où l'on est sculpteur de père en fils depuis quinze cents ans. Puis viennent les produits du sol : beaucoup de racines d'iris, car c'est sur le mont Titan qu'on recueille la plupart de ces racines qui servent à parfumer la lingerie de nos élégantes.

En résumé la république de San-Marin, qui, en 1878, prenait pour la première fois part à une Exposition et obtenait, pour ses débuts, un nombre respectable de récompenses, a, depuis cette époque, considérablement augmenté ses relations commerciales ; nous sommes heureux de le constater, car il est bon de ne pas oublier que le gouvernement de la république de San-Marin a été l'un des premiers qui ait promis au gouvernement français de prendre une part officielle à l'Exposition universelle.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889