Retour - Liste Pavillons

Russie


Russie à l'exposition de Paris 1889

Le Gouvernement russe n'a pas subventionné l'Exposition que nous voyons au Champ de Mars, qui est entièrement due à l'initiative privée ; et si l'on pouvait raconter les négociations, auxquelles a donné lieu l'organisation de cette exposition, les luttes qui ont éclaté entre les différents comités, on intéresserait peut-être vivement le lecteur et on raviverait des luttes qu'il vaut mieux oublier. Il importe peu, du reste, que ce soit tel ou tel comité qui ait fait l'Exposition : il suffit de constater que la Russie prend part à exposition, qu'elle y a 500 exposants, et qu'elle couvre une superficie totale de 3,200 mètres carrés.

La façade de, la section russe reproduit les plus beaux monuments de l'architecture byzantine de Moscou.

L'architecte a eu l'heureuse idée de reproduire le mur du Kremlin: les fenêtres du palais de Tehrem, les tours de la cathédrale de Wassili-Lajenij, le clocher d'Ivan le Terrible, la tour Soukareff. L'une dès entrées est copiée sur la porte du Kremlin, l'autre représente la porte principale de Wassili.

L'intérieur de la section est gaiement décoré. Le rouge et le bleu dominent. Au fond de la salle, un écusson représentant saint Georges terrassant le dragon. La Russie n'ex-posant pas officiellement, on n'a pas pu arborer les armes nationales : on en a détaché seulement le motif central.

Les 600 exposants de la section russe sont partagés dans 73 classes : il est donc clair que l'on ne peut pas énumérer tous les produits envoyés. Cependant, il faut citer tout d'abord l'orfèvrerie russe, les objets niellés et des imitation des bijoux byzantins très remarquables.

Puis, viennent les industries textiles, les châles imprimés, les cotonnades, provenant tous de Moscou ; les soieries montrent quels progrès énormes la Russie a faits en cette branche.

Des fourrures, des cuirs, des huiles minérales, huiles de naphte et surtout des pétroles dont l'exploitation a pris, depuis quelques années, un si formidable développement dans la Russie méridionale. C'est de cette partie de l'empire des tsars que viennent aussi les nombreux échantillons de tabacs que l'on peut voir dans la section.

Puis, pour l'alimentation: des grains, des farines, des blés, de l'amidon, des huiles, fromages, beurre, fruits conservés, etc.

Enfin, des boissons de toutes sortes : les vins de Crimée où la vigne est très bien cultivée; les vins de Hakhéti; il y a aussi de nombreux flacons d'eau-de-vie, l'eau-de-vie de grains, la vodka du paysan russe.

Dans le parc, près de la Tour Eiffel, se trouve une première annexe de la section russe : c'est une isba, maison de paysan, dans laquelle M. Houtin a eu l'excellente idée d'installer douze artistes qui peignent sous les yeux du public des icones, ces images de sainteté si originales que l'on trouve dans toutes les maisons slaves.

Puis, dans l'histoire de l'habitation, la maison russe édifiée par M. Garnier est occupée par des paysans se livrant à ce que l'on appelle là-bas l'industrie buissonnière ; c'est la petite industrie rurale. On a donc sous les yeux, au Champ de Mars, un tableau complet, quoique restreint, de l'état industriel de la Russie moderne.

© Guide Bleu du Figaro et du Petit Journal 1889